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La vie sociale

et religieuse

En dehors de la Polynésie orientale, il est malaisé de définir des systèmes pré-

cis d’organisation sociale. Les thèmes sont en partie communs, mais chacun d’eux prend, selon la région, une importance privilégiée. Les systèmes de parenté sont complexes et variés, et peuvent, dans une même population, se transformer lentement ou brutalement. La bigamie était fréquente dans le Pacifique occidental, rare en Polynésie, mais la polyandrie était normale aux îles Marquises. Le principe de l’adoption était partout répandu. En Mélanésie, la hiérarchie pouvait être de caractère gérontocratique ou codifié par un système de grades, attribués en fonction des qualités personnelles des individus et de leur richesse en biens consommables ou capitalisables. En Polynésie, le pouvoir était socialement plus structuré qu’ailleurs, et sa transmission plus héréditaire qu’élective.

Le mana*, cette force surnaturelle inégalement partagée, était lui-même héréditairement transmissible. Partout, cependant, les membres d’un groupe étaient interdépendants et contrôlaient sa cohésion. Le prestige était nécessaire au maintien du rang hiérarchique ; d’où une incessante rivalité entre groupes et individus ainsi qu’un état de guerre presque endémique.

Les combats, terrestres ou navals, étaient de simples escarmouches ou de véritables guerres d’extermination. Le casse-tête était l’arme la plus répandue : selon les régions, il était en bois sculpté, armé ou non d’une tête en pierre ou de dents d’animaux. Les Maoris de Nouvelle-Zélande taillaient leurs casse-tête dans de la pierre ou de l’ivoire. On se servait aussi de piques, de javelots, de frondes. L’arc n’était utilisé qu’en Mélanésie et aux Tonga.

On construisait, pour se défendre, des camps retranchés ; les plus vastes et les plus élaborés étaient ceux des Maoris. En cas de défaite grave, l’exode

des survivants était inévitable, car les prisonniers étaient rarement épargnés.

La guerre fut probablement, avec la pression démographique, l’un des

mobiles principaux du peuplement du Pacifique.

Les traditions constituaient les archives orales des institutions et, sous couvert de mythologie, transmettaient les généalogies, les règles de la vie sociale (tenure des terres, régulation des mariages, etc.), les raisons et les modalités des rites initiatoires, funé-

raires ou de fertilité. Le culte des an-cêtres était pour chacun primordial, tant sur le plan religieux que sur le plan social. La qualité de l’ancêtre déter-minait la place et les droits de l’individu ou des groupes dans la société : d’où l’importance des généalogies. La vie religieuse ne saurait, d’ailleurs, être dissociée de la vie quotidienne, qu’elle conditionne et ponctue de céré-

monies collectives. Ces fêtes étaient organisées sur une place aménagée à cet effet : on y chantait et l’on y dan-sait au rythme sonore des flûtes et des tambours. Elles étaient accompagnées de festins souvent considérables. Les différents groupes sociaux avaient leur sanctuaire particulier. Des spécialistes, choisis pour leurs compétences, étaient chargés de certains rites ou de certaines pratiques secrètes. Ils opéraient sur de petits autels de pierre. En Polynésie orientale apparut une véritable « classe sacerdotale », qui disposait d’édifices particuliers, les marae, pour exercer, avec les dignitaires de l’aristocratie, leur ministère religieux. Les ancêtres et les dieux du marae, c’est-à-dire ceux du clan, étaient invités à y dialoguer avec les vivants et à les soutenir dans leurs entreprises pacifiques ou guerrières. C’est ici encore que les théologies et les cosmogonies paraissaient les plus élaborées. Les premiers Européens furent trop enclins à ne considé-

rer que cet aspect de la vie religieuse des Polynésiens orientaux. Celle-ci ne peut être comprise sans se référer aux thèmes communs à toutes les religions océaniennes. Cette unité dans la diversité caractérise, en fait, l’ensemble du monde océanien.

