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En tant que vecteur, l’avion n’avait que peu de modifications à subir (quelques câ-

blages électriques supplémentaires) pour utiliser les nouvelles armes. Mais, pour le mettre à l’abri des effets de sa propre bombe, il fallait assurer une distance suffisante (quelques kilomètres) entre l’avion et la bombe au moment de son explosion.

On inventa alors des procédures de bombardement très nouvelles comme le LABS

(Low Altitude Bombing System), impliquant des manoeuvres de voltige déjà bien connues des pilotes (v. bombardement aérien). Ainsi, l’avion tactique se présentait comme un vecteur remarquable avec une fiabilité, une précision et une portée que les premiers missiles n’avaient pas encore atteintes. Son seul défaut était, autour de 1955, de ne pouvoir tirer qu’à vue sur l’objectif, ce qui exigeait un minimum de visibilité ; en outre, sa vulnérabilité sur sa base de départ et en route était déjà plus grande que celle des missiles. Toute l’histoire des armes nucléaires tactiques de l’aviation se ramène à l’amélioration de ces divers points, tandis que l’évolution de la technique, et notamment les immenses progrès réalisés par les missiles, conduisait à préciser les concepts d’emploi.

L’évolution du vecteur avion

Le premier avion prévu dès 1955 pour l’emploi d’armes nucléaires tactiques fut le

« Super-Sabre F 100 », d’un rayon d’action downloadModeText.vue.download 371 sur 625

La Grande Encyclopédie Larousse - Vol. 14

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de l’ordre de 500 km, spécialisé dans l’attaque à vue au sol (en anglais « Strike »). Sa sûreté au sol était améliorée par la tenue en alerte dite « QRA » (Quick Reaction Alert), bombe accrochée, pilote équipé, l’avion pouvant décoller en moins de cinq minutes. Cette mesure, très coûteuse et pesante pour le personnel, donnait l’assurance que malgré une attaque surprise un pourcentage donné de la flotte aérienne serait capable d’accomplir un nombre minimal de missions.

1961 vit la mise en service du « F 105 », conçu pour l’attaque nucléaire et classique.

Avec des capacités d’emport et un rayon d’action supérieurs à ceux du « F 100 », il a surtout la possibilité de naviguer et de bombarder en aveugle, c’est-à-dire sans voir le sol : c’est ce qu’on appelle la capacité tout temps (la nuit et dans les nuages).

Grâce à des systèmes de bombardement perfectionnés, sa précision reste très supé-

rieure à celle des missiles. Nombre d’avions de cette époque sont capables d’employer des armes nucléaires américaines, tels le

« F 104 G » de la Bundeswehr, les « F 100 »

achetés par la France, les « Mirage III E »

tout temps, les « Jaguar » ou les avions américains « Phantom F 4 », « F 111 »,

« F 14 », etc.

Parallèlement aux avions, des missiles atmosphériques mis en oeuvre par l’US Air Force ont été employés, tels le « Matador »

et surtout le « Mace », avions sans pilote subsoniques, propulsés par turboréacteurs et porteurs d’une arme nucléaire de forte puissance, intégrée dans leur fuselage. Ces missiles, d’un dessin semblable à celui d’un avion, n’avaient sur ce dernier que l’avantage du vol aveugle, mais ne servaient évidemment que pour une seule mission. Ils ont été délaissés dès l’apparition des avions tout temps et des missiles tactiques à propergol solide.

Les armes nucléaires

Les Américains ont mis au point un grand

nombre de bombes nucléaires tactiques d’une puissance allant de 20 à 150 kt pour permettre l’adaptation du projectile à l’objectif.

Une telle variété posant des problèmes logistiques difficiles, on s’orienta vers des bombes tactiques à puissance modulable dont l’archétype est la « Mark 28 » : sa puissance peut être réglée juste avant le décollage entre 50 kt et une mégatonne.

C’est à ce type de bombe que furent adaptés tous les avions des années 1965-1970.

