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La Grande Encyclopédie Larousse - Vol. 14
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Techniquement adaptés à des conditions très difficiles, mais aussi toujours
précaires, les Australiens sentaient la nécessité d’entretenir les expériences positives du passé pour assurer leur existence, de faire appel à un code social et politique très strict ainsi qu’à une tradition religieuse éprouvée. Des êtres mythiques ont créé la nature, dont l’homme est un élément indissociable.
Le totémisme permettait de préciser cette relation, et l’accomplissement de rites divers de la revivifier. Si certains rites étaient relativement discrets, d’autres nécessitaient de véritables spectacles mimés.
Cette interdépendance du passé, du présent et de l’avenir, du surnaturel et du vivant concerne également la naissance et la mort. Pour les Australiens, la fécondation des femmes n’est pas le fait de l’homme, mais celui d’un germe immatériel qui provient d’un ancêtre et qui la pénètre. Ce germe se dédouble à la naissance de l’enfant : l’un l’accompagne dans sa vie et dans la mort, et l’autre reste à l’intérieur du groupe qui se réclame du même totem et permettra une nouvelle naissance et la réincarnation d’un ancêtre.
Le dernier Tasmanien est mort en
1876 ; la disparition de ces peuples est l’un des cas de génocides les plus typiques. Le gouvernement de Canberra estime que les aborigènes australiens constituent aujourd’hui une population à peu près stable de 120 000 individus environ, dont les deux tiers sont des métis. Il hésite à décider s’il convient de laisser cette population poursuivre un genre de vie de plus en plus difficile, du fait de son confinement dans les territoires les plus déshérités, ou s’il est préférable de l’intégrer peu à peu à notre type de société.
J. G.
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Les arts de l’Océanie
Depuis un siècle, en Occident, l’art moderne cherche à figurer l’univers sensible en se libérant des connaissances acquises pour expérimenter l’intuition et devenir, par rapport à l’art classique, ce que la musique peut être par rapport à la littérature.
La découverte des arts dits « primitifs »
n’est pas étrangère à ce mouvement. Cependant, ce qui n’est ici qu’expérience de quelques-uns était, en Océanie, l’activité nécessaire à tout un monde.
L’art océanien dépasse en effet la simple création artistique. C’est un moyen intui-tif de connaissance, mais qui permet de prendre conscience du monde et d’y vivre.
Créer l’objet est donner vie à un intermé-
diaire entre l’homme et l’inconnu. Cette création permet aussi de prendre part à l’organisation du monde et de contrôler sa cohésion. L’art est encore une écriture qui, dans le choix des signes et de leur groupement, permet de traduire le mythe et de le vivifier, de donner personnalité et cohé-
rence aux individus et aux groupes. Telle danse ou telle musique, tel masque ou telle peinture corporelle rendront possibles la transformation temporaire de cette personnalité ou le dialogue avec l’invisible. Ce qui est créé n’a de durée que celle de sa fonction, permanente ou momentanée : tel jeu de ficelle ou tel dessin sur le sable
n’aura vie qu’un instant.
L’art océanien reste très méconnu. La musique (les Maoris fabriquaient d’admirables flûtes en bois, en pierre ou en ivoire), les danses et les jeux anciens, la littérature orale ne peuvent encore être sérieusement étudiés que dans quelques rares lieux du Pacifique occidental. L’influence des cultures européennes a modifié les techniques traditionnelles et fait disparaître presque partout les anciens mobiles de création. Les premiers Européens ont né-
gligé l’étude de ces traditions. Beaucoup de missionnaires condamnèrent à la destruction les productions du « paganisme ».
Des informations orales, des objets ont été recueillis par des voyageurs amateurs de curiosités exotiques. Leur interprétation et leur choix étaient ceux d’Européens vivant l’époque du romantisme, d’Européens aussi qui, encore plus qu’aujourd’hui, considéraient leur propre civilisation comme le seul destin de ces humanités différentes, attardées sur le chemin de révolution culturelle. L’étude scientifique de l’art océanien, de ses techniques, de sa valeur sémantique est donc des plus difficiles encore aujourd’hui.
Arts et techniques en
Australie
Comme ailleurs en Océanie et sinon davantage, l’art australien est avant tout social et religieux. Les motifs décoratifs sont la propriété personnelle des clans et des individus, dont ils sont des symboles.
Toute réalisation esthétique a une signification mythique. La durée n’est pas l’essentiel, mais bien plus l’acte créateur, qui n’est pas différent, dans son intention, de l’acte mimé ou chanté au cours des manifestations rituelles. Telle gravure rupestre sera évidemment pérenne, telle peinture pariétale sera en partie repeinte ou complétée à l’occasion de nouveaux rites, mais on peint aussi sur le sol. Naturalistes ou symboliques, ces oeuvres reflètent la complexité et l’abstraction de la pensée sociale et religieuse des aborigènes.
Seul le nord de l’Australie semble avoir reçu l’influence de la Nouvelle-Guinée voisine : poteaux funéraires anthro-pomorphes, masques, crânes peints, etc. Cette influence concerne le décor ou l’objet, mais non sa signification religieuse. Ailleurs, il ne s’agit que de peindre
et de sculpter des surfaces. Les gravures rupestres et pariétales sont obtenues par piquetage, ou par incision lorsque la roche est peu résistante. La grotte la plus ancienne connue, ainsi ornée, celle de Koo-nalda, au sud de l’Australie, était occupée il y a vingt mille ans. La paroi décorée est à 200 m de l’entrée de la grotte.
Le bois était gravé à l’aide d’un outillage lithique très évolué. Certaines lames à retouches bifaciales, utilisées comme pointes, ont l’élégance des plus belles pièces néolithiques du monde occidental. Après l’arrivée des Européens, les aborigènes utilisèrent, pour façonner ces pointes, la porcelaine des isolateurs électriques et les tessons de bouteille. Les outils ainsi obtenus par retouches rasantes, denticulés, sont d’une rare beauté.