Le Louvre affecte une salle entière à ses meubles, dont l’un, une table de milieu à la haute ceinture marquetée de
« cubes sans fond », impose à l’admiration son élégance unie à la majesté.
Avec elle voisine un petit meuble qui, fermé, présente la figure d’une commode et qui, par l’action d’une mani-velle, fait émerger de son caisson un serre-papiers, tandis que s’en détachent un marchepied et une table de lit. Ce downloadModeText.vue.download 429 sur 625
La Grande Encyclopédie Larousse - Vol. 14
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curieux combinat s’appelait table à la Bourgogne. Selon toute apparence, OEben désignait par cette expression ses meubles à machinerie. En 1760, il avait construit pour le jeune duc de Bourgogne, paraplégique, un fauteuil mécanique, exhaustible, dirigeable et muni de tablettes articulées. Peut-être cette réussite est-elle à l’origine de la commande que l’Administration fit au maître, la même année, du célèbre bureau du roi. Formé de « lattes mouvantes » collées sur une toile forte, le dessus de ce bureau s’ouvre en s’enroulant autour d’un axe logé derrière le serre-papiers. OEben mourut avant d’avoir mis au point la combinaison de contrepoids, qui demanda six ans d’expériences à son auxiliaire et successeur, Riesener*. Le chef-d’oeuvre ne fut livré qu’en 1769. Il n’en est pas moins, pour la conception, le dessein général et le dispositif des bronzes qui le décorent, l’oeuvre d’OEben.
Jean François avait un frère cadet, Simon († v. 1786 Paris), que son éclatante renommée éclipsa injustement.
Simon a collaboré longtemps avec son aîné. Il était l’époux d’une autre soeur
de Vandercruse et fut le successeur de son frère dans l’atelier des Gobelins. Les jurés-gardes de la maîtrise n’avaient donc aucun droit de contrôle sur sa production ; néanmoins, comme Jean François, Simon acquiert le brevet en 1764 et deviendra juré en 1770
pour les deux années réglementaires.
On a trace d’ouvrages à lui comman-dés par Mme de Pompadour, donc avant 1764. Les musées français n’ont rien de ce maître, que l’Almanach Dauphin de 1772 présente comme l’un des plus fameux de la communauté parisienne.
Mais le South Kensington Museum de Londres possède une belle table marquetée, chantournée à toutes faces, au dessus divisé en trois panneaux, dont les deux externes coulissent pour dé-
couvrir des « caves ». Plusieurs collections parisiennes ont recueilli de petits meubles toujours originaux de forme et soignés d’exécution.
G. J.
F Louis XV (styles Régence et) / Louis XVI et Directoire (styles).
oecuménisme
Mouvement qui porte les Églises chré-
tiennes à se rapprocher et à s’unir.
Avatars d’une espérance
La première moitié du XXe s. a été, dans les milieux chrétiens, celle de la découverte des autres Églises et des
dialogues chargés de promesses pour l’avenir. D’innombrables rencontres, conférences et publications attestent de l’importance de la vague oecuménique.
N’allait-on pas assister à la réunion en un seul corps des disciples divisés du Christ, et cela n’était-il pas un puissant facteur potentiel de réconciliation entre les hommes et de paix entre les peuples ? Une ère nouvelle paraissait s’ouvrir, marquée par la constitution du front commun de « tous ceux qui croient que l’univers avance encore et qu’ils sont chargés de le faire avancer »
(Teilhard de Chardin). L’entreprise oecuménique pouvait légitimement
apparaître comme le début d’un grand mouvement de retrouvailles humaines, toutes les familles idéologiques et spirituelles prenant conscience de leurs communes responsabilités historiques en ce qui concerne l’avenir de l’humanité : la source missionnaire de l’oecuménisme authentique semblait devoir définitivement fermer les voies du prosélytisme concurrentiel et inaugurer une ère où l’évangélisation irait de pair avec une écoute respec-tueuse des hommes de tous horizons géographiques, raciaux et politiques.
