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Si bien que beaucoup de music-halls furent mis en difficulté. Beaucoup d’entre eux « passèrent à l’ennemi »

et se transformèrent en cinémas. Pour certains, ce fut une transformation momentanée : l’Alhambra en 1934,

puis, après un retour au music-hall, en 1936 ; Bobino en 1929 ; le Palace et l’Empire en 1931 ; l’Olympia en 1929 ; ils revinrent parfois quelque temps au music-hall, mais, pour la plupart, ce ne fut qu’un simple sursis. Pour d’autres, la transformation en cinéma fut définitive : Ba-ta-clan en 1932, la Gaîté-

Rochechouart, etc. Certains devinrent

des théâtres, comme l’Apollo, dès 1929, ou les Ambassadeurs (bien qu’en 1935 Jean Tranchant y ait présenté une célèbre émission, le Music-hall des jeunes). Les années 30 furent fatales à la plupart des music-halls de variétés.

Le renouveau de la chanson dans

les années 30

Mais la chanson des années 30 se re-nouvelait complètement, passant des anciens genres du café-concert, que le music-hall avait perpétués, à une fraîche exubérance où s’alliaient l’influence du jazz américain et la tradition folklorique française, le surréalisme et la poésie populaire, avec Mireille, Jean Nohain, Pills et Tabet, Jean Tranchant, Germaine et Jean Sablon — et surtout Charles Trenet (v. chanson).

C’est alors que, misant sur la qualité, Mitty Goldin créa en 1934 un nouveau music-hall : l’ABC. En ces temps d’impérialisme cinématographique, cette création était une gageure. Elle réussit.

Paradoxe, l’ABC, « théâtre du rire et de la chanson » (11, boulevard Poissonnière), succédait au Pavillon, downloadModeText.vue.download 44 sur 625

La Grande Encyclopédie Larousse - Vol. 14

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music-hall permanent, lui-même successeur du Plaza — qui était une salle de cinéma avec attractions créée en 1928. Mitty Goldin suivait donc une évolution à contre-courant. Mais il sut attirer dans son établissement les meilleurs des jeunes chanteurs de l’époque, ceux qui étaient justement en train d’apporter un sang nouveau à la chanson. C’est à l’ABC que Charles Trenet fit en 1937 ses débuts d’interprète seul (et non plus en duettiste avec Johnny Hess). On put aussi y applaudir Agnès Capri, les Comedian Harmonists, Lys Gauty, Gilles et Julien, Annette Lajon, Edith Piaf et de nombreux chansonniers. L’ABC continua pendant la Seconde Guerre mondiale sous une autre direction, puis contribua à relancer la chanson de qualité après 1944, avec Yves Montand, les Compagnons de

la chanson, etc. Il fut cependant transformé en cinéma en 1965, après trente ans de chansons — trente ans de sursis.

Mort du music-hall de variétés

Malgré le succès consolant de l’ABC, les music-halls de variétés continuèrent de disparaître un par un. La télévision, le développement du disque — et

l’évasion des citadins vers la campagne grâce à leur voiture — ont accentué encore les difficultés des derniers music-halls. Depuis les années 50-60, la chanson appartient tout entière aux moyens de masse de la société dite « de consommation ». Par le disque, elle dépend d’une industrie qui a ses règles propres. En trois semaines de passage dans un music-hall, l’artiste peut espé-

rer toucher au mieux quarante à cinquante mille spectateurs ; il en touche immédiatement des millions, d’un seul coup, par la télévision. Il n’a plus besoin du music-hall pour être célèbre.

Le passage dans un music-hall ne vient donc qu’après le succès obtenu par le disque et la télévision.

