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Il fut l’auteur de nombreuses chansons à succès comme Mon homme, En douce, Ça c’est Paris, que Mistinguett chantait dans ses revues.

Par ses émissions radiophoniques et par ses évocations à la télévision, il a souvent fait revivre dans les années 60 la « belle époque » du music-hall. Ses ouvrages consacrés à l’histoire du music-hall font autorité sur une période qu’il a vécue et

influencée.

Les vedettes de la chanson

Jusqu’à ce qu’il est convenu d’appeler la Belle Époque, et même jusqu’à la Première Guerre mondiale — car elle n’interrompit pas les représentations

—, le music-hall acheva d’éliminer le café-concert. Parmi les nombreux music-halls d’alors, en plus de ceux qui se spécialisèrent dans les revues, on peut citer : l’Alhambra, les Ambassadeurs, l’Apollo, Ba-ta-clan, Bobino, l’Eldorado, l’Empire, la Gaîté-Rochechouart, l’Olympia, le Palace, Pari-siana, la Scala, beaucoup d’anciens cafés-concerts.

Les vedettes de la chanson du caf’

conc’ gardaient encore toute leur popularité : Thérésa (1837-1913), Paulus (1845-1908), Yvette Guilbert (1867-1944), Harry Fragson (1869-1913), Mayol (1872-1941), etc. De même,

les « genres » se maintinrent. Jacques-Charles estime que vers 1900 les genres les plus courants étaient : le genre

« troupier », représenté par Polin ; le genre « paysan », représenté par Sul-bac ; le genre « vieux beau », repré-

senté par Baldy ; le genre « chanteur de charme », représenté par Mayol ; le genre « épileptique », représenté par Moricey.

Certains de ces artistes firent de très longues carrières. Après la Première Guerre mondiale, le public put entendre (ou retrouver) au music-hall Henri Alibert, Jeanne Aubert, Joséphine Baker, Marcelle Bordas, Lucienne Boyer, Maurice Chevalier, Damia, Marie Dubas, Fernandel, Fré-

hel, Lys Gauty, Yvonne George, Georgius, Jean Lumière, Georges Milton, Mistinguett, Edith Piaf, Suzy Solidor, etc. Beaucoup de noms nouveaux apparaissent peu à peu, car la chanson va changer.

Maurice Chevalier

Comme pour Mistinguett, c’est le music-hall des revues qui a assuré à Maurice Chevalier (Paris 1888 - id. 1972) son succès jamais démenti au cours d’une longue carrière, qui débute quand il a douze ans, au Casino des Tourelles. Petits bistrots, cafés-

concerts, music-halls, il gravit toutes les étapes jusqu’aux scènes internationales les plus prestigieuses. En 1909, il a la chance d’être, aux Folies-Bergère, le partenaire de Mistinguett, déjà célèbre. Leur « valse renversante » (1912) les conduit au succès. Après la Première Guerre mondiale, Maurice Chevalier passe au Casino de Paris, aux Bouffes-Parisiens, où il interprète des revues et des opérettes comme Dédé (Willemetz-Christiné).

Son personnage est celui d’un faubourien gouailleur, mais élégant (smoking, canotier, noeud papillon, sourire), influencé par l’Amérique, où il tournera de nombreux films de 1928 à 1935. « Comme magnétiseur, on ne fait pas mieux », a dit Colette.

Le personnage explique sans doute le succès d’un répertoire qui paraît aujourd’hui d’une qualité discutable : Valentine, Prosper, Ma pomme, etc. À la Libération, on lui a reproché d’avoir continué à chanter et même à écrire des chansons pendant l’occupation allemande, parfois dans une tonalité vichyste (Ça sent si bon la France, la Chanson du maçon, etc.). Mais il put ensuite reprendre sa carrière et donna des récitals presque jusqu’à sa mort.

Mistinguett

Jeanne Bourgeois, dite Mistinguett (Enghien-les-Bains 1873 - Bougival 1956), fut, dans le style de « la petite môme des faubourgs », l’une des meilleures meneuses de revues de la grande époque.

Elle débute au Trianon-Concert en 1895. La « valse chaloupée », créée au Moulin-Rouge en 1909 avec Max-Dearly, la rend célèbre. Elle impose alors son personnage, sa silhouette aux longues « gambettes », ses grandes dents, son accent gouailleur, son toupet, dans des revues qu’elle mène tambour battant, en 1911 aux Folies-Bergère avec Maurice Chevalier, puis au Moulin-Rouge de nouveau où elle chante Mon homme (1920), Ça c’est Paris (1928), etc.

