Le limes de Numidie se caractérisait, comme toutes les défenses romaines d’Afrique du Nord, par un système défensif lâche, très échelonné en profondeur et qui n’excluait pas des entreprises agricoles, en des zones qui aujourd’hui défient toute culture.
L’époque impériale romaine bénéficia d’une grande prospérité agricole et des progrès de la civilisation urbaine. Le déclin commença au Bas-Empire* avec les troubles causés par le donatisme et les révoltés des circoncellions. L’invasion vandale (429) et, aux VIIe-VIIIe s., la conquête arabe entraînèrent de plus grands désordres encore et la ruine économique.
R. H.
F Afrique romaine.
C. Saumagne, la Numidie et Rome. Massi-nissa et Jugurtha (P. U. F., 1967).
numismatique
Science ayant pour objet l’étude des monnaies*.
Science auxiliaire de l’histoire, la numismatique est aussi l’art de collectionner les monnaies et de mettre en lumière leur intérêt iconographique et économique. Dans une définition large, elle comprend l’étude et la collection des médailles*. S’y rattachent également les jetons, qui, après avoir servi d’unités de compte, ou « jettoirs », devinrent des documents apparemment monétiformes, objets de gratifications
et d’étrennes (voir « jetons de pré-
sence »), ainsi que les méreaux civils ou religieux, sortes de bons à valoir métalliques.
Les monnaies des
origines à Byzance
Les grandes civilisations antérieures à la Grèce — l’Égypte, la Chaldée, l’Assyrie, la Crète — n’ont pas eu de monnaies au sens propre du mot ; les échanges commerciaux s’y réalisaient par troc. Chez les Grecs d’Homère, la valeur des choses se détermine par un facteur populaire et constant : on compte en têtes de bétail.
Les métaux apparaissent fréquem-
ment comme étalon d’échange : pé-
pites ou paillettes d’or récoltées sur les pentes du mont Tmolos ou dans les eaux des lacs de Libye ; anneaux d’or et d’argent pesés, comme le montrent downloadModeText.vue.download 382 sur 625
La Grande Encyclopédie Larousse - Vol. 14
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les peintures égyptiennes. Le bronze figure souvent dans les paiements : haches, trépieds, chaudrons ; on a recueilli, en Crète notamment, des haches bipennes dont le poids varie entre 5 g et 35 kg. Mais tous ces étalons étaient d’usage difficile, d’autant que le métal était parfois défectueux et la contrefaçon facile.
D’où naît, en Grèce d’Asie semble-t-il, et au VIIIe s. avant notre ère, cette invention, ce « phénomène monétaire »
consistant à apposer sur de petits lingots de métal, tous de poids soigneusement identique, une marque qui atteste leur valeur et les rend propres aux échanges commerciaux.
La Grèce
À partir du VIIIe s., l’invention de la monnaie se répand à travers la Grèce orientale, les îles, le Péloponnèse, la Grèce continentale, avec plus ou moins de rapidité. Chaque ville adopte un type caractéristique, représentant une divinité, un animal, une armoirie parlante. C’est ainsi qu’Égine adopte
la tortue, Athènes la chouette de sa déesse éponyme, Corinthe un Pégase ailé ; les colonies grecques d’Italie et de Sicile témoignent d’une grande activité dès les VIe-Ve s. : à Syracuse, par exemple, est créé le demareteion au type d’Aréthuse.
Il existe, sur l’ensemble de la Grèce, plusieurs systèmes monétaires ; l’un des plus importants est celui d’Égine, de Sparte, d’Argos, où le poids-étalon est la mine éginétique de 628 g d’argent, et la monnaie de base le statère pesant 12,57 g, soit le cinquantième.
En Attique, en Eubée et bientôt dans la plus grande partie de la Grèce, la mine pèse 436 g d’argent ; le drachme pèse le centième, et le tétradrachme 17,46 g d’argent. Il existe aussi, en petit nombre, des monnaies d’or et d’électrum (alliage d’or et d’argent).
