L’individualisation des marges et des cuvettes s’est faite au cours d’une évolution complexe qui laisse une très large part à l’hypothèse d’école et à la controverse. Les interprétations opposées sont les suivantes :
On peut supposer que sur l’empla-
cement actuel des océans existaient de véritables ponts continentaux qui furent transformés par des montées du magma profond. Une telle métamorphose (dite « océanisation » par Be-loussov ou « basification » en raison de la composition chimique des apports) amena un alourdissement des parties contaminées, qui subirent une forte subsidence accompagnée de grands
épanchements basaltiques. La couche no 2 (et la dorsale qui en est la partie sommitale) est donc formée par un empilement de coulées volcaniques disposées comme les tuiles d’un toit, mais de plus en plus jeunes et plus petites à mesure qu’on se rapproche du faîte.
Chaque anomalie magnétique correspond alors à des coulées de nature et d’âge distincts. Les zones de fracture sont des décrochements formés après l’édification de la dorsale. Cette hypothèse, que l’on peut dire fixiste, postule la permanence des océans et insiste sur l’importance des mouvements verticaux de grande ampleur.
Selon l’interprétation inverse (ou mobiliste), la couche no 2 est formée de dykes accolés les uns après les autres
selon une disposition rubannée et sy-métrique de part et d’autre de l’axe de la dorsale. Au voisinage de celle-ci se trouvent les éléments les plus jeunes, dont la mise en place a provoqué le déplacement latéral des plus anciens.
Ces adjonctions successives sont maté-
rialisées par le dessin des anomalies magnétiques qui furent numérotées et datées (v. Atlantique [océan]) ; comparables aux stries d’accroissement d’un organisme vivant, elles constituent le document fondamental où fut déchiffrée l’histoire du fond marin. Une telle morphogenèse graduelle suppose que périodiquement l’axe de la dorsale s’est entrouvert comme une plaie mal cicatrisée pour céder la place à des venues profondes qui ont formé une croûte jeune ; celle-ci fut à son tour écartelée au cours de la phase suivante de distension et ainsi de suite. C’est l’hypothèse du renouvellement ou de l’expansion des fonds océaniques formulée en 1961, mais séparément par H. H. Hess et R. S. Dietz. Les zones de fractures se sont formées progressivement au fur et à mesure de l’élargissement de la dorsale en adoptant un mouvement de glissement appelé faille de transformation. Le volume de notre globe restant constant, les blocs continentaux furent contraints de se déplacer jusqu’à occuper leur position actuelle. Au départ, ils devaient être rassemblés en un continent initial ; deux prétendent certains auteurs. Quoi qu’il en soit, le Pacifique est un vestige (en cours de réduction) de l’océan primitif. À la différence des interpré-
tations proposées dès 1910 (Taylor) et 1912 (A. Wegener), qui considéraient les continents comme mobiles sur une croûte océanique fluide et passive, pour les partisans de l’expansion des fonds, ce sont ces derniers qui sont les moteurs de l’évolution non seulement des océans, mais des continents, simples radeaux passifs.
En effet, la croûte océanique en expansion et la croûte continentale inerte qu’elle repousse devant elle comme un chariot se déplacent solidairement avec le manteau supérieur sur l’asthé-
nosphère, qui, à l’échelle géologique, se comporte comme un fluide entraîné par des mouvements de convection
agissant comme des bandes de roule-
ment. Les zones mobiles de la planète (séismes, volcans, orogènes) dessinent à la surface de la lithosphère des ceintures étroites qui ont permis de délimiter des calottes sphériques, ou plaques (fig. 8) se déplaçant les unes par rapport aux autres en pivotant autour d’un pôle de rotation. Selon les auteurs de cette « tectonique de plaques », les radeaux de la lithosphère tendent à s’écarter les uns des autres (extension) par accroissement sur l’emplacement de l’axe des dorsales, tout en se décalant le long des failles de transformation (fig. 9). Sur les autres bords, la plaque arrive en collision avec ses voisines. La compression amène la partie océanique à plonger sous une autre croûte océanique (comme dans le cas de certains arcs insulaires) ou sous une croûte continentale (comme le Pacifique sous l’Amérique andine).
Cet engloutissement aboutit à la destruction de la croûte dans l’asthénosphère et se fait selon un plan (dit « de Benioff ») incliné à 45° et en partie responsable de la formation des grandes fosses abyssales. Les principaux reliefs qui dérivent de ces mouvements et des processus morpho-sédimentologiques propres au milieu océanique sont dé-
crits dans les articles consacrés aux divers océans (Atlantique, Indien et Pacifique). Ils sont schématiquement regroupés et expliqués dans le tableau qui accompagne cet article.
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La Grande Encyclopédie Larousse - Vol. 14
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Neptune et Mercure
Soumise aux vents, aux courants et aux houles, la circulation maritime (d’abord cabotage, puis traversée transocéanique) fut l’une des plus anciennes utilisations de la mer. Qu’il s’agisse des échanges de produits ou des déplacements de personnes, l’océan demeure le support des grands transports de masse. Pour s’en tenir au trafic des produits, c’est la voie idéale pour les hydrocarbures (plus de la moitié du trafic maritime mondial) et les autres matériaux lourds comme les minerais. Cette supré-
matie incontestée du commerce par mer est due à son efficacité (gigantisme, auto-matisme des navires) et à son faible coût.
Les routes suivies sont encore diffuses dans l’immense Pacifique, elles restent embryonnaires dans l’océan Indien, sauf dans l’ouest, où elles convergent vers la
« route du Cap ». C’est l’Atlantique qui concentre les trois quarts du commerce mondial, pratiqué sur les deux grandes routes maritimes de l’économie actuelle : celle du Cap, définitivement établie depuis 1970, et celle de l’Atlantique Nord. Pour des raisons de sécurité et de rentabilité, cette dernière (v. Atlantique [océan]) est de très loin la mieux équipée, la plus active et la plus surveillée du monde.
J.-R. V.
Le tapis de l’océan
Sur la plus grande partie des fonds, le substratum rocheux est recouvert, lorsque la pente n’est pas trop forte, par des sédiments meubles en équilibre avec les processus de dépôt et de transport actuels.
Leur connaissance a rapidement progressé grâce à la multiplication des dragages, des carottages et des profils de réflexion sismique continue (v. océanographie). L’origine des dépôts est triple : les sédiments détritiques proviennent de l’érosion multiforme du matériel continental (ou terri-gène) ou volcanique (ou pyroclastique). Ils sont transportés à des distances plus ou moins grandes par les courants, les vents (cas des sables désertiques et des cendres volcaniques) et les glaces flottantes. Les sédiments organiques sont constitués de débris de plantes ou d’animaux. Les sédiments chimiques résultent de la précipitation des substances en excès dans l’eau de mer comme les carbonates ou les sels (évaporites).
Ces trois catégories ne se répartissent pas au hasard. Sur la plate-forme continentale prédominent les sédiments détritiques avec alternance de dépôts grossiers (sables, graviers et galets, qui sont le plus souvent des vestiges d’anciens épandages fluvio-marins pléistocènes) dans les régions où les courants sont vifs, et de vases (sièges d’une intense activité bacté-