U. R. S. S.
Organisation complexe qui dépend de plusieurs ministères et de l’Académie des sciences, au sein de laquelle a été créé un comité spécialement chargé de coordonner toutes les activités océanographiques.
L’organisme le plus important est l’Institut d’océanologie (dans la banlieue de
Moscou), qui gère plusieurs laboratoires régionaux ou spécialisés (comme l’Institut hydrophysique ou l’Institut biologique des mers du Sud, établis à Sébastopol). L’Institut de recherches sur les pêcheries et l’océanographie, dispose de laboratoires à Mourmansk, à Kaliningrad, à Vladivostok et à Kertch. Le Service hydrométéorologique regroupe l’Institut océanographique d’État (à Moscou) et l’Institut arctique et antarctique (qui dépendait jadis de l’Administration de la Route maritime du Nord).
[V. Arctique (océan).]
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La Grande Encyclopédie Larousse - Vol. 14
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La flotte océanographique de l’U. R. S. S.
est plus nombreuse que celle de tous les autres pays réunis. Elle comprend en géné-
ral de gros navires, dont une dizaine ont un déplacement égal ou supérieur à 5 000 t : Vitiaz (5 700 t), Mikhail Lomonossov (6 000 t), Akademik Kourtchatov (6 800 t), Akademik Vernadski (7 000 t, 120 m de long) par exemple. Le Professor Vize dé-
place 6 900 t, navigue à 18 noeuds et est une véritable base météorologique et océanographique flottante, équipée d’appareils pour mesurer les courants, étudier l’acoustique marine et armée de lance-fusées pour la recherche ionosphérique.
L’Ob et la Lena, brise-glace de 12 600 t, affectés à l’Institut arctique et antarctique, participent partiellement aux campagnes de recherches dans les mers froides.
J.-R. V.
Les objectifs
L’océanographie présente trois aspects essentiels.
L’océanographie du solide
Elle se propose l’étude du vase océanique (fonds et bords), qui est décrit dans ses formes (bathymétrie, géomorphologie), dans sa nature (sédiments et roches étudiés par la géologie) et dans son substratum (géophysique). Trois grands axes de recherches peuvent être distingués :
y l’étude de la cinématique des
formes et des sédiments en relation
avec la dynamique actuelle ; y la reconstitution des grandes étapes morphosédimentologiques, et notamment les plus récentes (étude de carottages), associées aux oscillations du climat et du niveau de la mer au cours du Pliocène et du Quaternaire ;
y la mise en évidence des grands
processus qui ont abouti à la diffé-
renciation des mers et des terres. Les rapides progrès dans l’étude du ma-gnétisme, de la gravimétrie et de la séismologie ont permis l’élaboration de la théorie du renouvellement des fonds océaniques et de la tectonique de plaques (v. océan). Les résultats acquis depuis 1968 par les forages du Glomar Challenger sont susceptibles de fournir des arguments nouveaux en faveur d’une hypothèse qui rend compte avec cohérence de l’évolution planétaire des océans.
L’océanographie des fluides (ou
océanographie physique)
Elle étudie les masses d’eau aux points de vue de leur nature et de leur dynamique (v. courants océaniques, ondes océaniques) ainsi que leurs relations avec les masses d’air qui les surmontent. Cette branche de l’océanographie fait appel à des spécialistes ayant acquis une formation particulière de chimistes, de physiciens et de mathé-
maticiens. Deux grands problèmes font l’objet de leurs travaux :
y L’étude des bilans hydrologiques et thermiques. Elle peut être abordée à l’échelle d’une mer : on parle de mers à bilan hydrologique négatif (mer Rouge, golfe Persique, Méditerranée) ou positif (comme la Baltique) ; pareillement, le bilan thermique a de profondes répercussions sur l’ensemble de l’hydrologie et de la climatologie régionales, comme on l’observe dans le cas des mers froides. Ces deux aspects du problème peuvent également être envisagés à l’échelle de l’océan mondial : à cet égard, les renseignements fournis par les satellites sont essentiels pour comprendre le comportement d’ensemble des mers et leur rapports avec le cycle hydrologique.
y L’étude de l’interaction air-eau.
Elle analyse les échanges hydrologiques (précipitations, évaporation), particulaires (aérosols) et énergé-
tiques qui s’accomplissent à la surface de l’océan. L’atmosphère, par l’intermédiaire des vents, de la pluie et de l’évaporation, apporte des modifications sensibles à la surface de la mer, qui, en retour, agit sur le comportement des masses à son contact.
La considération de ce cycle explique que la séparation entre l’océanographie et la météorologie devient floue et parfois même tend à disparaître, puisque les mêmes chercheurs se
consacrent aux deux sciences et qu’en de nombreux pays les organismes
qui en ont la charge sont confondus.
La météorologie devient de plus en plus océanographique dans la mesure où les patientes observations faites en mer peuvent fortement aider à la prévision du temps à plus ou moins longue échéance. On a pu mettre en évidence que le réchauffement du
Pacifique Sud équatorial pouvait se traduire plus ou moins rapidement par un refroidissement de notre hiver.
L’influence des oscillations du Gulf Stream sur la succession des types de temps en Europe est depuis longtemps connue.
L’océanographie du vivant
Elle a pour finalité l’étude des espèces (végétales et surtout animales) qui vivent en relation avec le fond (ben-thos), nagent (necton, composé d’es-pèces animales d’assez grande taille douées de bonnes aptitudes natatoires) ou flottent (zooplancton et phytoplancton transportés passivement par les courants). Cette océanographie biologique aborde deux grandes questions : la production de biomasse en fonction de l’écologie des milieux (fertilité de l’eau de mer) ; la constitution des chaînes alimentaires (définition des divers maillons qui les composent et de leurs rapports trophiques).
L’océanologie s’occupe de phéno-
mènes directement conditionnés par les précédents. L’étude de la pollution et de la corrosion marines ne peut être abordée sans une connaissance préa-
lable et approfondie de tout l’environnement océanique. Comprendre
l’aquaculture et la pêche exige une analyse des courants, des fonds et des eaux où on les pratique. La navigation et l’activité portuaire sont soumises au régime des vents, des houles et des processus littoraux d’érosion et de comblement. Il en est de même pour les travaux en mer, qu’il s’agisse d’exploration ou d’exploitation, en surface comme au fond. Il est évident que l’intensité de ces activités dépend tout autant de contingences spécifiques propres aux sociétés, comme les prix, l’intégration plus ou moins importante à une économie de marché, les structures économiques et sociales ou le niveau technologique. L’océanologie est en fait une véritable océanographie humaine et économique, voire politique lorsque des problèmes juridiques internationaux se trouvent en jeu (v. océan). La recherche militaire, dotée de gros moyens, se préoccupe de détecter les engins flottants ou navi-gants ; elle nécessite des travaux spé-
cifiques de topographie et d’acoustique sous-marines dont les résultats restent le plus souvent confidentiels.
Des bateaux et des
hommes
Les océanographes
Georges Aimé
(1810-1846), océanographe français, professeur au lycée d’Alger, exécuta de 1840
à 1844 les premières observations au large de l’Algérie, fabriqua des instruments nouveaux (notamment l’un des premiers thermomètres à renversement) et publia ses résultats dans les Recherches de physique sur la Méditerranée (1845), qui l’ont fait classer parmi les fondateurs de l’océanographie physique.