Vedette internationale, elle rend célèbre partout des chansons de Maurice Yvain, Albert Willemetz, José Padilla, Jacques-Charles, comme J’en ai marre (1921), En douce (1922), la Java (1922), etc.

Elle danse et chante jusqu’en 1951, avec une telle célébrité que Colette a écrit :

« Mistinguett, propriété nationale. » Sa popularité venait de son « abattage » en scène ; aujourd’hui, son répertoire n’a plus

qu’un intérêt historique.

Sur toutes les scènes du monde

À la fin du XIXe s., le music-hall se développa dans tous les grands pays sur des modèles à peu près semblables, compte tenu des traditions nationales. Aux États-Unis, les burlesques, les Minstrel shows, les Singing waiters annonçaient le music-hall qui s’affirma à New York, surtout avec les spectacles montés à partir de 1907 par Florenz Ziegfeld (1868-1932, créateur des Ziegfeld Follies) dans des grandes salles ou dans des tournées à travers les États. Revues ou spectacles variés virent triompher les Dolly Sisters, Eddie Cantor, puis Al Jolson, les Marx Brothers*, Fred Astaire, Sophie Tucker et tant d’autres, dont le cinéma s’empara par la suite.

En Russie, l’influence occidentale se combina avec la tradition du cirque et celle des chansonniers, à Saint-Pétersbourg ou à Moscou. En Allemagne, en Italie, le music-hall naquit, comme en France, à la même époque, des cafés ou des cabarets chantants.

Les attractions, et même les chanteurs, passaient d’un pays à un autre : Fragson traversait fréquemment la Manche. Paris fit un triomphe aux Italiens Leopoldo Fregoli (1867-1936, célèbre par son numéro de « transformations ») et Enrico Rastelli (1896-1931, un jongleur éblouissant), un triomphe aussi à l’Anglais Little Tich (Harry Relph [1868-1928]) — et à de multiples numéros internationaux. Certains music-halls furent même dirigés de l’étranger. L’Alhambra fut dirigé un moment par T. Barrasford, puis par Charles Gulliver, qui habitaient Londres ; Edmond Sayag dirigeait les Ambassadeurs de Paris et le Casino d’Ostende. Il fallait en effet établir des échanges internationaux pour que les attractions passent d’une scène à l’autre. Des revues de Jacques-Charles furent reprises aux États-Unis, et ce dernier en fit venir de l’étranger : c’est ainsi que les Parisiens purent applaudir dans une revue anglaise C. S. Chaplin*

(encore inconnu, il n’était pas le grand Charlot du cinéma) et que Joséphine Baker (1906-1975) put conquérir Paris dans la Revue nègre, avec les Black Birds, au théâtre des Champs-Élysées

(1925).

Vers le déclin

Alors que le music-hall semblait à son apogée, après la Première Guerre mondiale, il dut faire face à un nouveau concurrent, le cinéma. Il ne put lui résister et, tout comme le music-hall avait peu à peu supplanté le café-

concert, le cinéma détruisit peu à peu le music-hall.

La concurrence du cinéma et de

la radio

Inventé par les frères Lumière en 1895, le cinéma* n’avait pas été jusqu’ici un concurrent trop dangereux. Il se développait cependant : on comptait onze salles de cinéma à Paris en 1920, quarante-trois en 1922. En 1928, le premier film parlant, le Chanteur de jazz, avec une vedette de music-hall, Al Jolson, fut projeté à Paris, bientôt suivi par le Fou chantant, puis par Sous les toits de Paris, de René Clair (1930).

Le public délaissa le music-hall pour fréquenter le cinéma parlant. Ce phé-

nomène se produisit dans tous les pays.

En même temps, d’autres modes de

loisir se développèrent. Les premières émissions radiophoniques expérimentales françaises eurent lieu en 1921 à partir de la tour Eiffel. Dès 1931, trois postes d’État (Radio-Paris, Tour-Eiffel, Radio P. T. T.) et des postes privés (Poste Parisien, Radio-Toulouse, Radio-Vitus, Radio L. L., qui deviendra Radio-Cité) diffusent des programmes où la chanson tient une bonne place : le music-hall arrive à domicile.