Les contractions de l’intestin « en lutte » dépassent le seuil douloureux et sont perçues comme des coliques.
L’intestin distendu de gaz peut être remarqué à l’inspection de l’abdomen : c’est le météorisme.
L’existence des deux phases fluides dans le tube digestif entraîne l’apparition de « niveaux liquides » sur les radiographies de l’abdomen. La distension de l’intestin est aisément vue sur les radiographies grâce au contraste clair du gaz qui y est contenu. L’accumulation progressive des sucs digestifs dont la sécrétion paraît exacerbée avec le péristaltisme finit par atteindre l’estomac. On assiste alors aux vomissements fécaloïdes, constitués par la phase liquidienne rendue fétide par la pullulation microbienne.
Ces phénomènes intestinaux peuvent entraîner la mort par l’importance de la spoliation en eau et en électrolytes que représente la perte de l’absorption intestinale avec poursuite des sécrétions.
Si l’on corrige ces perturbations hydro-
électrolytiques, une péritonite pourrait encore survenir par nécrose des parois intestinales secondaire à leur distension importante et prolongée.
y Dans les occlusions par obstruction de la fin du tube digestif, les phénomènes sont identiques, mais
leur évolution est différente, beaucoup plus lente. Les coliques sont loin d’y avoir la même intensité. Le volume de liquide et de gaz accumulés dans le gros intestin peut être considérable, entraînant un énorme météorisme. L’intestin grêle continue encore quelques jours ses fonctions, en particulier l’absorption, avant de devenir à son tour le siège de la stase et de la distension. Les vomissements fécaloïdes et les perturbations hydro-
électrolytiques sont donc ici tardifs.
En revanche, on voit plus souvent dans ce cas la nécrose des parois coliques, avec leur perforation dite
« diastatique ».
y Dans les strangulations intéressant une grande longueur intestinale,
telles que le volvulus du grêle, il y a, du fait de la compression des veines du méso, séquestration d’une quantité importante de sang hors de la circulation générale. La mort se produit rapidement dans un tableau identique à celui d’une hémorragie.
y Dans la strangulation d’un segment intestinal limité, la compression vasculaire entraîne en un à trois jours la nécrose du segment intestinal isché-
mie avec péritonite, avant que l’occlusion par obstruction du segment sus-jacent ait eu le temps d’entraîner de graves perturbations.
Traitement
Le traitement des occlusions intestinales aiguës doit s’attaquer à compenser les pertes hydro-électrolytiques et éventuellement les séquestrations sanguines, à décomprimer les parois intestinales par l’évacuation de leur contenu, à réséquer les zones nécrosées et à rétablir un circuit digestif soit en levant l’obstacle qui comprime (par exemple résection de brides ou réduction de la hernie), soit en réséquant la zone intestinale obstruée (par exemple résection d’un cancer intestinal), ou encore en court-circuitant la zone obstruée vers l’extérieur (anus artificiel) ou vers l’intérieur (anastomose entre intestin sus-jacent et sous-jacent). Ce traitement doit être entrepris d’urgence, surtout en ce qui concerne la « réanimation ». L’intervention chirurgicale est également très urgente chaque fois qu’il existe une menace sur la vitalité des parois intestinales.
J. T.
C. Olivier, Radiodiagnostic des occlusions intestinales aiguës (Masson, 1954).
occultisme
Étude et pratique de certaines théories et d’expériences dont la connaissance serait réservée à un groupe d’initiés et qui semblent échapper à l’explication rationnelle.
Introduction
Du latin occultus, « caché », le terme
d’occultisme, de formation moderne, est apparu seulement à la fin du XIXe s.
On l’attribue à Éliphas Lévi, pseudonyme d’Alphonse-Louis Constant
(1810-1875).