Après son départ en 1966 de l’organisation militaire de l’Atlantique, la France décida de réaliser elle-même une bombe pour son aviation militaire : c’est l’« An 52 », qui a été mise en service sur le « Mirage III E » à la fin de 1972 et dont la charge nucléaire est la même que celle du missile « Pluton ». (Les avions français restent toutefois capables d’employer la bombe « Mark 28 ».) En dehors de ces bombes nucléaires larguées en chute libre, il existe aux États-Unis des missiles à charge nucléaire pouvant être lancés d’avions tels que le « Bull-Pup AGM 12 D »

(800 kg, portée 15 km) et le « SRAM » (1 t, portée 100 km), qui équipent aussi bien le « F 111 »

que le « B 52 » et le « B 1 ».

On sait peu de chose des armements nucléaires tactiques soviétiques : il semble que l’effort de l’U. R. S. S. en ce domaine se soit limité aux missiles. On ne lui connaît pas de bombes d’avions ou de missiles air-sol nucléaires proprement tactiques (pas plus d’ailleurs que d’air-sol classiques), ce qui peut correspondre à une conception d’emploi différente. Il est vrai que rien ne ressemble plus à une bombe tactique qu’une bombe stratégique et qu’il ne manque à l’U. R. S. S. ni de ce type de bombe ni de bombardier capable de les lancer.

P. L.

Conséquences de

l’apparition des armes

nucléaires tactiques

Les deux bombes d’Hiroshima et de Nagasaki ont, en 1945, considérablement hâté sinon provoqué la capitulation du Japon. Le développement prodigieux conféré à l’arme atomique par le passage du nucléaire au thermonucléaire a bouleversé les données de la guerre : « Dans les conditions

présentes, déclarait Brejnev en 1967, une guerre thermonucléaire mondiale provoquerait la mort de centaines de millions d’êtres humains, anéantirait des pays entiers, polluerait la surface du globe. » (V. stratégie.)

D’une puissance beaucoup moindre, les armes nucléaires tactiques, destinées à être employées au cours d’opé-

rations militaires, ont pour objectif la destruction des forces combattantes adverses. Leur puissance incomparablement supérieure à celle des armes classiques a donc également transformé les données de la tactique opérationnelle.

Ces transformations qui, en 1974, n’ont heureusement jamais reçu la sanction de l’expérience, demeurent donc dans un état théorique d’hypothèses que l’évolution de la technologie soumet à une évolution constante. On notera toutefois qu’un certain nombre de données sont désormais acquises et dominent l’instruction de toutes les armées, qui accordent une importance primordiale au combat « sous menace nucléaire ».

Alors qu’au cours des deux guerres mondiales la neutralisation de l’adversaire précédant une attaque était demandée à une puissante concentration de feu d’artillerie, celle-ci peut désormais être obtenue par un petit nombre de projectiles atomiques. Ceux-ci peuvent en effet soudainement créer la supériorité locale que les forces de manoeuvre blindées exploiteront aussitôt.

La tactique opérationnelle s’en trouverait donc fort simplifiée si la présence d’armes atomiques chez l’adversaire n’était capable d’obtenir les mêmes résultats, donnant ainsi une importance essentielle à la détection, puis à la destruction préalable des dispositifs adverses de lancement de projectiles nucléaires ainsi qu’à la mise en sûreté des forces attaquantes.

Les servitudes du combat

nucléaire

La généralisation des armes nucléaires tactiques impose aux militaires un grand nombre de servitudes.

y L’importance prioritaire du renseignement. Elle est liée au difficile problème du choix et de l’acquisition

des objectifs, qui restent une prérogative essentielle du commandement.

Ces objectifs peuvent être les points du terrain (pont, passage obligé, installation, etc.), des zones ou des troupes en mouvement qu’il s’agit de reconnaître au plus loin par tous les moyens de renseignements possibles : observation terrestre fixe et mobile, observation aérienne, radar, missile de surveillance, etc.