(Sentiments d’un harmoniphile sur différents ouvrages de musique, 1756).
L’importance accordée à la matière sonore par Beethoven, qui use d’une
vaste échelle dynamique, très contrastée, le rôle confié à la musique par le romantisme dans l’expression des sentiments s’accompagnent de nuances de plus en plus diversifiées. Au début du XXe s., l’orchestre « impressionniste » allie nuances et timbres, pour créer des couleurs musicales. Dans le
« Lever du jour » de Daphnis et Chloé, de M. Ravel, la nuance initiale pianissimo s’accroît progressivement au fur et à mesure de l’intervention d’autres instruments, tel un poudroiement lumineux qui se propage peu à peu. De nos jours, la musique électronique propose une échelle précise de nombreux niveaux d’intensité. L’analyse du profil dynamique d’un son, avec ses phases d’attaque, d’émission de « note », d’extinction, permet d’agir sur le phé-
nomène sonore, de le modifier à volonté, ouvrant ainsi aux compositeurs de nouvelles perspectives.
La notation des nuances
On utilise généralement les termes italiens pour noter les nuances. Dans l’échelle courante, celles-ci vont du fortissimo (ff, parfois fff) au pianissimo (pp parfois ppp), en passant par le forte (f), le mezzo-forte (mf), le mezzo-piano (mp), le piano (p). Le continuum dynamique s’exprime soit par les nuances crescendo (en augmentant le son), decrescendo, diminuendo (en diminuant le son), soit par les signes appelés soufflets < >, le premier correspondant au crescendo, le second au diminuendo. Certains termes précisent ces diverses nuances, tels, entre autres, dolce (doux), smorzando (en éteignant le son), morendo (le son mourant), perdendosi (le son se perdant), mezza voce (à mi-voix), sotto voce (à voix basse), rinforzando (en renforçant le son).
La notation des nuances en langue originale se pratique également depuis un siècle environ.
A. Z.
Nubie
Région d’Afrique, limitée respectivement au nord et au sud par la première et la quatrième cataracte du Nil.
Cette contrée désertique et de traversée très malaisée a toujours été cependant une voie de passage importante entre l’Égypte* et le reste de l’Afrique.
Trop longtemps négligée ou abordée selon des perspectives étroitement égyptologiques, son histoire a été renouvelée par les campagnes de fouilles et d’études qu’a suscitées la construction du nouveau barrage d’Assouan.
La découverte d’innombrables gra-
vures rupestres a mis en évidence une vaste unité paléoafricaine entre la vallée du Nil et les déserts du Sahara, à des niveaux successifs ; la Nubie n’est qu’un secteur du grand art pariétal saharien. Posant de nouveau le problème des variations climatiques à l’époque préhistorique, ces gravures font revivre la faune subtropicale : éléphants, girafes, autruches, gazelles. Divers gisements attestent les phases principales du Paléolithique (Ouadi-Halfa, confluent de l’Atbara). Sur le site dit
« Early Khartoum », dans un climat downloadModeText.vue.download 368 sur 625
La Grande Encyclopédie Larousse - Vol. 14
7811
nettement plus humide qu’aujourd’hui, des Négroïdes, dont les ossements ont été retrouvés, pêchaient et chassaient (antilopes, rats des roseaux). Le Néolithique voit l’essor d’une poterie remarquable, décorée de gros points incisés, en lignes ondulées ou en motifs géo-métriques variés et qui est particuliè-
rement bien représentée à Shaheinab (nord de Khartoum) ; un outillage de pierre, des pointes de harpons en os, des hameçons en coquillages continuent d’attester chasse et pêche.
Vers 3200 av. J.-C., tandis que l’histoire d’une Égypte unifiée s’ouvre avec Ménès (Narmer ?), la Nubie
connaît la culture dite « du groupe A »
(selon la terminologie de l’Américain G. A. Reisner), avec une jolie poterie assez fine, à décor incisé, d’une grande variété de matières et de formes. Les objets égyptiens sont relativement abondants (vases, armes de cuivre).
