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Henri V, en même temps que sa fidélité à Shakespeare, révèle chez le cinéaste débutant un sens de l’espace et des dé-

cors, inspirés des Très Riches Heures du duc de Berry et des toiles de Paolo Uccello, qui font de l’oeuvre une réussite originale fort éloignée du simple théâtre filmé. En 1948, son Hamlet, tourné en noir et blanc avec une ca-méra très mobile, se voit attribuer le Lion d’or du festival de Venise, pour l’intelligence de sa mise en images et de l’interprétation d’un Hamlet psychanalytique singulièrement actuel.

En 1952, Laurence Olivier débute à Broadway, puis revient à Londres jouer une comédie, The Sleeping Prince (de T. Rattigan, 1953), organise le festival de Stratford on Avon (1955), joue The Entertainer (le Cabotin) de J. Os-borne (1957), réalise pour le cinéma un Richard III (1955) qui marque une nouvelle fois son attachement à Shakespeare. Il engage Marilyn Monroe pour être sa partenaire dans le Prince et la danseuse (1957), charmante pause en forme de comédie qu’il filme avant de partir pour une tournée européenne avec Titus Andronicus (1958) ; 1959 le

voit débuter à la télévision new-yorkaise dans la Lune et soixante-quinze centimes (de W. S. Maugham), tandis que sa noblesse fait merveille aussi bien dans Coriolan, dont il donne une nouvelle interprétation (1959), que dans le Rhinocéros (d’Eugène

Ionesco, 1960, à Londres) ou Becket (de J. Anouilh, 1960, à New York). Il est élevé à la dignité de baron en 1970.

Sa fréquentation des auteurs russes le conduit à filmer les Trois Soeurs (d’Anton Tchekhov, 1970), avant d’annoncer en 1973 sa décision de quitter la direction du National Theatre, qu’il assume depuis 1963. Après une période de maladie, celui qui fut un superbe Crassus dans le Spartacus de S. Kubrick (1960) quitte le devant de la scène non sans avoir donné au cinéma une de ses plus fortes interprétations dans le Limier (Sleuth, de J. Mankiewicz, 1972), où sa maîtrise de la langue et sa distinction résument une des carrières les plus prestigieuses de ce temps.

M. G.

Olmèques

Peuple ancien du golfe du Mexique.

Parmi les énigmes de l’archéolo-

gie américaine, celle que posent les Olmèques est sans doute l’une des plus passionnantes. Comment expliquer en effet que cette civilisation ait influencé tout le devenir de l’Amérique moyenne, que son art ait été le premier, et sans doute l’un des plus évolués de tout le continent, et que l’on ne sache rien de ses créateurs, de leur mode de vie, de leurs moeurs, que l’on connaisse si peu leur langue et leur histoire ?

La dispersion même des témoignages de l’art olmèque a permis d’échafauder de nombreuses hypothèses sur son lieu d’origine. Un grand nombre de pièces proviennent de l’actuel État de Guerrero, sur la côte pacifique du Mexique.

Mais il paraît certain aujourd’hui que le berceau de cette civilisation est ailleurs, dans les jungles humides du Tabasco, et que c’est seulement pour se procurer le « précieux jade » que les Olmèques voyagèrent si loin.

Les dates que l’on peut leur assigner

ne posèrent pas moins de problèmes.

Pendant longtemps, la perfection tant technique qu’artistique des vestiges que l’on connaissait les avait fait rattacher à la période classique (env. 300-600 apr. J.-C.), époque de floraison de toutes les grandes civilisations méso-américaines. Mais on sait aujourd’hui que l’on ne peut leur enlever leur qualité de novateurs et de précurseurs. Des datations récentes par le carbone 14

assignent à l’occupation de La Venta (Tabasco) les dates de 1000 à 400 av.

J.-C. et à sa destruction volontaire celle de 300 av. J.-C.

Que dire de leur origine ? Le mot Ol-mèque prête à confusion : il désigne les occupants de la région à l’époque historique, mais rien ne dit que ces « Gens du caoutchouc » aient été les descendants des légendaires Olmèques. Les linguistes pensent depuis longtemps qu’un rameau de la famille maya* se serait établi, dès le préclassique ancien, tout le long du golfe du Mexique ; les Olmèques en seraient un des foyers (et les Huaxtèques une survivance actuelle). Le nom même de Tamoanchán,

« pays de la pluie et du brouillard », par lequel les Aztèques* désignaient le royaume mythique qu’avaient connu leurs aïeux, est un mot maya. Mais cela ne fait encore que reculer la solution du problème : comment cette civilisation connut-elle un tel degré d’achèvement alors que le reste du pays, zone maya comprise, n’était encore peuplé que de chasseurs-collecteurs ?

