Contrairement aux autres espèces
animales, celles des poissons sont particulièrement nombreuses dans le Pacifique « vrai », c’est-à-dire à l’est des guirlandes insulaires mélanésiennes.
Dans cet ensemble maritime le plus vaste du monde, les courants sont en effet divers, de même que la salinité et la température des eaux. La pêche était l’une des activités principales des Micronésiens et des Polynésiens. On utilisait des hameçons de bois, d’os et surtout de nacre, simples ou composites et de formes très variées. On se servait aussi de longues foënes et des harpons (aux îles Marquises et en Nouvelle-Zélande). On pêchait en rivière, dans les lagons ou en haute mer, on capturait les poulpes et les crustacés, et l’on collectait des coquillages près des plages, sur les récifs ou en eau profonde, en plongeant. Les tortues étaient pêchées à l’aide de filets, à la ligne ou harponnées. Leur consommation était souvent réservée aux dieux, aux chefs ou aux prêtres et toujours interdite aux femmes. On avait une très grande connaissance de la vie marine, des es-pèces toujours ou localement toxiques, des migrations des poissons, des
temps favorables à telle ou telle pêche.
Comme dans les autres domaines d’activité, ce savoir et sa pratique étaient liés à la vie religieuse.
La vie quotidienne
La vie domestique
Les habitations étaient en ordre dispersé. À côté de la case « cuisine » et de celle qui était réservée aux repas, se trouvait la case où l’on dormait. Une sorte de véranda pavée la précédait parfois en Polynésie centrale ; elle permettait de s’abriter du soleil et de la pluie.
Ces cases, construites en matériaux d’origine végétale, à même le sol, sur un tertre ou sur une terrasse de pierre, étaient souvent de plan rectangulaire en Polynésie orientale. Ici, les grandes cases de réunion et, ailleurs, toutes les cases avaient leurs petits côtés arrondis. En Mélanésie se rencontraient également des cases de plan circulaire. Les demeures des chefs étaient très grandes, et leur construction était très soignée. L’habitat comprenait également de grands hangars pour les pirogues et des cases qui servaient de réserve pour les produits de l’horticulture. En Nouvelle-Zélande, cette case et la case de réunion des hommes étaient construites en bois et peintes, et leur fronton ainsi que les poteaux de soutènement étaient finement sculptés.
On prenait aussi grand soin du décor des grandes cases de réunion en Micronésie, dans le centre-nord de la Nouvelle-Guinée, en Nouvelle-Calédonie.
Le mobilier était des plus simples : ustensiles de cuisine, crochets de suspension, parfois sculptés, paniers, coffres pour les pièces de vêtement et les parures, nattes, sur lesquelles on s’étendait, et tapa, qui servaient de couvertures. On trouvait également des appuis-tête en bois et, dans la case des personnages de haut rang, de petits tabourets. Le kava est une boisson stupéfiante que les hommes buvaient rituellement dans la plupart des îles du Pacifique. Le grand plat qui servait à sa préparation était accroché dans la grande case de réunion. Aux îles de la Société et aux îles Hawaii, une petite lampe en pierre permettait de s’éclairer médiocrement en y faisant brûler, par l’intermédiaire d’une mèche, de l’huile de noix. Ailleurs, cet appareil
rudimentaire n’existait pas, et l’on se contentait d’enfiler, sur une petite tige de bois, cinq ou six noix de bancoul décortiquées. Celles-ci brûlant l’une après l’autre, l’ensemble éclairait pendant une heure environ.
Les ustensiles de cuisine compre-
naient des plats ou des bols en bois, des gourdes et des poteries dans les régions à céramique. L’amande des cocos était grattée avec une râpe en corail ou en pierre. Des coquillages perforés permettaient d’éplucher les tubercules. On découpait la nourriture à l’aide d’un couteau en bambou. Des pilons en bois ou en pierre (en Polynésie orientale) servaient à réduire en pâte la pulpe des fruits et des tubercules. Certains aliments étaient mangés crus, avec ou sans condiment, tels divers poissons ou crustacés et les fruits non farineux. La cuisson des autres aliments s’effectuait à l’air libre ou dans une case réservée à cette fin. Le feu était allumé par frottement rapide d’une baguette dans une rainure de bois. Dans les régions où l’on utilisait la poterie, les aliments y étaient cuits « à l’étouffée ». D’autres techniques plus simples étaient utilisées un peu partout : chauffage de pierres volcaniques, que l’on plaçait ensuite dans un récipient en bois pour y faire bouillir les liquides ou épaissir les féculents dilués. Ces pierres servaient également dans le « four souterrain » : un foyer était allumé dans une fosse pour chauffer ces pierres ; on y déposait ensuite des paquets de nourritures enveloppés et protégés par des feuilles, et l’on recouvrait le tout de terre. La cuisson durait deux heures. Plus simple encore était la cuisson dans un bambou ou sur un tas de gravier corallien déposé sur un feu de bois.
On prenait ses repas assis sur le sol.
Plusieurs couches de feuilles ou des palmes de cocotier tressées servaient de nappe. Chaque convive disposait de quelques autres feuilles en guise d’assiettes et d’une coque de noix de coco qui contenait un condiment pré-
paré à partir de poisson fermenté dans de l’eau de mer. Cette eau, dans les îles cernées par un récif frangeant ou un lagon, constituait la principale ressource en sel. Avant et après les repas, on se lavait soigneusement la bouche et
les mains. Le souci de propreté corporelle est d’ailleurs très grand chez les Océaniens. Il n’est pas de journée qui ne s’achève par un long bain dans la rivière, ou dans la mer si l’eau douce fait défaut.
Les transports et les voyages
Les pirogues étaient, en dehors de la marche, le seul moyen de transport. À
simple ou à double balancier, ou à deux coques réunies par un pont de bois, downloadModeText.vue.download 415 sur 625
La Grande Encyclopédie Larousse - Vol. 14
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elles étaient mues, sans gouvernail, à la voile ou à la pagaie. Les plus grandes, utilisées pour les longues traversées ou à la guerre, pouvaient contenir plus de 200 personnes avec armes et bagages.
Aux Fidji, l’une des dernières constructions de grande pirogue double connue dura près de sept ans : la longueur de l’embarcation était de 36 m, le pont qui réunissait les deux coques avait une surface de 120 m 2, la hauteur du mât était de 20 m, et la longueur de chacune des deux vergues de 27 m. Les modèles variaient légèrement d’un archipel à un autre : forme et décor de la proue et de la poupe, des pagaies, des écopes, des ancres de pierre, mode de gréement.
Chaque clan avait son oriflamme particulière. Les chefs conservaient un savoir nautique transmis oralement et qui est aujourd’hui en grande partie perdu.
Au temps de J. Cook, les Tahitiens et les Tongans connaissaient la géographie d’une grande partie du Pacifique.
On savait s’orienter en observant les astres et leurs mouvements, et naviguer en tenant compte des vents réguliers ou non et des courants. Les Microné-
siens des îles Marshall établissaient des cartes nautiques en utilisant un réseau de tiges de bois qui représentaient les principales directions de réflexion et de réfraction des vagues ; sur ce ré-
seau, des coquillages localisaient les îles. En Polynésie orientale, on venait de très loin pour assister aux assemblées religieuses de Raïatea, aux îles de la Société, et même de la Nouvelle-Zélande et des îles Hawaii. Cela repré-
sentait une distance de 2 074 milles
dans le premier cas et de 2 370 dans le second (soit, respectivement, 3 850 et 4 400 km environ), et une traversée de quatre à cinq semaines.