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Ainsi, dans la mesure même où l’espé-

rance vise le monde entier, le cosmos dans sa totalité, l’« oecuménisme »

concerne au premier chef toute la terre des hommes ; c’est de l’unité du genre humain qu’il s’agit d’abord.

L’« oecuménisme » vise donc beau-

coup plus la vocation et la mission universelles de l’Église que son unité ; celle-ci, dont la nécessité n’est apparue que tardivement, en raison même des divisions historiques qui ont affecté l’existence de la communauté chré-

tienne, n’est significative ou nécessaire que pour servir à la vocation essentielle du peuple de Dieu. Cette vocation, c’est la communication de l’évangile à tout homme vivant sous le ciel, communication qui est à la fois re-présentation du Christ dans le service désinté-

ressé des chrétiens et parole reprenant celle de Jésus et actualisant son oeuvre.

Ainsi dans Matthieu, XXIV, 14, le Christ décrit la tâche qu’il confie à ses disciples : « Cette bonne nouvelle du Royaume sera prêchée dans l’« oecuménie » pour servir de témoignage à toutes les nations. Alors viendra la fin. » Il y a là une claire définition du rapport et des relations entre l’Église et le monde, entre le moment de la première venue du Christ sur la terre et la fin de l’histoire, qui est aussi le dernier chapitre de l’Évangile : la communauté des disciples, petite minorité dispersée parmi les nations, a reçu mandat de faire connaître à tous un message à pré-

tention universelle ; pour tout homme, l’Évangile est la bonne nouvelle que les temps sont proches où sera manifesté le royaume de Dieu, c’est-à-dire

un état de vie commune et personnelle, où la volonté de Dieu incontestée aura transformé l’enfer des hommes en une société humaine dirigée par la justice et l’amour, la paix et la liberté, qui se seront enfin rencontrés, comme l’annonçait déjà de façon prophétique et poétique le Psaume LXXXV, chanté par le peuple d’Israël à travers les âges.

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La Grande Encyclopédie Larousse - Vol. 14

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Ainsi, l’Église est universelle

puisque aussi bien la parole dont elle est dépositaire et qu’elle doit manifester et transmettre vise tout homme quelles que soient sa race, sa religion, sa langue ou sa nation. Rien dans le monde ne lui est étranger ; au contraire, l’Église est appelée à signifier, en refusant tous les cloisonnements, tous les particularismes, tous les privilèges et toutes les discriminations, que la réconciliation cosmique a déjà atteint l’humanité et que bientôt vont être mises au jour ces grandes réalités positives qui, d’ores et déjà, ont marqué la vie de tout homme, qu’il le sache ou non.

C’est alors seulement que l’on peut aborder le problème oecuménique au sens étroit du terme, celui qui concerne l’unité de l’Église : l’unité apparaît comme un moyen second, un instrument indispensable, un support nécessaire de l’oecuménicité (la veille de sa mort, dans ce grand texte que l’on a nommé la « prière sacerdotale », Jésus, selon le IVe Évangile, a prié pour que ses disciples « soient un » ; mais il est clair que cela n’est pas une fin en soi : il faut qu’ils soient un « afin que le cosmos croie » [Jean XVII, 21]). Si l’oecuménicité n’exclut pas le pluralisme —

car l’Église vit dans des circonstances, dans des cultures, dans des situations et des lieux différents — il est clair, néanmoins, qu’il ne saurait y avoir plusieurs Églises oecuméniques. L’unité, quels que soient sa valeur et son rôle, fait partie de l’être même de l’Église ; elle en est un fait constitutif ; c’est pour que l’Église puisse être « en état de mission » qu’il faut aussi qu’elle soit une.

