ressés : Über Johann Sebastian Bachs Leben de J. N. Forkel parut en 1802, mais les Biographische Notizen über Ludwig van Beethoven de F. G. Wege-ler et F. Ries furent publiées dès 1838, onze ans après la mort du maître. Il faut attendre la période contemporaine pour voir consacrer des monographies à des musiciens vivants.
Si la musicologie externe est relativement récente, la musicologie interne l’est peut-être plus encore — tout en pouvant revendiquer de très lointains ancêtres. C’est probablement le pythagorisme qui, au VIe s. avant notre ère, exploitant la découverte de son fondateur sur les rapports numériques de longueur des cordes vibrantes produisant des intervalles consonants, introduisit autour de la musique un mode de pensée spéculative qui fit longtemps considérer cet art comme de nature mathématique : Rameau* le pensait encore en 1722 (il s’en dédit partiellement en 1737) et toutes les illusions ne sont pas encore entièrement dissipées à cet égard. On en vint ainsi à l’époque de Boèce (Ve s.) à distinguer le musi-cus, ancêtre du musicologue, du cantor, ou musicien pratiquant, exaltant le premier en méprisant le second, à l’encontre de l’école d’Aristoxène, qui récusait avec vigueur le remplacement de l’instinct par la spéculation, et principalement la spéculation numérique.
L’étude interne de la musique n’en demeura pas moins désespérément
empirique, et il fallut attendre Rameau pour que, malgré ses idées arbitraires et parfois ses erreurs, la théorie musicale entrât dans une voie scientifique où elle n’a cessé d’avoir grand-peine à se maintenir, l’époque actuelle n’étant pas exclue de ces incertitudes. L’analyse des oeuvres elle aussi commence à peine à dessiner ses méthodes après avoir été trop souvent figée dans des moules stéréotypés, où les dissections stériles alternent trop souvent avec la plus creuse phraséologie. C’est seu-
lement depuis peu que semble s’être fait jour la nécessité d’une approche de caractère épistémologique et que l’analogie avec les méthodes linguistiques a fait naître une véritable philologie musicale, encore en période de formation.
L’enseignement de la musicologie
est longtemps, en France, resté embryonnaire. Alors qu’il se développait rapidement, surtout en Allemagne et aux États-Unis, l’université attendit 1952 pour fonder à Paris, que suivirent Strasbourg et Poitiers, un Institut de musicologie, qui prit la suite d’un enseignement d’« histoire de la musique »
créé seulement en 1904 et dont le premier titulaire en Sorbonne avait été Romain Rolland (1866-1944). Cet enseignement se développe aujourd’hui rapidement. Le Conservatoire national supérieur de musique, qui possédait lui aussi un enseignement d’histoire de la musique, lui adjoignit à son tour, en 1955, une section de musicologie. Une Société française de musicologie a été fondée en 1917 et une Société internationale de musicologie, dont le siège est en Suisse, en 1927.
J. C.
G. Haydon, Introduction to Musicology (New York, 1947). / J. Chailley, Précis de musicologie (P. U. F., 1958). / A. Machabey, la Musicologie (P. U. F., coll. « Que sais-je ? », 1962 ; 2e éd., 1969). / L. B. Spiess (sous la dir. de), Historical Musicology, a Reference Manual for Research in Music (New York, 1963). / F. L. Harrison, M. Hood et C. V. Palisca, Musicology (Englewood Cliffs, N. J., 1965). / La Nuova Musi-cologia italiana (Turin, 1965). / Musicographie, numéro spécial de Musique en jeu (Éd. du Seuil, 1971).
Musil
(Robert)
Écrivain autrichien (Klagenfurt 1880 -
Genève 1942).
