avec Magellan ; elle devint systématique au XVIIIe s. avec Cook et les navigateurs français. Au XIXe s., les grandes puissances se sont partagé les archipels. Les Allemands ont été ensuite évincés des Samoa occidentales, de la Nouvelle-Guinée et des archipels micronésiens au moment de la Première Guerre mondiale ; les Japonais, qui leur avait succédé aux Mariannes, aux Carolines et aux Marshall, durent abandonner ces îles à la suite de leur défaite lors de la Seconde Guerre mondiale.
Aujourd’hui, en plus de l’Australie et de la Nouvelle-Zélande, anciennes colonies anglaises devenues dès le début du XXe s. des États indépendants dans le cadre du Commonwealth, plusieurs archipels ont obtenu leur indépendance : les Samoa occidentales, Nauru, les Fidji et les Tonga. D’autres ont gardé des liens plus étroits avec leur métropole : la Nouvelle-Calédonie, les Wallis-et-Futuna et la Polynésie française sont des Territoires français d’outre-mer. Les Nouvelles-Hébrides sont administrées en condominium par la France et la Grande-Bretagne. L’archipel des Salomon est une colonie de la Couronne anglaise, la Nouvelle-Guinée orientale a été conduite par paliers vers l’indépendance par l’Australie, les archipels de Micronésie sont sous tutelle de l’O. N. U. et administrés par les Américains, Guam et les Samoa orientales sont des territoires américains et les îles Hawaii constituent depuis 1959
le cinquantième État des États-Unis.
L’implantation des Européens en
Océanie a été suivie de grands bouleversements dans la population. Les groupes autochtones ont connu un
grave déclin au XIXe s. Certains groupes ont même disparu (Tasmaniens). Depuis quelques décennies, les populations indigènes connaissent un renouveau démographique spectaculaire : certaines îles aux possibilités limitées sont déjà surpeuplées, et une partie des jeunes doivent émigrer : ainsi ceux de Wallis-et-Futuna vers la Nouvelle-Calédonie ou ceux des Cook vers la Nouvelle-Zélande.
L’installation européenne a été souvent suivie d’une véritable colonisation : les Européens se sont surtout installés dans le sud de l’Australie et en Nouvelle-Zélande, où le climat tempéré leur était favorable ; les aborigènes australiens ont été complètement submergés par une population blanche dont la croissance a été accé-
lérée par une immigration active (plus de 2 millions d’arrivées depuis 1945).
En Nouvelle-Zélande, il y a dix fois plus d’Anglo-Saxons que de Maoris ; ces derniers connaissent pourtant une croissance démographique très rapide depuis quelques décennies. En Nouvelle-Calédonie, les Français d’origine métropolitaine sont aussi nombreux que les Mélanésiens. Aux îles Hawaii, les Polynésiens, très métissés, ne jouent plus qu’un rôle secondaire à côté des populations de race blanche, mais aussi de race jaune.
Les Asiatiques se sont installés un peu partout dans les archipels, et ils constituent aujourd’hui la majeure partie de la population des îles Hawaii (Japonais, Chinois, Philippins). Aux îles Fidji, les Indiens sont aujourd’hui plus nombreux que les autochtones.
Dans d’autres îles, les Chinois forment de petites colonies dont le rôle économique est souvent considérable (Tahiti).
L’arrivée d’immigrants a considérablement bouleversé les genres de vie traditionnels. Les quelques aborigènes australiens qui sont resté fidèles à leur vie nomade de cueillette, de chasse et de pêche ont été refoulés dans les parties les plus isolées de cet immense pays ; les autres sont devenus gardiens de bétail ou manoeuvres. À l’imitation des Européens, les Maoris de Nouvelle-Zélande se sont tournés vers
l’élevage laitier ou sont allés peupler les villes. Dans les îles tropicales, la culture des tubercules reste souvent active, en particulier en Nouvelle-Guinée et en Mélanésie (taro, igname, patate douce) ; de nombreux Polyné-
siens fondent leur genre de vie sur le cocotier, le taro et la petite pêche littorale. Mais, bien souvent, le contact avec la civilisation occidentale et l’attirance des villes et des industries amènent l’abandon des activités habituelles. Certains se tournent vers des cultures commerciales : cocotiers pour le coprah, bananiers, caféiers, mais les rendements sont très inégaux.