Le bronze est également employé.
La technique est rudimentaire. Les pastilles métalliques, ou flans, sont enserrées entre deux empreintes en bronze ou en fer appelés coins : le coin inférieur, dénommé pile, le coin supérieur, ou trousseau, sur lequel on frappe à coups de marteau jusqu’à ce que les deux coins aient pénétré dans la pastille et lui aient fait prendre le modelé souhaité. Les coins sont gravés à la main, avec un soin extrême, par des artistes qui souvent signent leurs oeuvres : à Syracuse, Cimon et Évainète signent les superbes déca-drachmes représentant un quadrige au galop, qui évoquent les jeux d’Asina-ros et commémorent la victoire sur les Athéniens en 413 av. J.-C.
À l’époque hellénistique, le portrait, surtout de profil, est à la mode ; il est d’abord de très belle facture, mais progressivement une décadence se produit, le style devient plat, les reliefs suggérés perdent leur puissance.
Rome
Succédant à l’usage primitif de lingots de bronze, aes rude, aes signatum, aes grave, les premières monnaies en argent apparaissent, selon Pline, en 269 av. J.-C. ; à cette date est installé à Rome, dans les dépendances du temple de Junon Moneta, un atelier
monétaire surveillé par trois magistrats, les triumviri monetales. Ce sont les didrachmes en argent romano-campaniens. Puis, vers 187-169 av. J.-C., est créé le denier d’argent présentant au droit la tête casquée de Rome et au revers les Dioscures, les meneurs divins de la cavalerie ; ensuite, on remplace les Dioscures par un bige, puis par les exploits glorieux des triumvirs : un éléphant pour Q. Caecilius Metel-lus, un carnynx (trompette gauloise) commémorant la victoire sur le roi des Arvernes, Bituit, l’aqueduc de l’Aqua Marcia en 144, la statue d’Aemilius Lepidus au Capitole... Le poids du denier d’argent, selon la loi Flaminia, est de 3,80 g (soit le quatre-vingt-quatrième de la livre). La monnaie d’or est peu usitée et n’apparaît vraiment qu’à partir des guerres civiles. C’est l’aureus, valant 25 deniers d’argent.
Jules César fut le premier, par sénatus-consulte de 44 av. J.-C., à être autorisé à faire représenter son portrait sur l’avers des monnaies. Depuis, tous les empereurs battent monnaies à leur effigie ; la précision iconographique est remarquable et permet souvent d’identifier leurs portraits sculptés.
L’aureus pèse 8,18 g sous Jules
César, 7,80 g sous Auguste, 6,55 g sous Caracalla en 215 et, à partir du IIIe s., devient de poids très inégal. Afin de remédier à ces inégalités de valeur, Constantin Ier opère en 311 apr. J.-C.
une réforme complète de la monnaie, malgré l’opposition farouche des
monétaires, et crée le solidus pesant 4,55 g, taillé sur le soixante-douzième de la livre. À partir de cette réforme, le portrait devient moins caractéristique ; la pièce perd son relief, s’impersonna-lise, mais son poids demeure constant.
À côté du solidus circulent des triens en or et des monnaies en bronze argenté, dénommées antoniniani.
Byzance
La monnaie byzantine continue directement la monnaie romaine. Le numé-
raire est très abondant, tout au long de l’empire d’Orient, principalement pour l’or ; les frappes sont moins soignées, mais le poids du solidus reste constant.
L’argent est rare, les empereurs sont figurés en buste ou en pied ; les visages du Christ ou de la Vierge apparaissent,
la Croix sur plusieurs degrés devient l’emblème le plus usité.
Si les portraits sont hiératisés, conventionnels et donc sans intérêt iconographique, la banalité de ces monnaies n’est qu’apparente ; l’étude minutieuse des différents coins permet de préciser l’influence de l’Empire byzantin sur l’ensemble du bassin méditerranéen.