Australiens et

Tasmaniens

Si ce n’est en terre d’Arnhem et dans le seul domaine technologique, les aborigènes australiens ne furent pas influencés par leurs voisins du Nord : Indoné-

siens et Mélanésiens. On ne croit plus non plus que ceux de la côte est et de la Tasmanie aient eu quelque rapport avec les Mélanésiens orientaux. Vivant de la chasse et de la cueillette, ils eurent à s’adapter aux variations climatiques de la fin du Quaternaire. Pendant les maximums glaciaires, presque tout le continent australien était facilement habitable. En effet, la diminution de l’évaporation permettait une irrigation normale par les eaux courantes, les fleuves étaient abondants et de grands lacs occupaient le centre de l’Australie. Pendant les stades de réchauffement climatique (on en compte quatre principaux dans cette région du globe), l’augmentation de l’évaporation et la permanence d’un anticyclone tropical transformaient en désert la moitié de l’Australie. Cette désertification s’est augmentée depuis la fin de la glaciation würmienne.

À l’arrivée des Européens, les Australiens étaient à peu près 300 000

(200 000 seulement, d’après cer-

tains), inégalement répartis sur les 7 700 000 km 2 de l’Australie et de la Tasmanie. Les plus nombreux vivaient sur les côtes nord et sud-est ainsi qu’en Tasmanie, mais leur densité moyenne n’y excédait pas 0,4 au km 2. De couleur brun foncé, ils sont, à l’exception des Tasmaniens, assez grands et élancés. Leurs membres sont relativement plus longs que chez les autres types humains ; l’arcade sourcilière des hommes est aussi plus marquée.

Les différences régionales qu’on a pu remarquer ne sont probablement pas le fait d’une origine raciale différente, mais la conséquence d’une adaptation à des milieux naturels très différents, dans le temps et dans l’espace. Les résultats d’études hématologiques sont favorables à cette thèse. Leurs langues, très nombreuses (plus de cinq cents), ne sont pas austronésiennes. On les subdivise en vingt-deux groupes linguistiques principaux.

Les Australiens vivaient par familles ou par groupes de quelques dizaines

d’individus, tout en appartenant à des groupes plus importants et dont les frontières géographiques étaient assez imprécises. Chacun de ces groupes correspondait souvent à une unité linguistique, à un même type de com-

portement social et religieux. Bien qu’indépendantes les unes des autres, les tribus échangeaient entre elles des produits utilitaires et entretenaient des relations d’obligations réciproques.

Dans les familles (matriarcales), comme dans les groupes plus étendus, l’homme détenait l’autorité ; le pouvoir social et religieux était surtout le fait des plus âgés. Les ressources alimentaires variant avec les saisons, on était obligé de mener une vie semi-nomade.

Les familles se déplaçaient avec leurs chiens. Les hommes chassaient les marsupiaux, pêchaient à la ligne ou au filet. Le ramassage des coquillages et la collecte des plantes comestibles étaient une activité réservée aux femmes. La chasse et le développement des graminacées étaient facilités par l’incendie volontaire des forêts, ce qui contribua à la dégradation du milieu biologique.

L’équipement, de forme ou de décor variable selon les groupes, était à peu près constant dans sa nature : boomerang avec ou sans retour, javelot, propulseur (qui servait aussi de récipient et dont l’une des extrémités, armée d’un éclat de pierre taillée, permettait également de travailler le bois), bouclier, hache de pierre, petits outils de pierre taillée. On transportait les liquides dans des sacs très finement tressés ou en peau de kangourou cousue à l’aide d’une aiguille en os. Des paniers d’écorce peinte et des plats en bois ou en écorce complétaient cet équipement. En terre d’Arnhem, on utilisait des pirogues taillées dans des troncs d’arbre et mues à la voile ; ailleurs, de simples embarcations en écorce ou des radeaux. On vivait à peu près nu, on dormait près d’un foyer, à l’abri d’un paravent d’écorce ou de branchages.