La Nubie offre l’appât de ses richesses minières (or et pierres dures) ; c’est
aussi la voie vers l’Afrique intérieure, d’où proviennent ivoire et ébène ainsi que l’encens, les peaux de panthère et les plumes d’autruche nécessaires au culte égyptien. Vers 2400, on a la preuve d’une installation égyptienne permanente à Bouhen, avec fonderie de métaux. Cependant, tandis que la culture proprement nubienne s’appau-vrit, la résistance à l’Égypte s’accroît.
Certains de ces conflits sont manifestes dans les inscriptions funéraires des gouverneurs du nome d’Assouan, qui organisaient des expéditions commerciales ; plusieurs hardis explorateurs sont connus : Ourdjedba, puis Hirkhouf, qui, lors de sa quatrième ex-pédition, ramena jusqu’à la Cour, sain et sauf, un nain danseur.
L’installation en Basse-Nubie de la culture du « groupe C » est contemporaine de l’affaiblissement de l’Égypte à la première période intermédiaire (v. 2280 av. J.-C. - v. 2050) ; c’est une culture indigène qui durera environ sept siècles, jusqu’à l’annexion coloniale de la Nubie par l’Égypte au début du Nouvel Empire. Elle est essentiellement pastorale : de nombreuses gravures rupestres de cette époque figurent des capridés et des bovidés avec pendeloques jugulaires et souvent cor-nages déformés, d’un art réaliste. Les coutumes funéraires sont originales : le défunt, enveloppé d’une peau de bête, garde auprès de lui des objets personnels (armes, amulettes). À l’extérieur de la tombe, ronde, en pierres sèches, on trouve des bols et des coupes ainsi que des crânes d’animaux parfois
peints, dont les cornes ont été déformées artificiellement. Une très belle poterie caractérise ce « groupe C », à décors variés, incisés, souvent géo-métriques, imitant la vannerie, parfois soulignés de blanc.
Le long du Nil, sur lequel pèse la menace des pasteurs du « groupe C », les Égyptiens, au cours du Moyen
Empire (v. 2052 - v. 1770), s’assurent le passage par une suite de puissantes forteresses jusqu’à Semna, au coeur de la deuxième cataracte, où se trouve leur frontière méridionale. Au-delà, dans le riche bassin de Dongola, Kerma semble avoir été le centre d’un royaume indé-
pendant — celui que les documents
égyptiens désignaient comme Koush (ou Couch). Dans des tombes opulentes, autour des dirigeants, étaient sacrifiées de nombreuses victimes humaines, jusqu’à trois cents personnes ; on y a retrouvé d’abondantes importations égyptiennes : belles statues, vases d’albâtre.
Avec la décadence de la seconde pé-
riode intermédiaire (v. 1770 - v. 1560), le pouvoir pharaonique connaît de nouveau une éclipse ; les princes de Kerma, qui se sont étendus en Basse-Nubie, emploient à Bouhen des Égyptiens à leur service. Ils sont sollicités par les Hyksos pour faire alliance contre la principauté thébaine. Mais Kamosis, puis Ahmosis (v. 1560), avec qui commence le Nouvel Empire, réussissent à chasser les Hyksos d’Égypte et entreprennent aussitôt la conquête du Sud.
Ahmosis atteint Bouhen. Thoutmo-
sis Ier parvient à franchir la troisième cataracte. Kerma est soumise. Peut-
être, dès lors, les Égyptiens ont-ils poussé jusqu’au sud d’Abou-Hammed, aux limites de la steppe soudanaise, atteignant ainsi, pour la première fois dans l’histoire égyptienne, l’Afrique noire. Le grand centre est alors Napata, au pied du Gebel Barkal, en aval de la quatrième cataracte. La puissance impériale égyptienne développe un art d’exotisme colonial ; la Nubie flatte le goût du pittoresque et du merveilleux.
Mais il y a aussi moquerie et dépréciation : une stèle d’Aménophis III montre un Nègre à genoux sous la queue relevée d’un cheval, dans une posture désagréable ; les cannes royales, telles celles de Toutankhamon, laissent traî-
ner des bustes de Nègres dans la poussière ; les ennemis du Sud figurent en rangées de captifs sur les bases des statues. Malgré quelques révoltes locales, l’administration de la vice-royauté de Nubie est ferme sous la direction du