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Des ethnologues voient dans ces corps décharnés l’image funèbre de l’ancêtre.

D’autres pensent que les vivants pouvaient bien avoir un peu de cet aspect dans une île où la famine était fréquente.

Sauf aux îles Marquises et à l’île de Pâques, la sculpture de la pierre était plus rare que la sculpture du bois. Les statues géantes de l’ancienne Rapa Nui (île de Pâques), taillées dans un tuf volcanique facile à travailler et hautes d’une dizaine de mètres représentent le tronc massif d’un homme dont la tête, anormalement allongée par rapport à l’ensemble, était souvent

surmontée d’un cylindre de tuf rouge. Les oreilles sont longues ; un front bas domine le creux symbolique des yeux et la naissance d’un nez long et épaté. La bouche, fermée, est marquée par des lèvres très minces et qui font saillie au-dessus des dépressions mentonnière et sous-nasale.

On s’accorde pour trouver à ces visages une expression hautaine et pensive. Le tiki marquisien, présent sur les objets mobiliers et les poteaux de bois plantés dans les zones d’habitat, fut aussi sculpté dans la pierre. Ces statues, souvent hautes de 4 m, gardaient les plates-formes lithiques réservées aux manifestations socio-religieuses. Elles sont massives : la tête, sans cou, s’enfonce dans la ligne des épaules.

La figure est réduite à deux grands yeux globuleux et écartés, aux ailes du nez très développées et à une bouche ovale qui remplit tout le bas du visage. Si les muscles pectoraux sont parfois très marqués, le reste du corps est simplifié au maximum.

L’ensemble donne une impression de mystère et de puissance. L’artiste marquisien semble avoir mal dominé l’art de la ronde-bosse : ses sculptures sont surtout des gravures sur plans discontinus, et l’on a pu écrire qu’il a oeuvré « sous la vision d’un monde à deux dimensions » (M. Leenhardt). Cette plastique serait ainsi moins évoluée que celle de l’Afrique, qui modèle si bien les volumes. Il semble, en fait, non pas que cet art polynésien soit paralysé par la seule ressource des deux dimensions, mais plutôt qu’il soit à la recherche d’un monde à plus de trois dimensions.

En Océanie, les seuls grands bâtisseurs d’édifices lithiques, hormis les Micronésiens des îles Mariannes, étaient les Polynésiens, et surtout ceux de la Polynésie orientale, qui construisaient des monuments destinés aux cérémonies religieuses. Aux îles Marquises, il s’agit de terrasses surtout remarquables par la grande dimension et l’appareillage des pierres mises en oeuvre. Les anciens ahu de l’île de Pâques sont également simples dans leur aspect : terrasse et cour pavée. Les statues géantes alignées sur ces édifices étaient destinées, selon les Pascuans des époques ultérieures, à les embellir. Bien qu’elles aient été renversées au cours des luttes intérieures des XVIIIe et XIXe s., l’ensemble est en effet très majestueux, mais il est probable que ces statues avaient aussi pour fonction de matérialiser certains ancêtres.

En Polynésie centrale, et surtout aux îles

de la Société, les monuments religieux, appelés ici marae, sont de formes plus complexes, les uns construits en moellons, les autres en pierres ouvragées. Ils comportent une cour pavée, enclose ou non d’un mur ou surélevée, une plate-forme en pierre, élevée à l’une de ses extrémités, des pierres dressées (sièges des êtres immaté-

riels appelés à participer aux cérémonies) et diverses constructions annexes. Le plus grand de ces marae, construit à Tahiti peu avant l’arrivée des premiers navigateurs européens et aujourd’hui presque entiè-

rement détruit, comportait un ahu haut de 17 m et formé de onze gradins superposés comme une pyramide à degrés. Certains de ces monuments ont été restaurés.

Dans les forêts de montagnes maintenant inhabitées, ils retrouvent leur aspect solennel des anciens temps. Leur beauté, cependant, ne peut plus être totalement appréciée. Jadis et à l’occasion des fêtes religieuses, ils étaient entièrement déco-rés de palmes tressées, de fleurs, de tapa.

On y voyait des planches et des poteaux sculptés, d’admirables tambours gravés et des constructions comme celle qui abritait la grande pirogue cérémonielle. Il faudrait enfin pouvoir imaginer les participants, leurs vêtements et leurs parures.

Les dessins, peintures et surtout gravures rupestres et pariétales, sont abondants en Océanie. Si l’on sait la fonction religieuse de certaines de ces productions artistiques — pétroglyphes de l’île de Pâques liés au culte de l’Homme-Oiseau, tortues et masques gravés sur les dalles des marae des îles de la Société —, celle des autres nous est inconnue. Il en est ainsi, notamment, des abondants pétroglyphes de la Nouvelle-Calédonie et des îles Hawaii.

L’UNITÉ DANS LA DIVERSITÉ

Nous avons pu distinguer différentes provinces artistiques en Océanie, les plus riches étant sans doute la Nouvelle-Guinée, la Nouvelle-Zélande et les îles Marquises. Il serait tentant de rechercher, en comparant les styles régionaux, des influences ou des courants de diffusion qui permettraient de préciser, en particulier, downloadModeText.vue.download 419 sur 625

La Grande Encyclopédie Larousse - Vol. 14

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les processus du peuplement du Pacifique Sud. Il faudrait supposer, par exemple, un rapport direct entre les motifs spirales néo-zélandais et néo-guinéens ou australiens, hypothèse contraire à toutes les données de l’ethnologie et de l’archéologie. Inversement, toute recherche de cet ordre se heurte à l’évidente parenté de tous les arts océaniens. Cette unité s’explique par la coexistence, aux temps anciens et au centre du Pacifique occidental, des peuples qui colonisèrent ensuite le reste du Pacifique Sud. L’art de l’Océanie est partout au service de la conception qu’a l’homme des problèmes de sa propre existence et du monde, conception déjà traduite sous forme de mythes et de cosmogonies variés. Il se diversifie et s’enrichit selon que l’accent est donné sur l’un ou l’autre aspect de cette même conception.

Il se diversifie également du fait de son propre dynamisme et du fait d’un progressif et relatif isolement des groupes sociaux dans les différents archipels d’un océan qui couvre plus du tiers de la surface du globe.

J. G.

G. H. Luquet, l’Art néo-calédonien (Institut d’ethnologie, 1927). / W. C. Handy, l’Art des îles Marquises (Éd. d’art et d’histoire, 1938).

/ R. Linton et P. S. Wingert, Arts of the South Seas (New York, 1946). / M. Leenhardt, Arts de l’Océanie (Éd. du Chêne, 1948). / A. Bühler, T. Barrow et C. P. Mountfort, Ozeanien und Australien (Baden-Baden, 1961 ; trad. fr. Océanie et Australie, l’art de la mer du Sud, A. Michel, 1962). / J. Guiart, Océanie (Gallimard, 1963).

/ A. Lavondes, Art ancien de Tahiti (Nouv. éd.

latines, 1969). / La Découverte de la Polynésie (Soc. des amis du musée de l’Homme, 1972). /

K. Kupka, Peintres aborigènes d’Australie (Soc.

des océanistes, 1973).

océanographie et

océanologie

On appelle océanographie l’ensemble des recherches d’ordre physique,