Certains jeux étaient pratiqués dans le Pacifique, mais ils ont rarement donné prétexte à oeuvre d’art. Citons cependant le tir à l’arc et les combats sur échasses.
En Polynésie, l’arc n’était utilisé que pour les compétitions sportives ; il fallait tirer le plus loin possible et non pas viser une cible précise. Le Bernice P. Bishop Museum de Honolulu conserve un très beau car-quois tahitien en bambou pyrogravé. Le jeu des échasses, pratiqué en équipe et consistant à faire tomber l’adversaire, était largement répandu en Polynésie. Seuls les Marquisiens donnaient un soin particulier au décor de l’étrier de ces échasses : tikis et dessins géométriques très finement sculp-downloadModeText.vue.download 418 sur 625
La Grande Encyclopédie Larousse - Vol. 14
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tés. On pratiquait ce jeu lors des grandes fêtes données en mémoire des morts.
Les pirogues étaient évidemment le moyen de transport indispensable aux gens de mer que sont les Océaniens, tant pour les voyages et la pêche que pour les luttes guerrières. Elles portaient un nom et arboraient les marques de leur proprié-
taire. Dans certains archipels, elles étaient décorées de motifs sculptés, parfois sur le plat-bord, plus généralement à la proue et à la poupe. Représentations humaines, têtes d’oiseaux, poissons, crocodiles ornent fréquemment la proue des pirogues de la Nouvelle-Guinée et des archipels voisins. En Micronésie, les plus beaux décors sont ceux des Carolines : oiseaux stylisés à l’avant et à l’arrière des embarcations. Si l’art micronésien est moins riche que les autres, la sculpture sur bois atteint une exceptionnelle beauté par la simpli-
cité et l’épurement des formes. En Polyné-
sie, ce sont, de loin, les pirogues maories qui sont les mieux ornées. La poupe est verticalement prolongée par une haute frise curviligne, délicatement ajourée de motifs où domine la spirale. À l’avant, une autre frise, horizontale et plus courte, ne comporte en général que deux grands élé-
ments spirales, avec un personnage en position de repos sculpté à la base du décor.
Une autre figurine se détache sous la frise de la poupe, la tête en avant, comme prête à bondir à l’assaut des vagues. Certaines pagaies et écopes étaient également très finement décorées : pagaies peintes et sculptées de la Mélanésie du Nord, pagaies et écopes des îles Australes, entièrement ciselées de motifs géométriques qui rappellent ceux des îles Cook et des Tonga, et qui semblent l’ultime stade d’évolution des symboles représentant l’être humain.
En Océanie, les casse-tête étaient l’arme des combats au corps à corps ; ils avaient également un rôle dans la vie sociale et la vie religieuse. En Nouvelle-Guinée, on façonne encore des têtes de massue en pierre, rondes et sculptées en « têtes de diamant ». On retrouve des objets identiques associés aux pilons en pierre de l’ancienne préhistoire néo-guinéenne. La forme et l’ornementation de beaucoup de casse-tête en bois de la Mélanésie semblent s’en inspirer. Cependant, bien d’autres formes existent, d’autant plus variées que l’on s’éloigne de la Mélanésie équatoriale. En Nouvelle-Calédonie, certaines massues ont la partie percutante sculptée en tête d’oiseau. Aux Fidji, si l’on trouve encore des formes mélanésiennes, d’autres formes et décors sont très proches de ceux des îles Tonga. Ici, l’arme est en-tièrement ciselée : symboles et figures géométriques très complexes, avec, également, des formes humaines et animales stylisées. Aux îles Marquises, le casse-tête est long de plus de 1,50 m et peut servir de béquille de repos. L’essentiel du décor est, comme toujours dans cet archipel, constitué de têtes de tikis, aussi bien sur les protubérances latérales destinées à frapper l’adversaire que sur les deux faces de la masse percutante. Souvent, les tikis sont ici disposés de telle sorte qu’ils forment, ensemble, un autre visage. En Nouvelle-Zélande, la massue était courte et destinée à frapper l’adversaire à la tempe ou à la nuque. La forme la plus simple est celle d’un battoir allongé, très mince et aux
bords coupants ; l’extrémité proximale est perforée et ornée de deux ou trois gorges circulaires. Les diverses nuances du jade ou le brillant de la pierre noire finement polie concourent à la beauté de ce genre de massue. D’autres massues, en bois ou en os de cétacé, sont plus larges, mais aussi minces. Leur contour est plus complexe, bilobé ou multilobé ; ces massues sont plus richement décorées que les massues en pierre. Tous ces objets, transmis de géné-
ration en génération et, pour cette raison, très chargés de mana, étaient considérés comme des plus précieux. Les boucliers ne sont connus qu’en Nouvelle-Guinée et aux îles Salomon. Peints et sculptés, ornés de coquillages, ils offrent de sompteux décors réalistes ou stylisés.
