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die de Sénèque, et le problème moral, propre à ce sujet, rencontre les disputes sur la grâce et le libre arbitre, alors d’une vive actualité : Thésée prononce une tirade contre la prédestination. En 1679 paraît à Londres l’OEdipus de J. Dryden et N. Lee, où se retrouvent les influences de Sophocle et de Sé-

nèque ; mais l’évocation du spectre de Laïos rappelle aussi Shakespeare, et, de même, si l’intrigue d’Eurydice, fille de Jocaste et de Laïos, aimée d’Adraste, prince d’Argos, et de Créon, fait songer à la pièce de Corneille, le personnage de Créon est imité du Richard III de Shakespeare. La tragédie s’achève par un massacre général, au cours duquel disparaissent ensemble OEdipe, qui se jette par une fenêtre, Jocaste, leurs enfants, Créon, Adraste et Eurydice. Quant au problème moral, Dryden suggère que la raison humaine est incapable de juger en vérité du bien et du mal. En 1718, Voltaire débute au

théâtre, avec éclat, avec un OEdipe, où l’on remarque une intrigue amoureuse entre Philoctète et Jocaste, qui a aimé le compagnon d’Hercule avant d’être contrainte à épouser Laïos ; l’auteur a épargné aux spectateurs la vision d’OEdipe aux yeux crevés et a placé dans la bouche de Jocaste une tirade célèbre contre la fourberie intéressée des prêtres. Le succès de cette tragédie amena une discussion entre Voltaire et A. Houdar de La Motte, qui s’inquié-

tait des invraisemblances inhérentes au sujet et qui en 1726 essaya de les corriger dans un OEdipe en vers, suivi d’un OEdipe en prose. Le père jésuite Melchior de Folard s’était semblablement efforcé d’améliorer le sujet dans un OEdipe publié en 1722. Le sujet de l’OEdipe à Colone, plus attendrissant, convenait mieux à la fin du siècle, et, en 1778, Jean-François Ducis combine, dans son OEdipe chez Admète, la tragédie de Sophocle et l’Alceste d’Euripide ; revenu à plus de simplicité, il extraira de sa pièce, en 1797, un OEdipe à Colone, dans lequel Polynice obtient le pardon de son père. Il en va de même dans l’OEdipe à Colone de Marie-Joseph Chénier (publié en 1818), et dans l’opéra du même titre (1787) de Nicolas François Guillard et Antonio Sac-chini. Mentionnons encore les quatre pièces consacrées à OEdipe (1730 et 1731) par La Tournelle, « commissaire aux guerres », et la Jocaste (1781) du comte de Lauraguais. En Allemagne, August Klingemann imite librement Sophocle et Voltaire dans son OEdipus und Jocasta (1813) ; Gertrud Prellwitz publie en 1898 un OEdipus oder das Rätsel des Lebens, et Hugo von Hof-mannsthal donne en 1906 un OEdipus und die Sphinx. Joséphin Péladan fait jouer au théâtre antique d’Orange en août 1903, un OEdipe et le Sphinx, et Saint-Georges de Bouhélier fait monter au cirque d’Hiver à Paris, en décembre 1919, un OEdipe, roi de Thèbes.

Mais c’est aux alentours de 1930

que le thème va connaître un nou-

veau moment de faveur. En 1932,

Georges Pitoëff met en scène l’OEdipe d’André Gide. D’allure simple, non sans des familiarités et des parodies, la pièce oppose à la fatalité la morale de l’individu qui puise en lui-même sa liberté inaliénable. En face de Créon,

le conservateur borné, qui ne connaît que la soumission à l’ordre établi, et de l’assommant Tirésias, qui prêche la soumission religieuse, OEdipe, sûr de son droit, accuse la « très lâche trahison » de Dieu, dénonce le piège de la prédestination et affirme la supériorité morale de l’homme. Mais, pour être l’Homme, il faut être Soi, et tel sera le triomphe d’OEdipe. Sans trembler, il mène l’enquête qui conduit à la vé-

rité sur soi ; il assume cette vérité et ne se crève les yeux que par défi, pour contempler, comme Tirésias, le prêtre aveugle, l’« obscurité divine ». Il s’en va libre, au bras d’Antigone. Bien différente est la pièce de Jean Cocteau, la Machine infernale, que Louis Jou-vet joua en 1934, avec les décors et les costumes de Christian Bérard. La mise en scène, somptueuse et compliquée, contrastait avec l’austérité que Gide avait voulue pour sa pièce.