Seule l’archéologie peut donc tenter de préciser la vie de ces gens. Parfois, d’ailleurs, elle rejoint la légende.

Bernardino de Sahagún (1500-1590), le premier moine ethnologue, qui recueillit les témoignages des Aztèques, nous rapporte celui-ci : « Là-bas, dans le Tamoanchán, dans le lieu de notre origine [...], il y eut longtemps un gouvernement [...]. » Or, les ruines, celles de La Venta en particulier, proposent des monuments d’une telle importance, en l’absence de toutes techniques avancées, qu’elles supposent effectivement un gouvernement très fort et très centralisé, capable d’imposer sa loi et ses corvées à tout un peuple de paysans. La Venta, située sur une île de la rivière Tonalá, présente tout un complexe de structures en terre dont la plus grande

est une pyramide qui mesure environ 74 m sur 125 à la base et 34 m de hauteur. L’archéologue R. F. Heizer calcula que l’ensemble du site avait dû demander 800 000 journées de travail, ce qui supposerait une population d’au moins 18 000 personnes travaillant sans relâche dans un pays extrêmement inhospitalier. De plus, les Olmèques ont laissé dans cette région des stèles et d’immenses têtes de basalte, elles aussi prodiges de technique si l’on pense à la faiblesse des moyens de traction (aucun animal de bât ou de trait) et à l’éloignement des plus proches gisements de basalte (130 km !). Ces grandes têtes semblent devoir être interprétées comme des portraits dynastiques.

Gouvernement aristocratique et thé-

ocratique, donc, organisé et très fort.

Mais comment expliquer le rayonnement de cette civilisation ? Il semble que les Olmèques se soient livrés à des conquêtes militaires. Des stèles comme celle de Chacaltzinco (Morelos) repré-

sentent des guerriers en armes. Néanmoins, une emprise si étendue et si profonde ne peut s’expliquer uniquement par une politique d’expansion militaire. Les guerriers ouvraient sans doute la voie à des conquêtes plus pacifiques, celles des prêtres et des marchands : des marchands, car, dès le préclassique, les denrées voyageaient fort loin (le jade, par exemple, qui provenait du Guerrero) ; des prêtres, car il semble que le dieu olmèque ait été vénéré à une grande distance de son berceau.

La religion des Olmèques, en effet, paraît avoir été fondée sur le culte d’un dieu mi-félin, mi-humain, issu des amours d’une femme et d’un ja-guar. Ancêtre de tous les dieux de la Pluie, cet être a des caractéristiques bien précises, qui sont aussi celles de l’art olmèque : son corps est dodu, presque obèse, asexué, sa figure jouf-flue s’orne de dents recourbées, en forme de crocs. Il montre souvent une sorte de dépression à l’emplacement de la fontanelle, qui représente peut-

être une anomalie congénitale. L’acidité du sol n’a permis de retrouver que de rares tombes. Mais certaines, à La Venta par exemple, contenaient des ossements d’enfants associés à de

très riches offrandes, ce qui a permis d’avancer l’hypothèse d’un culte rendu aux monstres (phénomène d’origine olmèque, qui se retrouvera dans tout le Mexique jusqu’à l’époque aztèque).

L’art des Olmèques est ce qui nous est le mieux connu, et depuis le plus longtemps. Musées et collections particulières possédaient depuis toujours des objets, attribués souvent de façon fantaisiste, que l’on rattache maintenant à cette culture. Si les sites ont été détruits avant d’être scientifiquement étudiés, si la céramique n’a laissé que relativement peu de pièces, c’est par le travail de la pierre que les Olmèques se classent au premier rang. Les haches merveilleusement polies, les figurines délicatement sculptées, de préférence dans la pierre verte, témoignent d’une maîtrise étonnante, d’une admirable utilisation de l’espace vide et des lignes courbes. Les têtes colossales de La Venta, de Tres Zapotes, de San Lorenzo montrent, elles aussi, une perfection technique presque inégalée. Mais un nouveau mystère surgit. Ces têtes, très réalistes, suggèrent un art du portrait ; et cependant elles ont des caractéristiques raciales bien différentes les unes des autres : certains visages sont négroïdes, d’autres (barbus) rappellent downloadModeText.vue.download 476 sur 625