« fils royal de Koush ». De nombreux sites s’échelonnent le long du Nil : grand temple jubiliaire de Soleb, édifié par Aménophis III (v. 1408 - v. 1372) ; à une quinzaine de kilomètres plus au nord, à Sedeinga, temple de la reine Tii (Tiy), son épouse. Le même principe du double temple masculin et féminin sera repris par Ramsès II (v. 1298 -
v. 1235) à Abou-Simbel. L’or de
Nubie grossit le trésor égyptien, ainsi
que les produits exotiques africains : bois, parfums ; aux animaux exotiques (singes, girafes), il faut joindre d’abondants troupeaux de bestiaux divers.
Les princes locaux, aux noms égyptiens, se font inhumer à l’égyptienne.
La population nubienne, elle, constitue surtout un réservoir de main-d’oeuvre : travailleurs de toute sorte, militaires et surtout policiers. À la fin du Nouvel Empire, les troupes de Nubie pèsent lourdement sur la politique intérieure de l’Égypte. Il semble qu’alors la Basse-Nubie soit appauvrie, en raison peut-être d’un abaissement du Nil dû à un dessèchement ; entre 1100 et 750, c’est le silence total en Nubie : le lien entre le monde méditerranéen et l’Afrique semble coupé.
Au milieu du VIIIe s., un pouvoir fort se reconstitue à Koush ; les princes en sont des Nubiens sans doute mêlés de sang nègre. Ayant affermi leur pouvoir dans le bassin de Dongola avec Napata pour capitale, ils vont conqué-
rir l’Égypte. Vers 730, Peye (Piankhi) mène en Égypte une expédition célé-
brée par sa grande stèle de la victoire (musée du Caire). À Thèbes est installée comme divine adoratrice d’Amon Aménardis, fille de Kachta et soeur de Peye. En 716, Chabaka, frère de Peye, monte sur le trône et soumet à l’Empire koushite la vallée entière du Nil. Lui-même et ses successeurs, Chabataka (701-690), puis Taharqa (690-664), règnent sur la double monarchie du Soudan et de l’Égypte, où ils constituent la XXVe dynastie, dite « éthiopienne ». S’opposant à la poussée des Assyriens, ils restaurent en Égypte la religion amonienne et les arts selon les modèles anciens. Ils tendent à se présenter comme de vrais Égyptiens, même si certains de leurs attributs sont quelque peu exotiques (ornement de têtes de béliers). Tanoutamon (664-656) est le dernier souverain de cette lignée régnant sur l’Égypte ; vers 663, Thèbes tombe sous l’assaut de l’Assyrien Assourbanipal. Tandis que l’Égypte se tourne définitivement vers la Méditerranée, la Nubie redevient totalement africaine.
Cependant, durant un millénaire
se poursuit le destin du royaume de Koush. La capitale en est sans doute d’abord Napata, puis (en tout cas dès
le VIe s.) elle est beaucoup plus au sud, à Méroé*. Une culture égyptisante se trouve mise en contact direct avec les influences africaines. Sous les premiers rois (Anlamani, Aspelta), textes et figurations sont d’un style pharaonique classique. En 591, les Égyptiens de Psammétique II mènent une dure campagne contre les Koushites ; puis, en 525, les Perses de Cambyse doivent se replier avec de lourdes pertes. Petit à petit, la langue des inscriptions s’éloigne de l’égyptien classique. Le roi semble choisi parmi les frères royaux par la décision de l’oracle d’Amon.
Ces rois dévots paraissent faire alterner fondations pieuses pour les temples et campagnes guerrières. Celles-ci sont menées contre les nomades des déserts de l’Ouest et de l’Est, sans doute aussi à travers les vastes savanes de la zone nilo-tchadienne, aux riches ressources pastorales. Pour un commerce actif, Méroé est un carrefour de choix des voies caravanières entre mer Rouge, haut Nil et Tchad.
Arbres et buissons fournissent le combustible pour traiter le fer, dont le minerai se trouve dans le grès nubien.
Encore qu’on ait peut-être exagéré parfois l’importance de la métallurgie du fer, Méroé a été appelée la « Birmingham » de l’Afrique.