Vie, structures
psychologiques, pensée
Issu d’une famille de bourgeoisie intellectuelle — son père était professeur à l’université technique de Brünn (Brno) et sera anobli en 1917 à titre héréditaire
—, Musil se voue d’abord à la carrière
militaire, qu’il abandonne très vite pour des études techniques et mathé-
matiques. En 1901, il devient assistant à l’université technique de Stuttgart (1902-1903). Mais un nouveau tournant de son évolution le conduit vers des études de philosophie, de logique et de psychologie expérimentale enseignée dans la tradition d’Helmholtz par le professeur Carl Stumpf à Berlin (1903-1908). Musil écrit une thèse sur le philosophe-physicien E. Mach, est nommé docteur en philosophie, mais, lorsqu’on lui propose une charge de cours à l’université de Graz, il refuse.
Après avoir été bibliothécaire à l’université technique de Vienne (1911-1914), il devient rédacteur de la revue Die neue Rundschau.
La Première Guerre mondiale le
voit comme officier, l’après-guerre comme fonctionnaire au ministère des Affaires étrangères, puis au ministère de la Guerre, chargé de la réadaptation des officiers à la vie civile ; puis, vers 1922, il abandonne toute profession pour n’être plus qu’écrivain. Il écrit des essais, des réflexions sur son époque, sur le théâtre, la peinture et la littérature qu’il publie dans les journaux les plus divers, mais en particulier dans la Prager Presse. Pour celui qui notera dans son journal : « Il est plus important mais aussi plus difficile d’écrire un livre que de gouverner un royaume », écrire sera une véritable vocation, l’engagement de toute une vie. Tour à tour citoyen de Berlin et de Vienne, Musil consacre son existence à partir des années 1920 à la rédaction de son oeuvre principale, l’Homme sans qualités, dont le premier volume paraît en 1930, le second deux ans plus tard. En 1943, la veuve de Musil édite à Lausanne un troisième volume qui intègre des chapitres posthumes. Cette édition est complétée en 1952 de fragments, de notes et d’autres chapitres inédits.
L’écrivain avait quitté l’Autriche en 1938, après l’entrée des troupes allemandes, sans y être contraint, mais parce que la dictature hitlérienne l’étouffait et le paralysait intellectuellement, pour s’exiler en Suisse, d’abord à Zurich, puis à Genève. Il y meurt isolé, dans la misère morale et matérielle, laissant à la postérité une oeuvre inachevée ainsi que de nom-
breux manuscrits posthumes. L’oeuvre, puissante et dense, qui se développe vers les sentiers inextricables du labyrinthe de la conscience humaine, offre une richesse et une complexité qui risquent d’être encore longues et difficiles à épuiser.
Deux aspects essentiels de la personnalité frappent le lecteur de l’oeuvre et du Journal, deux pôles contradictoires à première vue : les qualités sensibles et les facultés rationnelles. La vie, l’oeuvre, les réflexions traduisent une polarité, une antithèse qui appellent le problème de la synthèse à résoudre entre ce que l’auteur nomme l’« exactitude » et l’« âme », la « violence »
et l’« amour » ou encore le « rationalisme » et la « mystique », dans le but d’un dépassement et d’un développement ultérieurs. La hantise de l’androgyne le poursuit dès sa jeunesse ; l’unité dans la duplicité ou la duplicité dans l’un est le fondement même de son exigence esthétique et d’une aspiration éthique ; elle est la structure même de sa personnalité. Musil est l’homme au double visage, l’homme des contrastes, doué d’une ironie subtile, d’une intelligence mobile, analytique et critique ; mais il est aussi un amoureux de l’irrationnel, des choses ambiguës, des situations frontières, des réactions incontrôlées et inavouées de l’être humain, curieux de l’« arrière-plan de l’existence » dont la surface stable n’est pour lui qu’apparence. Il est attiré par l’insolite, par le pouvoir du crime, de la folie, des réactions pathologiques, avide de saisir la réalité dans son bouillonnement créateur.
Comme Ulrich, le héros de l’Homme sans qualités, il est l’être protéen aux possibilités multiples, l’artiste dont downloadModeText.vue.download 47 sur 625