Les ancêtres asiatiques
En se fondant sur l’étude de leur aspect physique, on a distingué parmi les Océaniens ceux de race mongoloïde ou à composante blanche (Micronésiens et Polynésiens) et ceux de race négroïde (Mélanésiens). On expliquait par des métissages les nuances observées aux frontières de ces trois régions ethniques et du monde asiatique. C’était attribuer trop de permanence aux caractères physiques et négliger, chez des peuples en mouvement, la nécessaire adaptation, favorable ou défavorable, à des milieux naturels souvent très différents. C’était également minimiser les conséquences des métissages dans toute l’étendue du Pacifique occidental et pendant plus de trois millénaires. Il serait vain, pour ces raisons, de rechercher en Asie et par ces mêmes méthodes anthropologiques l’origine géographique précise de chacune des composantes raciales du monde océanien, d’autant plus que ces mêmes facteurs de variabilité avaient probablement déjà exercé leur influence sur les anciens « mélanoïdes »
et « mongoloïdes » asiatiques. Seules l’étude des profils hématologiques de ces populations et la mise en évidence de certains « gènes marqueurs » pour-downloadModeText.vue.download 413 sur 625
La Grande Encyclopédie Larousse - Vol. 14
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raient permettre, avec plus de sûreté,
d’essayer de préciser des distances de parentés entre ces différents groupes humains d’Asie et d’Océanie.
La linguistique, pas plus que l’anthropologie physique, ne peut permettre de localiser avec précision en Asie l’origine des Océaniens et d’établir la chronologie et les étapes de leur colonisation du Pacifique. On sait seulement que les langues océaniennes sont très diversifiées en Mé-
lanésie occidentale, plus simples et homogènes lorsque l’on s’éloigne vers l’est. Au nord, les langues microné-
siennes seraient apparentées à celles de Taiwan (T’ai-wan) et au khmer classique autant qu’à celles de la Polynésie occidentale. Toutes, sauf les langues papoues et australiennes, sont dérivées d’une même souche linguistique, l’austronésien, dont on retrouve les rameaux depuis l’Asie méridionale jusqu’à Madagascar à l’ouest et l’île de Pâques à l’est. Le japonais comprendrait également certains éléments austronésiens.
La préhistoire du Sud-Est asiatique a été, jusqu’à ces dernières années, considérée comme à l’image de la
préhistoire classique : succession des cultures paléolithiques, mésolithiques ou épipaléolithiques et néolithiques.
On a trop écrit sur cette « révolution »
néolithique qui, depuis l’Inde et la Chine, aurait transformé cette région du monde vers le IIe ou le IIIe millé-
naire avant notre ère. Ce concept de
« Néolithique » et cette notion de dif-fusionnisme sont ici encore plus impropres qu’ailleurs. Il est en effet certain que le Sud-Est asiatique a connu une évolution originale : apparition très ancienne des lames à tranchant poli (cet outillage est daté du XXe millé-
naire en Australie) et, plus récemment, lente élaboration d’un mode de subsistance fondé sur l’élevage et l’horticulture. Cette région tropicale offrait à l’homme une exceptionnelle variété de plantes utiles. Tout en poursuivant son activité de cueillette, celui-ci sut diriger et améliorer la croissance de certaines d’entre elles, et notamment celle du taro et de l’igname. Les céréales apparurent ensuite : le coix, le millet puis le riz, ces deux dernières étant probablement originaires de la Chine du Sud. L’ancienne horticulture sur brû-
lis se maintint dans certaines régions
montagneuses du Sud-Est asiatique, mais la riziculture prit ailleurs une place prépondérante. Le monde océanien, tout proche, l’ignora cependant et conserva son héritage horticole tout en l’améliorant. Il n’était donc plus en contact avec l’Asie méridionale quand la riziculture devint, ici, la principale ressource en produits végétaux. En ce qui concerne le peuplement hors de la Chine continentale, la seule datation actuellement connue est celle d’un site de Taiwan (T’ai-wan) : 2500 environ avant notre ère. Elle s’accorde avec d’autres résultats obtenus par les ar-chéologues dans le Pacifique occidental. L’archipel des Salomon était peuplé dès l’an 2000, et tout le Pacifique occidental à la fin du IIe millénaire avant notre ère. Polynésiens et Méla-nésiens coexistèrent plus ou moins étroitement au centre de cette région et pendant toute cette période ancienne.
Les civilisations polynésiennes, telles que les Européens les découvrirent, ne s’étaient différenciées de cet ancien monde mélano-polynésien qu’au cours du Ier millénaire avant notre ère, dans l’archipel des Tonga et aux Samoa.
Certains pensent, aujourd’hui, que les Polynésiens, peuple de la mer, avaient alors déjà appris des Mélanésiens les techniques de l’horticulture et que ce complément de ressources leur permit de coloniser le reste des îles du Pacifique encore inhabitées. En Polynésie occidentale, les îles Samoa furent peuplées dans les tout débuts de l’ère chré-
tienne. Vers la fin du IVe s., les Polyné-
siens gagnèrent la Polynésie centrale et, de là, peuplèrent tout le Pacifique oriental. Leur relatif et récent isolement explique l’apparente homogénéité des caractères physiques, linguistiques et culturels de ces Polynésiens orientaux.
Ce déplacement d’ouest en est appa-raît aujourd’hui certain, et l’on ne croit plus à l’ancienne théorie qui supposait que les Polynésiens étaient des Amé-
rindiens. Quelques-uns d’entre eux ont pu, cependant, visiter les côtes occidentales de l’Amérique et en rapporter la patate douce. Les traditions font état de telles expéditions, et la patate douce semble bien originaire de ce continent.
L’ancienne notion de grandes vagues migratrices est également abandonnée.
D’une part, ces voyages de découverte, volontaires ou involontaires, étaient
fréquents et, à chaque fois, le fait de quelques pirogues seulement. D’autre part, il serait impossible d’en tracer les directions et les étapes successives ou définitives sur une carte du Pacifique.
En effet, ces voyages tissaient des ré-
seaux de relations interinsulaires dont l’extension et la durée variaient, et qui, chacun, se modifiaient peu à peu.
L’homme et son milieu
Allant ainsi à la découverte d’îles nouvelles, l’homme dut s’adapter à des conditions de vie parfois différentes.
Les atolls, formés de corail, n’ont pas la richesse des îles hautes. La perméabilité du sol de ces atolls pose aussi le problème des ressources en eau. Si la plupart des îles océaniennes sont tropicales, le climat de certaines, du fait de leur altitude ou de la latitude (Nouvelle-Zélande, île de Pâques, îles Hawaii par exemple), ne permet pas de cultiver toutes les plantes océaniennes traditionnelles. Il est aussi nécessaire de se protéger du froid par des vêtements plus épais et le chauffage des cases. Cependant, dans l’ensemble, le genre de vie des gens du Pacifique est partout très semblable.
L’homme et la matière
Toute activité qui s’exerce sur la matière exige un savoir qui n’est pas seulement technologique. Elle met en jeu les êtres et les forces invisibles qui intéressent l’homme, son outillage, la matière à transformer et le produit obtenu. C’est donc affaire de spécialistes en rites appropriés. Ignorer ces forces invisibles et transgresser les interdits (le tapu, tabou) mettraient en péril un certain équilibre vital jusque-là pré-