Les derniers music-halls ont dû

s’avouer vaincus : l’Empire (39, av. de Wagram), qui avait remplacé l’Étoile-Palace en 1924, est équipé pour le Cinérama après 1945 et donc perdu pour le music-hall. L’ABC redevient un cinéma en 1965. On démolit en

1966 Tabarin (rue Victor-Massé), un music-hall qui avait repris le nom d’un vieux cabaret créé en 1895. L’Alhambra (50, rue de Malte), créé en 1850, après quelques grands succès dans les années 1950 (Aznavour, Ferrat, Ferré), est démoli en 1967. L’Alcazar de

Marseille, l’un des rares music-halls de province, dont la renommée était considérable depuis sa fondation en 1880, doit fermer en 1966. Le dernier à disparaître est le Concert Pacra (10, boulevard Beaumarchais), qui avait été créé sous un autre nom en 1885 ; la salle est démolie en 1972.

En 1973, après cette dernière démolition, il ne reste plus en France que deux music-halls de variétés, à Paris : Bobino et l’Olympia.

Mais les music-halls qui perpétuent le style des grandes revues de la Belle

Époque sont par contre toujours florissants. Contrairement au café-concert de jadis et au music-hall d’hier, ils s’adressent à une clientèle fortunée et souvent étrangère : le Casino de Paris, les Folies-Bergère, le Lido, le Mayol, le Moulin-Rouge (1973).

D’autres établissements, plus

proches du cabaret, introduisent l’érotisme du strip-tease dans la revue (le Crazy Horse) ou réinventent un caf’

conc’ de luxe sous la forme de dîners spectacles (la Belle Époque, l’Alcazar, etc.). C’est une formule qui s’est perpétuée aussi à l’étranger, notamment aux États-Unis (où la chanteuse Line Renaud est devenue, à Las Vegas, une célèbre meneuse de revues).

Les deux derniers music-

halls parisiens de variétés

Bobino

Dès 1812, un établissement appelé Baraque à Bobino, puis Folies-Bobino (du pseudonyme du créateur, dont le vrai nom était Saix) est installé dans le quartier Montparnasse. Dans son poème les Tuileries (1847), Victor Hugo parle des « cantatrices de chez Bobino ». En 1880, Bobino s’installe au 20, rue de la Gaîté, où se trouve encore sa salle de 1 200 places. Bobino a toujours fait entendre des chanteurs et on a pu y applaudir dans la période de l’entre-deux-guerres des interprètes célèbres comme Lucienne Boyer, Charles (Trenet) et Johnny (Hess), Damia, Lys Gauty, Jean Lumière, Mayol, Edith Piaf, Suzy Solidor, etc. C’est là que Georgius a présenté son Théâtre chantant (1929) et Ray Ventura ses 18 collégiens (1932). Jacques-Charles y a monté des revues (1929), tout comme Vincent Scotto (Trois de la marine, 1934). Pendant et après la dernière guerre, Bobino a fait entendre André Claveau, Damia, Georges Guétary, etc. Depuis, sous la direction de Pierre Guérin, de Félix Vitry puis sous celle de Jean-Claude Dauzonne, la plupart des chanteurs contemporains ont considéré que le passage à Bobino était une consé-

cration — du moins ceux qui étaient capables d’affronter « en direct » un public qui a la réputation d’être exigeant (et non pas simplement par télévision interposée). C’est à Bobino que Jacques Douai a donné ses représentations du Théâtre populaire de la chanson (1967), c’est là que Georges Brassens a chanté pendant trois

mois consécutifs, en 1964 et en 1972 par exemple. Avec ses jeunes chanteurs de la première partie du spectacle, ses numéros d’attractions variés, son public populaire, Bobino continue la tradition du music-hall parisien.

L’Olympia

Il est inauguré en 1893 par Joseph Oller (1839-1922), fertile inventeur du « pari mutuel », qui possédait déjà d’autres établissements de spectacles, les Fantaisies Oller, le Nouveau Cirque, l’attraction foraine des « montagnes russes ». C’est justement parce que cette attraction est interdite par la préfecture de police, qui craint incendie et accidents, qu’Oller la démolit et peut construire à la place l’Olympia, 28, boulevard des Capucines. Comme il est aussi le directeur du bal du Moulin-Rouge, Oller fait venir son célèbre quadrille pour inaugurer son nouvel établissement. Avec le cabaret du Sans-Soucis, avec le Jardin de Paris, le théâtre des Nouveautés, la grande piscine Rochechouart, etc., Oller dirige un véritable empire.