Les grandes plantations appar-
tiennent le plus souvent à des sociétés d’origine européenne. La canne à sucre est prospère sur la côte du Queensland, aux îles Fidji et aux îles Hawaii (où l’ananas décline). De vastes cocoteraies s’étendent sur les côtes de certaines îles de la Mélanésie ou de la Polynésie. Des Australiens ont créé des plantations de caféiers dans les montagnes de la Nouvelle-Guinée. Quant à l’Australie et à la Nouvelle-Zélande, elles sont devenues les premiers pays d’élevage du monde.
L’exploitation minière a enrichi
certaines terres. Les phosphates, déjà épuisés dans plusieurs îles, font vivre le petit État de Nauru ; la Nouvelle-Calédonie doit sa prospérité au nickel. Mais c’est surtout l’Australie qui présente dans ce domaine d’énormes possibilités : ses richesses en minerai de fer, en bauxite, en charbon, etc., lui permettent déjà de jouer un rôle de premier plan dans le commerce mondial.
Jusqu’à une époque récente, le développement des terres océaniennes était entravé par l’isolement et l’éloignement des grands centres économiques.
Il fallait deux mois de navigation pour gagner la Nouvelle-Calédonie ou la Nouvelle-Zélande, situées aux antipodes de l’Europe. L’essor des transports aériens bouleverse la vie de cette partie du monde. L’Australie a un réseau aérien intérieur extraordinairement dense par rapport à sa population ; les archipels sont reliés entre eux et communiquent avec le reste du monde par des lignes aériennes de plus
en plus nombreuses. Toute île dotée d’un aérodrome moderne entre rapidement dans l’orbite de la civilisation matérielle moderne. Il reste encore quelques terres tranquilles, difficiles à atteindre par le voyageur pressé, mais leur nombre diminue de plus en plus.
Le tourisme envahit certains archipels : 2 millions de personnes visitent chaque année les seules îles Hawaii.
Il faut espérer que cette évolution ne fera pas disparaître sous une uniformité déprimante l’extraordinaire diversité actuelle des îles océaniennes.
A. H. de L.
F Australie / Fidji / Hawaii / Honolulu / Méla-nésie / Micronésie / Nouvelle-Calédonie / Nouvelles-Hébrides / Nouvelle-Zélande / Polynésie /
Polynésie française / Salomon (îles) / Samoa occidentales / Tahiti.
F. Doumenge, l’Homme dans le Pacifique Sud (Soc. des Océanistes, 1966). / A. Huetz de Lemps, Géographie de l’Océanie (P. U. F., coll.
« Que sais-je ? », 1966 ; 2e éd., 1974). / A. Guilcher, l’Océanie (P. U. F., coll. « Magellan », 1969).
L’ETHNOLOGIE DE
L’OCÉANIE
L’origine du peuplement
L’ancien monde australo-
insulindien
Il y a plusieurs centaines de millé-
naires, l’Archanthropien vivait en Insulinde, tel le Pithécanthrope de Java.
L’abaissement du niveau des mers aux périodes glaciaires permettait le passage à pied sec vers des régions ordinairement insulaires. À la dernière glaciation, celle de Würm, les Hominiens atteignirent même la Nouvelle-Guinée et l’Australie, alors réunies par un pont terrestre. L’existence d’un Paléanthropien en Australie reste un problème, mais la présence des Néanthropiens depuis plus de trente mille ans y est aujourd’hui certaine. Vivant de la pêche, de la chasse et de la cueillette, ces hommes utilisaient un outillage grossier, taillé sur éclat ou sur nucléus, ignoraient le biface, mais polissaient le tranchant d’un outil qui ressemblait
à une lame d’herminette. Vingt mille ans plus tard, l’apparition du chien et d’un outillage lithique plus élaboré atteste les relations qui unissaient encore l’Australie et l’Asie. Puis l’élévation post-würmienne du niveau des mers isola la Nouvelle-Guinée de l’Australie et celle-ci de la Tasmanie. L’invention de la pirogue à balancier ne permettra qu’après plusieurs millénaires l’arrivée de nouvelles cultures asiatiques sur les rivages de la Nouvelle-Guinée, puis dans les îles océaniennes encore inconnues des hommes. Bien que régu-lièrement visitée, l’Australie du Nord ne modifia pas son système primitif d’économie. Les Tasmaniens restèrent isolés du monde jusqu’à l’arrivée des Européens.