Aussi bien commençait-on à prendre conscience des périls redoutables courus par l’humanité : l’explosion dé-
mographique, les terribles conditions d’existence des peuples « sous-développés » et la multiplication des armes de destruction massives... Les pères du mouvement oecuménique, animés de
toutes les audaces, furent des visionnaires réalistes qui n’hésitèrent pas à prophétiser l’aube d’un âge nouveau.
Au seuil du quatrième quart du
XXe s., cette ferveur est retombée et le prieur de la communauté de Taizé lui-même, dont la vocation oecuménique est manifeste, n’hésite pas à dire que
« l’oecuménisme officiel a décidément fait faillite et que seules les audaces des jeunes offrent encore quelque espoir ».
On vit, depuis la fin du deuxième concile du Vatican (1965), une sorte de récession de l’espérance. Le vent est à la restauration des autorités et des institutions traditionnelles, un instant ébranlées par l’annonce de l’âge majeur de l’Église et de l’humanité ; il apparaît que les chemins jusqu’ici suivis ont conduit à des impasses et que des
conflits fondamentaux ont comme ar-rêté dans l’oeuf l’éclosion de la révolution oecuménique. Ce n’est pas que tout soit resté dans l’état d’autrefois : les dialogues, les études et les recherches ont clarifié bien des malentendus, dissipé nombre de méfiances et mis en évidence le caractère inadmissible de caricatures réciproques.
Mais d’autres clivages se précisent, qui tiennent en particulier aux relations des différentes Églises avec les pouvoirs, ou plutôt des différentes parties de chaque Église avec les couches de la société ambiante : le politique, omniprésent, divise en même temps qu’il interpelle. Des clivages et des regroupements d’un type nouveau se produisent : la voie vers l’unité passe à travers des éclatements et des arrachements internes ; l’oecuménisme le plus difficile est celui qui, désormais, doit se pratiquer à l’intérieur de chaque Église et tenter d’affronter, voire de résoudre des conflits exprimant l’opposition des conservateurs et des progressistes d’une même confession. C’est dans la mesure où elle se refuse à masquer les divisions, reflets en elle des antagonismes séculaires entre riches et pauvres, c’est dans la mesure où elle s’accepte comme écartelée par les grandes divisions économiques et politiques qui dressent les hommes et les nations les uns contre les autres que, paradoxalement, chaque Église peut faire en son propre sein l’expérience de la réconciliation, dresser quelques signes d’espérance et d’unité au sein des affrontements qui déchirent l’humanité et participer à la grande oeuvre de libération en cours.
Etymologie et origine
Les mots oecuménisme et oecuménique ne viennent pas de la Bible. Par contre, oecuménè, ou oecuménie, s’y trouve assez souvent. Ce terme dérive d’un verbe grec signifiant « habiter ». Il dé-
signe, dans le vocabulaire biblique, la terre habitée, l’ensemble des lieux où les hommes résident, et ce par opposition à la terre inhabitée, le désert, celle où l’homme fait la double expérience décisive de sa détresse fondamentale et de la rencontre possible avec Dieu, où il peut trouver l’occasion d’être confronté avec l’essentiel, c’est-à-dire
avec l’image idéale qu’il se propose de réaliser ou, éventuellement, avec une parole venue d’ailleurs, parole libératrice et exigeante à la fois, parce qu’elle est celle du Dieu qui crée la vie nouvelle. Dans l’Épître aux Hébreux (II, 5), il est question de l’« oecumé-
nie à venir », et cela souligne bien que l’espérance chrétienne, qui est la dimension originale et décisive de la foi, n’est pas attente d’un au-delà dé-
sincarné, mais bien une sorte de regard positif jeté sur ce monde, qui va changer du tout au tout parce que celui qui est son Créateur est aussi son libérateur et qu’il l’a à la fois réconcilié et récapitulé par le ministère du Christ-Jésus.