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(« Magie et religion », dans l’Anthropologie structurale).

La mère et le « schizo »

De l’intérieur même de la psychana-

lyse, des restructurations multiples ont coïncidé avec un maintien rigide du complexe d’OEdipe, bientôt devenu l’enjeu de tout conflit théorique et le bastion d’une pratique « orthodoxe ».

Avec les idées de Melanie Klein* s’est fait jour une version différente de l’histoire enfantine : c’est très précocement que la fixation aux parents se détermine, à partir de la mère et non plus du père. Les relations de l’enfant au monde sont traversées par des oscillations brusques et de grande amplitude, et la structure décrite par Freud apparaît comme le résultat final d’un processus d’équilibration progressive : « Par rapport aux phases plus tardives du complexe d’OEdipe, l’image de ces stades premiers est nécessairement obscure : le moi du petit enfant manque de maturité, il est totalement sous l’empire des fantasmes inconscients ; d’autre part, sa vie pulsionnelle est dans sa phase la plus polymorphe... À mon avis, le complexe d’OEdipe naît pendant la première année de la vie et commence par se développer chez les deux sexes suivant des lignes semblables » (le Complexe d’OEdipe éclairé par les angoisses précoces, 1945). De cette précocité dépend une première fixation sur le sein maternel, d’où émerge une figure parentale dominante, la mère, origine de l’agressivité.

Melanie Klein s’oppose à Anna

Freud, qui, avec les tenants d’une psychanalyse adaptative (H. Hartmann, E. Kris, R. Loewenstein), prend le complexe d’OEdipe sous sa forme limitée comme projet de toute guérison analytique : il faut faire à l’analysé un « moi fort » pour consolider sa structure oedipienne. C’est en réaction contre cette tendance, très développée aux États-Unis, que Jacques Lacan*, introduisant la linguistique et l’anthropologie dans le discours freudien, relit la psychanalyse freudienne, effectue une sorte de partage entre les mythes et la théorie, et accentue la structure dans les effets de l’inconscient. Parmi les mythes celui de la horde primitive était déjà désigné comme tel par Freud ; Lacan y ajoute l’OEdipe.

Dans la structure à quatre termes, qu’il schématise comme étant celle du sujet au discours, le triangle oedipien

est le résultat du rapport du sujet au réel ; le quatrième terme est le sujet lui-même, hors jeu, hors structure, tenant dans sa propre structure la place du mort dans le jeu de bridge : invisible d’abord et déterminant l’ensemble.

À la place du père, Lacan inscrit les équivalents de langage que sont la loi, l’ordre symbolique culturel ; à la place de la mère, les objets du désir ; à la downloadModeText.vue.download 438 sur 625

La Grande Encyclopédie Larousse - Vol. 14

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place de l’enfant, l’imaginaire image du Moi, projection des parents, désir et loi tout ensemble. Le mythe oedipien est le scénario attenant à cette structure ; il n’y a plus valeur de fondement, mais d’illustration historique.

Cependant, l’histoire psychanaly-

tique du complexe d’OEdipe ne cesse de se transformer. Un psychanalyste, Félix Guattari, et un philosophe, Gilles Deleuze, ont écrit ensemble un livre au titre radical, l’Anti-OEdipe (1972). La critique de la théorie freudienne y est complète, reprise de Reich, étayée par l’ethnologie et les études sur le nomadisme, s’appuyant sur les écrits d’Henry Miller, d’Artaud, de Büchner, prenant pour modèle ce personnage mi-litté-

raire, mi-psychiatrique, le « schizo », forme poétique du schizophrène. Déjà Michel Foucault*, dans son Histoire de la folie (1961), avait affirmé que la psychanalyse était l’achèvement de la psychiatrie du XXe s. ; Deleuze et Guattari montrent en pleine lumière la répression freudienne, qui fonctionne, si l’on peut dire, « à l’OEdipe ». Le fondement de la psychanalyse est, disent-ils, le

« familialisme » : c’est par un forcing permanent que les psychanalystes introduisent l’OEdipe dans les interprétations sous la forme résumée « Dis que c’est OEdipe, sinon t’auras une gifle ».

À un modèle familial relevant de la culture classique tragique, Deleuze et Guattari opposent un inconscient athée et orphelin, qui fonctionne comme une machine et non comme une mise en

scène. Les trois machines principales, ordonnées selon une progression historique, sont la machine territoriale, primitive, la machine despotique et la

machine capitaliste, contre laquelle le névrosé ne peut rien, pris qu’il est dans le complément de la psychanalyse, qui vient renforcer les ancrages répressifs de la machine capitaliste. OEdipe est l’ultime « territorialité », le blocage ultime du désir révolutionnaire. Le but de l’entreprise est de passer de la névrose à la psychose, de prendre le

« schizo » comme référence insaisissable, de fonder une « schizo-analyse »

à la place d’une psychanalyse impuissante à promouvoir un changement du réel. « Schizophréniser le champ de l’inconscient et aussi le champ social historique, de manière à faire sauter le carcan d’OEdipe et retrouver partout la force des productions désirantes, renouer à même le réel le lien de la machine analytique du désir et de la production. » Le complexe d’OEdipe est, cette fois, attaqué non plus seulement en sa forme, mais en son principe mythique ; l’inconscient-machine n’est plus l’inconscient décrit par Freud ; à la représentation freudienne s’oppose la production, décalque sauvage et évident du schéma marxiste des rapports de production.

C. B.-C.

F Freud (Sigmund) / Klein (Melanie) / Mythe et mythologie / Psychanalyse / Tabou / Totémisme.

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la Science des rêves, P. U. F., 1926, nouv. éd.

l’Interprétation des rêves, 1967) ; Analyse der Phobie eines fünfjährigen Knaben (Vienne, 1909 ; trad. fr. « Analyse d’une phobie d’un petit garçon de cinq ans : le petit Hans », dans Cinq Psychanalyses, P. U. F., 1954) ; Totem und Tabu (Vienne, 1912 ; trad. fr. Totem et Tabou, Payot, 1947) ; Selbstdarstellung (Leipzig, 1925 ; trad. fr. Ma vie et la psychanalyse, Gallimard, 1949). / E. Jones, Hamlet and OEdipus (New York et Londres, 1949 ; trad. fr. Hamlet et OEdipe, Gallimard, 1967). / C. Lévi-Strauss, les Structures élémentaires de la parenté (P. U. F., 1950) ; Anthropologie structurale (Plon, 1958).

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de Minuit, 1972).

oeil

Organe sensoriel qui présente une sensibilité élective aux radiations électromagnétiques dans le domaine de longueurs d’onde dit « lumière »

(v. vision).

L’OEIL

Sauf sous ses formes les plus frustes, il permet à l’animal de situer les objets en distance et en direction, et d’apprécier leur forme et leur mouvement.

L’action de la lumière* sur les êtres vivants est un phénomène général.

Chez la plupart des animaux, cet effet se concentre sur certaines régions du corps, les yeux, beaucoup plus sensibles au rayonnement que le reste de l’épiderme. Par exemple, chez l’Homme, l’absorption de l’ultraviolet solaire par la peau produit un érythème (coup de soleil), et celle de l’infrarouge, auquel les couches superficielles de la peau sont relativement transparentes, atteint les terminaisons nerveuses de la sensibilité thermique ; d’où l’agréable sensation que les baigneurs recherchent sur les plages. Mais l’énergie, par unité de surface et de temps, nécessaire à ces effets est environ 100 milliards de fois celle à laquelle la rétine humaine est sensible.