Dans le Nouveau Testament et au cours des premiers siècles, on a fortement conscience de la nécessité d’être dans l’unité ; et, lorsque des courants centrifuges se manifestent qui mettent cette unité à rude épreuve dès la première et la deuxième génération chré-

tienne, les Apôtres et ceux qui poursuivent leur ministère dans l’histoire formulent des exhortations extrêmement fermes. Par exemple : « Menez une vie digne de l’appel que vous avez reçu : en toute humilité, douceur et patience, supportez-vous les uns les autres avec amour ; appliquez-vous à conserver l’unité de l’Esprit par ce lien qu’est la paix. Il n’y a qu’un corps et qu’un Esprit, comme il n’y a qu’une espérance au terme de l’appel que vous avez reçu ; un seul Seigneur, une seule foi, un seul baptême ; un seul Dieu et Père de tous, qui est au-dessus de, tous, par tous et en tous » (Paul, Épître aux Éphésiens, IV, 1 sqq.).

L’unité de l’Église est donc partie intégrante de la foi ; il faut la servir et veiller sur elle, faute de quoi l’Église perdrait son oecuménicité, sa signification universelle, sa prétention à apporter à tout homme une parole le concernant de façon décisive. Et c’est pourquoi, quelles que soient les tensions qui aient pu se manifester, il y a eu, dès les origines et en raison même de ces tensions, un ministère de l’unité à l’intérieur des premières communautés chrétiennes : le ministère apostolique vise à ce que ce qui met à l’épreuve l’unité ne soit jamais plus fort que ce qui la nourrit. Et cela va s’exprimer au cours des premiers siècles, décisifs pour tout l’avenir du christianisme, par la reconnaissance commune, qui s’élabore petit à petit à travers bien des discussions et des hésitations, d’une norme pour la foi : le canon des Écritures, qui sera fixé vers la fin du IVe s. Il semblerait donc que l’on ait, dans cet ensemble de textes, la règle de la foi permettant de définir, une fois pour toutes et toujours de nouveau, la frontière entre ce qui est chrétien et ce qui ne l’est pas. Mais la science du Nouveau Testament a récemment mis en lumière le fait capital qu’à l’inté-

rieur de lui-même le canon offre une diversité significative d’orientations doctrinales, toutes convergeant cependant vers le Christ, sa personne et son

oeuvre. Cela exprime, dès le départ, que l’évangile n’est pas une doctrine intemporelle, une fois pour toutes fixée dans ses termes et dans son orientation, mais qu’il doit être toujours de nouveau formulé en raison même des différents auditeurs auxquels il s’adresse. C’est dire que, si l’évangile est donné, il doit être toujours de nouveau inventé, qu’il ne peut être récité, mais qu’il doit être sans cesse formulé de façon originale dans la langue des autres. Le risque herméneutique est in-séparable de la vocation oecuménique qui constitue l’apostolat chrétien.

Lorsqu’il y a dans le Nouveau Testament des formulations diverses, celles-ci ne remettent pas en cause l’unité fondamentale tout entière au service de la mission de l’Église tant que ceux qui formulent ces christologies, ces ecclésiologies, ces « sotériologies »

différentes gardent la volonté d’être en contact vivant avec des hommes réels dans l’extrême diversité des situations humaines qu’ils rencontrent.

L’unité rompue

Ce qui vient d’être dit ne signifie pas que l’unité de l’Église pourrait être invisible, tout entière fondée dans une sorte de communion spirituelle désincarnée au Christ ressuscité transcendant les temps et les lieux. Si l’oecuménie, la terre habitée, qui est la raison d’être de l’existence de l’Église, est bien visible, concrète, historique et géographique, l’unité de l’Église ne saurait l’être moins.

Mais, s’il arrive que l’on perde de vue cette ordination de l’Église à la terre habitée, à l’ensemble de l’humanité, alors il se peut que, des diversités normales, l’on passe à des divergences et que les tensions entre des cultures et des classes diverses deviennent des ruptures stérilisantes ; à chaque époque, en chaque lieu, l’Église, au cours de toute son histoire, s’est efforcée à donner comme un résumé de la foi qu’elle professait et qu’elle essayait de transmettre : la confession de foi a d’abord été, qu’elle apparaisse dans le Nouveau Testament, par exemple dans le grand hymne christologique du chapitre II de l’Épître aux Philippiens ou dans les textes émanés plus ou moins