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C’est précisément ces différents

mouvements qui vont précipiter la naissance de ce qu’on appelle le courant oecuménique, puisque aussi bien les uns et les autres, ayant rompu avec l’attitude d’Églises introverties, sont tout entiers axés sur la rencontre et le dialogue avec des non-chrétiens qui renvoient aux chrétiens, comme dans un miroir implacable, la question du pourquoi de leurs divisions.

Le dialogue des

frères séparés

Dès les origines, ceux qui s’étaient séparés n’ont jamais perdu l’espoir de se rassembler : les conciles de Lyon (1245 et 1274) et de Florence (1439) essaient en vain de combler l’abîme ouvert par le Grand Schisme de 1054 ; les réformateurs, Calvin, Luther et Martin Bucer*, prétendant représenter la vraie tradition catholique revenue à une foi évangélique authentique, souhaitent qu’un concile vraiment repré-

sentatif de tous renoue avec la tradition des conciles « oecuméniques » des cinq premiers siècles et jette les bases d’une unité organique de tous les chrétiens.

Le concile de Trente* (1545-1563) marque à la fois le point de départ d’un retour du catholicisme à une foi et à une spiritualité plus évangéliques, mais il reste fondamentalement antiprotes-tant et va donner naissance à la ContreRéforme*, cependant qu’au cours du XVIIe s. on assiste à une sorte de fixation des oppositions et, finalement, à l’organisation, au sein de la chrétienté, des quatre grandes confessions, catholique, orthodoxe, anglicane et protestante, plus ou moins divisées les unes et les autres, mais les unes et les autres également rigides dans l’affirmation de l’authenticité de leur christianisme et de leur représentativité de l’intention véritable du Christ. C’est le temps des polémiques, des violences, des guerres de Religion*, qui sont une des hontes de l’histoire chrétienne. Il semble que l’anglicanisme ait conservé plus que quiconque la préoccupation de l’unité, et cela n’est pas étranger à sa nature hybride. Les différentes dénominations protestantes se constituent en alliances mondiales (luthérienne, réformée, méthodiste). Les mouvements de jeunesse et les sociétés bibliques, après des durcissements et des sectarismes, retrouvent le souci de Melanchthon*, collaborateur de Luther, et se préoccupent de nouer le dialogue avec les Églises orthodoxes d’Orient. Enfin et surtout, les sociétés missionnaires organisent en 1910 la Conférence internationale des missions à Édimbourg, et c’est dans le cadre de celle-ci que se produit l’interpellation décisive adressée par les chrétiens des « jeunes Églises » d’Asie et d’Afrique, qui viennent adjurer les Églises d’où sont partis les missionnaires de renoncer à leurs oppositions, à leurs particula-

rismes et à leurs exclusives traditionnels dans le dessein de pouvoir apporter ensemble le même message aux

peuples non encore atteints par l’Évangile. C’est l’origine d’un mouvement qui conduit en 1921 à la constitution du Conseil international des missions, en 1925 à la première conférence du Christianisme pratique (« Vie et Action »), réunie à Stockholm, et en 1927

à la première conférence sur les questions doctrinales essentielles (« Foi et Constitution ») réunie à Lausanne. En 1937, à Oxford et Édimbourg, deux assemblées prolongent, approfondissent et rapprochent les travaux ébauchés à Stockholm et à Lausanne. Ces diverses réunions, dans lesquelles les Églises orthodoxes d’Orient sont activement partie prenante, en y envoyant certains de leurs meilleurs théologiens autochtones ou en exil, aboutissent à la décision de réunir à Utrecht, en 1938, une conférence qui devra esquisser l’organisation du Conseil oecuménique des Églises (C. O. E.), lequel, en raison de la Seconde Guerre mondiale, ne verra le jour qu’en 1948. C’est la seconde génération des pionniers de l’oecumé-

nisme qui recueillera les fruits des souffrances, des luttes et des espoirs de la première. Alors qu’à l’origine c’étaient l’archevêque N. Söderblom de l’Église luthérienne de Suède, l’archevêque Germanos de l’Église orthodoxe de Grèce et le théologien réformé français W. Monod qui avaient entraîné les premiers combattants timides d’un nouvel âge du christianisme, une nouvelle gé-

nération apparaît, conduite par le pré-

sident de la Fédération protestante de France, M. Boegner, et constamment interpellée et vivifiée par un jeune pasteur hollandais d’une foi, d’une pré-

sence et d’une ardeur remarquables, le Dr W. A. Visser’t Hooft. La première assemblée générale du Conseil oecumé-

nique se tient à Amsterdam en 1948, la deuxième à Evanston en 1954, la troisième à New Delhi en 1961, la quatrième à Uppsala en 1968. Le Conseil oecuménique des Églises, dont le siège est à Genève, est une organisation originale : elle n’a pas autorité ecclé-

siastique ou canonique sur les diffé-

rentes Églises membres, mais elle est comme une plate-forme de rencontres et un instrument commun que celles-ci, souveraines et restant séparées, se sont

donnés en vue du travail à accomplir ensemble. Ainsi, lorsqu’une assemblée oecuménique promulgue un texte ou prend une décision, ceux-ci n’ont pas d’autre autorité que celle qui leur est propre. Cependant, on assiste à ce phénomène curieux que la plupart des Églises membres ont été, au cours des dernières décennies, profondément labourées par le travail commun qu’elles ont effectué au sein des grandes assemblées et des innombrables commis-

sions et rencontres du Conseil oecumé-

nique. La base doctrinale de ce dernier est formulée de la façon suivante :

« Une union fraternelle d’Églises qui confessent Jésus-Christ comme Dieu et Sauveur selon les Écritures et s’efforcent de répondre ensemble à leur commune vocation pour la gloire du seul Dieu, Père, Fils et Saint-Esprit. »

Il y a au sein du Conseil une grande variété, et l’on peut dire que seule l’Église catholique romaine et un certain nombre de groupes protestants

« intégristes » s’en sont jusqu’à présent tenus à l’écart. Le Conseil oecuménique downloadModeText.vue.download 432 sur 625

La Grande Encyclopédie Larousse - Vol. 14

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a reçu en 1961 l’adhésion des Églises orthodoxes des pays socialistes d’Europe ; il est sans cesse accompagné dans sa marche par de nombreux observateurs « catholiques », qui jouent souvent un rôle très important en son sein.

Il représente actuellement 252 Églises de 83 pays et environ 400 millions de chrétiens ; il est représenté dans la plupart des pays du monde par des conseils régionaux et locaux ; il poursuit une recherche théologique incessante et prend position sur la plupart des grandes questions qui engagent, aujourd’hui, le présent et l’avenir de l’humanité. Il est certain que l’institution, qui se charpente et se fortifie de plus en plus, apparaît à beaucoup comme le vis-à-vis normal du Vatican, avec tous les risques de blocage institutionnel que cela peut comporter. Il est certain, aussi, que, depuis la naissance du Conseil oecuménique, bien des pro-vincialismes chrétiens ont été tués et qu’une ère nouvelle a commencé pour

nombre d’Églises.

Dans l’Église romaine, l’oecumé-

nisme a eu, lui aussi, ses pionniers, tels l’abbé Portai au XIXe s., le cardinal Mercier et l’abbé Paul Couturier au XXe. Des assouplissements se sont manifestés, ainsi qu’une ouverture plus grande à l’existence et à la spiritualité des « frères séparés ». Dès la création du Conseil oecuménique, nombreux ont été les théologiens catholiques qui ont suivi ses travaux et qui ont exprimé leurs réactions dans des revues spé-