L’ART ET LA RELIGION
La religion ne peut être qu’arbitrairement distinguée de la vie quotidienne et de la vie sociale. Cependant, les manifestations esthétiques qui concernent les dieux et leurs lieux cultuels peuvent être considé-
rées comme spécifiques.
L’art religieux est surtout polynésien.
En effet, les populations du Pacifique occidental sont d’abord préoccupées du culte de leurs ancêtres. Los Polynésiens, au contraire, ont élaboré une cosmogonie très complexe et instauré en Polynésie orientale une classe sacerdotale distincte des autres classes sociales et chargée de régir les relations entre les hommes et les dieux. L’ésotérisme propre à ces religions fit qu’on ne sculptait généralement que l’image des dieux secondaires. Les dieux principaux étaient seulement invités à venir temporairement siéger sur — ou dans — des réceptacles préparés pour eux, à l’occasion des cérémonies religieuses. Aux îles Hawaii, aux îles Cook et dans l’archipel de la Société, il s’agissait de pièces de tapa, de paquets de feuilles ou d’un morceau de bois enroulés dans des filets. Des plumes rouges étaient fixées dans les mailles et renouvelées à chaque cérémonie. Ces objets, chargés d’un puissant mana, ne pouvaient être vus que par les prêtres. Ailleurs, et notamment aux îles Marquises, en Nouvelle-Zélande et à Rarontonga, ces réceptacles étaient des perches cylindriques gravées, des fourches ou des planches sculptées, mais, comme dans les autres archipels, ces ornementa-tions figuratives ne concernaient que les dieux locaux ou secondaires.
Chaque archipel a acquis un style particulier pour sculpter ses divinités dans le bois. La statuaire naturaliste de Mangareva est une exception. Chez les Maoris, et mis à part les perches et les pieux sculptés, les dieux sont gravés en bas-reliefs et ciselés comme le sont les autres productions artistiques de la Nouvelle-Zélande. Aux îles Cook, la sculpture des têtes rappelle celle des tikis marquisiens : la prédominance est donnée aux yeux et à la bouche, rigoureusement stylisés, mais, ici, le nez n’est pas autrement marqué que par l’arête longitudinale de la figurine, latéralement aplatie.
Certaines des sculptures supportent de petits bas-reliefs sur la poitrine, qui seraient les enfants du dieu représenté. Il en est de même pour une célèbre statue provenant de Rurutu (îles Australes), aujourd’hui au British Museum, à Londres. Elle représente le premier géniteur de l’île et ses descendants, qui sont sculptés un peu partout à la surface de son corps ; mais la statue est creuse et contient vingt-quatre autres petites figurines aussi stylisées que l’ensemble extérieurement visible. La ronde-bosse caractérise également la sculpture hawaiienne, qui exagère jusqu’à la violence formes et attitudes. Ici, le dieu de la Guerre, d’allure effrayante, était façonné à partir d’un mannequin d’osier recouvert de plumes. Également étranges sont les statues de bois de l’île de Pâques. Les artistes ont su utiliser les formes tourmentées des branches d’arbres de leur île, toujours battue par le vent, pour rendre les attitudes corporelles plus souples que dans l’art des Marquises, ancêtre probable du leur. Si les statuettes féminines sont relativement schématiques, les statuettes mâles sont caractérisées par un réalisme outré. La mai-greur des visages et la mise en relief des côtes ont été interprétées diversement.