y Les délais techniques et pratiques de mise en oeuvre de l’arme nucléaire.
Ils font l’objet d’une procédure bien déterminée (choix de l’arme, de la puissance explosive, de la hauteur de l’explosion...) et demeurent importants (de l’ordre d’une heure) ; la ré-
duction de ce temps mort est un souci constant des techniciens (v. tir), car il faut compter avec le fait que tout objectif mobile peut disparaître durant cette période.
y La manoeuvre des moyens de lan-
cement. Ceux-ci sont nécessairement en nombre limité, ce qui ne leur laisse pas une disponibilité permanente.
y La nécessité impérative de proté-
ger les troupes amies contre les effets de l’explosion. Elle peut, au contact de l’adversaire, imposer leur repli préalable avant le tir nucléaire.
y Le souci de permettre l’exploitation du tir par les troupes amies. Il peut, dans certains cas, interdire d’opérer les destructions qui la rendraient impossible.
Il faut encore compter avec la radioactivité du terrain, autour du point zéro de l’explosion, qui peut en interdire l’accès aux troupes amies. La vulnérabilité de ces dernières est toutefois bien moindre pour les éléments mécanisés que pour les unités à pied.
Dispersion, mobilité
et protection
La puissance de l’arme nucléaire impose au commandement une très forte dispersion, une grande mobilité et une protection maximale de ses moyens.
Alors qu’on comptait en moyenne
400 hommes au kilomètre carré sur le front de 1916, 100 sur celui de 1943,
on évalue ce nombre à 30 dans un combat sous menace nucléaire. Aussi, pour éviter la concentration de troupes ou de véhicules qui constitueraient un objectif de choix pour un tir nucléaire, il est nécessaire d’augmenter considé-
rablement les zones d’action imparties sur le terrain aux grandes unités. Cette exigence de dispersion est évidemment compensée tant par la puissance de l’armement nucléaire que par les possibilités de mouvement de troupes dé-
sormais entièrement mécanisées dont on peut estimer que tout élément est capable de se déplacer de 3 ou 4 kilomètres en 10 minutes. D’autre part, le camouflage et l’enfouissement dans le sol des troupes et du matériel permettent seuls d’échapper aux vues et en partie aux effets d’une explosion nu-cléaire. Cette constatation a conduit à une multiplication d’engins d’enfouissement du génie, qui, seuls, permettent une protection rapide. On notera enfin, notamment pour un théâtre d’opérations européen, l’importance et la complexité du problème d’ordre gouvernemental qui serait posé par la présence de populations civiles dans la zone de combat.
Le problème de l’escalade
Dans sa stratégie militaire publiée en 1962, le maréchal Vassili Danilovitch Sokolovski (1897-1968), qui fut chef d’état-major général des forces sovié-
tiques de 1953 à 1960, admettait que n’importe quel conflit dégénérerait inévitablement en guerre nucléaire générale si des puissances nucléaires y étaient entraînées, et que les caractères d’une guerre future seraient conditionnés par l’emploi des armes de destruction massive à tous les échelons, stratégique, opérationnel et tactique.
Ces affirmations, comparables à celles de la riposte massive des Américains, traduisent le concept de dissuasion réciproque sur lequel repose depuis 1960 l’équilibre stratégique international. De même que du côté américain la réponse flexible est adoptée en 1962
par le président Kennedy et avalisée par l’O. T. A. N. en 1967, une évolution analogue s’est dessinée du côté de l’U. R. S. S. En 1965, le général sovié-
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La Grande Encyclopédie Larousse - Vol. 14
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tique Lomov estime que des guerres locales peuvent éventuellement avoir lieu en Europe et ne mettre en oeuvre que des armements conventionnels sans exclure toutefois l’utilisation d’armes nucléaires de portée tactique ou opérationnelle. Il ajoute que l’armée sovié-
tique doit être à même « de mener des opérations avec emploi limité d’armes nucléaires ou sans emploi de celles-ci, en se servant uniquement de moyens conventionnels ». Il existe cependant de part et d’autre une volonté très nette de ne pas engager une guerre nucléaire totale. Le risque demeure toutefois que les pays possesseurs d’armes
nucléaires ne se laissent aller au phé-
nomène de l’escalade, car il semble bien probable que l’emploi d’armes nucléaires tactiques entraînerait tôt ou tard celui des armes stratégiques. Pour éviter que le commandement militaire ne s’y laisse entraîner, la responsabilité de l’emploi d’armes nucléaires, même tactiques, est considérée, dans tous les pays qui en possèdent, comme relevant exclusivement du pouvoir politique.
Les délégations d’autorité
Étant donné ses conséquences, c’est, dans un système national, le chef du pouvoir exécutif qui décide de l’emploi de l’arme nucléaire. Après avoir pris cette décision, il délègue, dans certaines conditions bien précisées, au commandement militaire subordonné la responsabilité de son emploi. D’une manière générale, dans un système national ou dans une alliance, cette responsabilité d’emploi est toujours minutieusement définie. L’usage d’armes nucléaires tactiques ayant été admis ou ordonné par le pouvoir politique, ce dernier imposera en général des limitations précises à son emploi. À l’inté-
rieur de la hiérarchie des autorités militaires ayant à traiter ce problème, trois échelons de responsabilité peuvent à titre indicatif être définis.
— L’autorité d’approbation est celle qui, dans la limite fixée par le pouvoir politique, reçoit délégation pour autoriser ou ordonner l’emploi d’armes nucléaires. Elle se situe en général à
un niveau très élevé de la hiérarchie du commandement.
— L’autorité de conception dispose d’une allocation d’armes nucléaires et en prévoit l’emploi sous réserve d’en référer à l’autorité d’approbation.
— L’autorité d’exécution est celle qui fait déclencher les tirs prescrits dans le cadre préalablement approuvé.
Le niveau auquel se situent ces diffé-
rentes autorités varie suivant les pays ; la disposition d’un faible nombre d’armes tactiques a pour effet de placer ces trois autorités à un niveau très élevé, alors qu’une importante dotation en armes pourrait peut-être permettre une délégation plus large allant jusqu’à l’échelon de la division.
Conclusion
On estimait en 1973 qu’il existait en dépôt en Europe plus de mille bombes tactiques d’avions et au moins autant de charges nucléaires à la disposition des forces terrestres. En généralisant ainsi l’emploi de l’explosif atomique, les armes nucléaires tactiques ont bouleversé les données du combat
moderne, et l’on peut croire que seul le risque quasi inéluctable d’une escalade vers une guerre nucléaire totale, avec l’emploi d’armes stratégiques, en a jusqu’ici interdit l’usage. On imagi-nerait mal en effet qu’une grande puissance nucléaire, acculée sur le terrain à la défaite militaire, s’y résigne sans recourir à ses armes stratégiques. On conçoit mal également comment on
pourrait utiliser brutalement, notamment en Europe, des centaines d’armes nucléaires tactiques pour détruire des armées très largement dispersées dans des territoires où la population est de plus en plus concentrée... Les études et discussions des experts révèlent leurs difficultés à imaginer un tel combat. Le résultat de ces incertitudes, comparé à la certitude des immenses destructions de personnes et de biens consé-
cutives à l’emploi d’armes tactiques nucléaires, conduit de plus en plus à considérer celles-ci comme un appoint supplémentaire à la menace des armes stratégiques, dont elles prolongent et renforcent le potentiel. Beaucoup plus