À l’acte premier, où ne manque pas le souvenir d’Hamlet, le fantôme de Laïos s’efforce en vain d’apparaître.

À l’acte II, le Sphinx, qui est Némésis, accompagnée d’Anubis, a pris la figure d’une jeune fille et aspire à l’amour des hommes ; elle dicte le mot de l’énigme à un OEdipe ingrat et sot. L’acte III s’intitule « la Nuit de noces », l’inceste, ici, ne laissant pas de présenter une séduction profonde. La fin, à l’acte IV, est fort originale : Jocaste s’est pendue avec son écharpe ; son fantôme apparaît, visible seulement aux aveugles, et, redevenue vraiment la mère d’OEdipe, Jocaste morte va maintenant guider downloadModeText.vue.download 435 sur 625

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son enfant aux yeux crevés. Le titre de la pièce exprime l’idée qui a guidé Cocteau, celle de la cruauté des dieux, de la maligne ironie du destin ; elle figurait dans le Prologue de son OEdipe roi, qu’il avait librement adapté de Sophocle, pour se préparer à écrire le livret d’OEdipus rex, opéra-oratorio de Stravinski, joué en 1927.

De Purcell, en 1692, à Georges

Enesco, en 1932, on compte quinze compositions musicales inspirées par

OEdipe. Parmi les nombreuses toiles qui mettent celui-ci en scène, citons au moins l’OEdipe expliquant l’énigme au Sphinx (1808) d’Ingres et le tableau de Gustave Moreau sur le même sujet (1863). Mais avec le film de P. P. Pasolini, OEdipe roi (1967), nous revenons à Sophocle et au spectacle. Il est frappant de constater que le thème d’OEdipe se rencontre presque exclusivement dans des oeuvres théâtrales. Sans doute, toute réflexion sur ce mythe aboutit-elle à une réflexion sur le tragique, et réciproquement. Sans doute aussi, Freud donne-t-il la clé de cette énigme en nous invitant à voir dans le mythe d’OEdipe l’image même de la fatalité humaine ou de sa menace.

P. A.

F Mythe et mythologie.

L. Constans, la Légende d’OEdipe étu-diée dans l’Antiquité, au Moyen Âge et dans les Temps modernes (Maisonneuve, 1881). /

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Geschichte eines poetischen Stoffes im grie-chischen Altertum (Berlin, 1915 ; 2 vol.). /

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OEdipe

(complexe d’)

Structure triangulaire, mise en évidence par S. Freud*, qui représente les sentiments d’amour et de haine que l’enfant éprouve vis-à-vis de son père et de sa mère, et dont le rôle est fondamental dans la structuration de la vie psychique.

Introduction

Dès qu’il s’intéresse aux rêves, Freud prend contact avec la séduisante et vaste réalité culturelle du mythe.

Autant que dans la tragédie, c’est dans le mythe qu’il rencontre l’histoire d’OEdipe, c’est là qu’il reconnaît un scénario qui lui paraît universellement valable. La reconnaissance fonctionne à deux niveaux : celui de la légende dans son déroulement et celui de la tragédie dans sa représentation dramatique. C’est dans sa propre reconnaissance que Freud a d’abord rencontré l’histoire oedipienne, c’est à partir de sa propre subjectivité qu’il a ensuite généralisé la théorie du complexe d’OEdipe : l’aspect projectif d’une telle démarche doit être immé-