Au règne de Shanakdakhete (mi-
lieu du IIe s. av. J.-C.) peuvent être attribués les plus anciens témoignages datables de l’écriture méroïtique : les hiéroglyphes et les signes de la cursive, d’une graphie souvent sommaire, sont en majeure partie empruntés à l’Égypte, mais avec des valeurs et des conditions d’emploi différentes. La nature de la langue elle-même, le méroï-
tique, échappe encore, ainsi que le sens précis de la majeure partie des textes.
Autour de l’ère chrétienne, deux
reines tiennent une place importante : Amanirenas et Amanishakhetê. C’est contre l’une de ces reines guerrières, les Candaces, que doit lutter Auguste.
Après l’expédition de C. Petronius (23
av. J.-C.), une garnison permanente est installée à Primis (Qasr Ibrim) et résiste aux attaques des Méroïtes. Un traité de paix est négocié à Samos : on renonce à exiger des Méroïtes un tri-
but, et la frontière est fixée à Hierasy-kaminos (Maharraqa). Les rapports de Méroé et de la Méditerranée demeurent actifs. Sur la route de Jérusalem à Gaza se trouve converti un eunuque éthiopien, surintendant des trésors de Candace (Actes des Apôtres, VIII, 27).
Vers 60 apr. J.-C., Néron envoie une mission qui remonte le Nil. La contrée downloadModeText.vue.download 369 sur 625
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lui semble trop pauvre pour mériter une conquête. D’autre part, il faut tenir compte, dans l’Empire méroïtique, d’une inscription en latin, de plusieurs monnaies romaines, des « bains » de Méroé, de bronzes et de verreries, d’influences syriennes sur le petit kiosque de Naga. Méroé maintient des rapports constants avec le temple d’Isis de Philae, où figurent de nombreux graffiti en démotique, en grec et en méroïtique.
Ils fixent l’unique synchronisme d’un des derniers règnes méroïtiques, celui de Teqêrideamani (246-266). Devant la montée de l’empire voisin d’Aksoum*, la situation méroïtique périclite ; les pyramides royales de Méroé deviennent de plus en plus petites et pauvres. L’absence d’objets égyptiens ou méditerranéens manifeste la coupure des influences extérieures. Cependant, la Basse-Nubie retrouve alors quelque prospérité ; cela peut être dû aux possibilités d’irrigation qu’offre l’introduction de la sakieh (roue à eau).
Vers 330, Méroé doit avoir cessé
d’exister. Dans un texte célèbre, Ezana, le premier souverain chrétien d’Aksoum, indique dans sa titulature la domination sur « Bega » (les Bedjas du désert oriental) et sur « Kasu » (sans doute l’empire de Koush). Certains ont supposé que les chefs koushites se seraient enfuis vers l’ouest. Quoi qu’il en soit sur ce point, il semble que, par l’Empire méroïtique, un certain nombre de traditions de l’Égypte antique ou hellénistique se soient diffusées en direction de l’Afrique noire.
Dans la vallée même du Nil, une
nouvelle culture s’installe alors, celle du « groupe X ». On a retrouvé à Bal-
lana et à Qustul les tombes d’un luxe barbare de roitelets locaux. Les funé-
railles étaient accompagnées d’hécatombes de femmes, de serviteurs et d’animaux ; avec des réminiscences égyptiennes et méroïtiques (béliers d’Amon, frises d’uraeus, bustes d’Isis), des objets d’argent aux cabochons de pierres semi-précieuses font songer à Byzance et aux Mérovingiens d’Occident ; des trésors d’orfèvrerie, des coffrets de bois incrustés d’ivoire montrent la persistance des influences d’Alexandrie. Vers 450, les Nobates, qui sont peut-être l’ethnie correspondant à la culture du « groupe X », s’allient aux Blemmyes pour attaquer Philae. Ils sont vaincus, mais les autorités chrétiennes d’Égypte continuent à les laisser venir adorer Isis dans l’île sacrée, de laquelle Justinien chassera les derniers prêtres ; vers 543, les envoyés de l’empereur, des orthodoxes melkites, sont devancés par le missionnaire monophysite Julien, encouragé par l’impératrice Théodora ; la Nubie est convertie au christianisme. Mais elle ne devient pas une dépendance politique de Byzance. Peu après, elle se trouve divisée en trois royaumes : au nord, Nobatia (capitale Faras), de confession monophysite ; au centre, Makouria (autour de Dongola), de foi orthodoxe ; très au sud, Alodia, dont le centre est Soba, également monophysite. En 639, l’occupation de l’Égypte par les Arabes coupe la Nubie du reste de la chrétienté.