L’usage du mot occultisme dans le sens de « sciences occultes » ou de
« science occulte » ou de « philosophie occulte » doit être évité. Il provoque, en effet, une confusion regrettable entre un mouvement d’idées, une école littéraire du XIXe s. et des enseignements ésotériques et initiatiques traditionnels, antiques et médiévaux, d’origine très diverse. Leur signification mystique, philosophique et religieuse ne peut être comprise dans les limites de ce syncrétisme superficiel et doit être étudiée par des voies distinctes, en fonction de leurs propres traditions, tels, par exemple, le gnosticisme, la cabale, l’hermétisme, le pythagorisme, le néo-platonisme.
De plus, des disciplines traditionnelles comme l’alchimie*, l’astrologie* et la magie* n’étaient pas des sciences, mais plutôt des arts. C’est dans cette catégorie qu’elles ont été classées par les encyclopédistes arabes. L’expression ṣan‘at al-Nudjūm désigne, par exemple, l’art des étoiles et s’applique à l’astrologie, alors que la science des astres est réservée à l’astronomie*. De même, les alchimistes se nommaient les fils de l’Art et le but de leurs travaux était le grand oeuvre, l’oeuvre par excellence.
Tout le progrès des connaissances archéologiques, historiques et ethnologiques depuis la fin du XIXe s. a consisté dans l’étude des différences qui séparent des traditions présentées arbitrairement par l’occultisme et la théosophie sous les apparences d’une même science cachée ou d’une seule tradition occulte.
Le mouvement occultiste
au XIXe siècle
Les trois influences majeures qui s’exercèrent sur l’école occultiste fran-
çaise du siècle dernier furent celles d’Éliphas Lévi, d’Alexandre Saint-Yves d’Alveydre (1842-1909), inventeur de la notion de « synarchie », et
d’un thaumaturge lyonnais, Philippe Vachot, Maître Philippe, dont le principal disciple fut aussi le premier vul-garisateur de la notion d’occultisme, le docteur Gérard Encausse (1865-1916), plus connu sous le pseudonyme de
Papus.
Ce fut en liaison avec la branche française de la Société théosophique fondée par Hélène Petrovna Blavatsky (1831-1891) que Papus, en 1887, publia un manifeste intitulé l’Occultisme contemporain. Ultérieurement, Papus opposa la tradition helléno-chrétienne occidentale à l’enseignement orien-talisant du théosophisme et se sépara publiquement de celui-ci. L’un et l’autre de ces mouvements néo-spiritualistes étaient animés par des dirigeants dont la plupart appartenaient à la franc-maçonnerie.
Les occultistes du XIXe s. étaient surtout des littérateurs, dont les plus célèbres furent Joséphin Peladan
(1859-1918), Stanislas de Guaïta
(1861-1897), Albert Jounet (1860-
1923), des érudits comme Grillot de Givry (1874-1929), Charles Barlet (Albert Faucheux, 1838-1921), des peintres, des médecins, parmi lesquels il convient de citer, outre Papus, Marc Haven (Emmanuel Lalande,
1868-1926).
L’occultisme a exprimé une réac-
tion principalement artistique, dans ses premiers temps, aux tendances maté-
rialistes et « scientistes » de l’enseignement de son époque. Il s’est opposé à un rationalisme devenu sectaire qui rejetait a priori toute métaphysique et jusqu’à l’expression la plus légitime du droit de l’homme au respect de ses croyances, même illusoires. C’est pourquoi, en dépit de la confusion de ses idées et de ses doctrines, ce mouvement témoigna d’une généreuse intention de défendre un idéalisme ridiculisé injustement et l’entière liberté de la recherche dans tous les domaines.
L’occultisme a restauré le goût des études traditionnelles et a rendu au symbolisme une importance trop longtemps négligée, au XIXe s., par les historiens de la culture.
La littérature occultiste
moderne
Au XIXe s., l’audience des doctrines occultistes était limitée à un public fort restreint. À l’exception des oeuvres de Papus et d’Éliphas Lévi, les tirages des traités d’occultisme dépassaient rarement un millier d’exemplaires. Cette situation du marché de ces éditions spécialisées ne changea pratiquement pas jusqu’aux années qui suivirent la Seconde Guerre mondiale, sauf en Allemagne et dans les pays anglo-saxons, où les amateurs de l’occulte ont toujours été plus nombreux que dans les pays méditerranéens.