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Les installations restèrent longtemps sommaires ; ce n’est qu’au IVe s. que les compétitions quittèrent le cadre magnifique (les concurrents des courses allaient vers le temple où Zeus les accueillait) mais étriqué de l’Altis : on construisit sur les pentes du mont Kronion, en parfaite harmonie avec le paysage, une piste avec un seuil de départ en pierre capable de recevoir une vingtaine de concurrents. Sur les talus qui la bornaient, 50 000 spectateurs (des hommes seulement, à l’exception de la prêtresse de Déméter) pouvaient se rassembler : foule qui, entre les compétitions, vivait à la belle étoile, les plus riches faisant parfois monter des tentes fastueuses. Tout Hellène libre était admis à participer aux épreuves, à condition qu’il n’ait pas commis de crime envers les dieux (assassinat ou sacrilège). L’organisation du concours était confiée aux hellanodices, magistrats éléens désignés dix mois avant chaque célébration ; ils s’occupaient des candidats, qui devaient, longtemps à l’avance, venir s’installer à Élis et s’entraîner sous leur direction : il fallait qu’ils rangent les concurrents selon leur âge (tel adulte pouvant avoir inté-

rêt à se faire admettre dans la catégorie spéciale des jeunes — de 17 à 20 ans

—, ce n’était pas toujours facile) et éliminent les athlètes visiblement surclassés.

Lorsque approchait l’époque des

Jeux (vers août ou septembre), des messagers, théores, se rendaient dans la Grèce entière pour y faire proclamer la trêve sacrée : toutes les guerres devaient être suspendues pour que chacun pût prendre part à la panégyrie ; même une guerre où risquait de périr le monde grec, la seconde des guerres médiques, n’empêcha pas en 480 les Spartiates de préférer célébrer les Jeux plutôt que de se porter vers le nord pour y combattre les Perses. Les cérémonies se déroulaient durant cinq jours ; pendant la première journée on sacrifiait

sur les autels des dieux ainsi que sur celui qui était consacré au héros Pé-

lops, les hellanodices juraient solennellement de s’acquitter avec impartialité de leur tâche d’arbitre, les concurrents de se comporter avec loyauté. Une proclamation du nom de tous les engagés était faite, comme un examen ultime de leur droit à concourir. Les épreuves commençaient le deuxième jour ; après une procession des athlètes, les jeunes s’affrontaient d’abord, puis les adultes, chaque épreuve donnant lieu à des éli-minatoires et à une finale ; on courait le downloadModeText.vue.download 477 sur 625

La Grande Encyclopédie Larousse - Vol. 14

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stade, la diaule (une double longueur) ; tous les concurrents participaient à une course de fond et à la course en armes ; on s’affrontait en des tournois de lutte, de pugilat, de pancrace ; le pentathlon comprenait cinq épreuves, et son vainqueur devait avoir vaincu tous ses adversaires à la lutte.

Spectaculaires, brillantes étaient les compétitions hippiques qui clôturaient les Jeux : les quadriges (chars attelés de quatre chevaux) devaient parcourir sur l’Hippodrome (que les archéologues n’ont pu retrouver, car la rivière Alphée a vu se modifier son cours depuis l’Antiquité) douze fois la boucle d’une piste de 1 200 m sans épuiser leur attelage, réussir à passer au plus près des bornes qui pouvaient briser leur essieu ; la victoire était donnée au propriétaire des meilleurs chevaux.

Au dernier jour de la panégyrie,

on proclamait le nom des vainqueurs, celui de leur père, de la cité dont ils étaient originaires ; ils recevaient une couronne faite d’un rameau d’olivier de l’Altis, moment d’honneur insigne pour le père qui avait procréé un tel fils (l’un d’entre eux, qui vit deux de ses fils couronnés la même année, se vit souhaiter la mort par tous les spectateurs, nul bonheur plus grand n’aurait pu dès lors lui échoir) et pour la cité qui l’avait élevé. De magnifiques festins préludaient au départ, les vainqueurs (olympioniques) retournaient chez eux, leur cité leur réservait un accueil

triomphal, on perçait une brèche dans le rempart pour qu’ils entrent par une porte que nul n’aurait franchie avant eux, leur vie durant ils seraient nourris aux frais de l’État dans le prytanée, les poètes chanteraient leur gloire.

Le succès des Jeux les corrompit

rapidement. Peu à peu, dès le Ve s., vinrent s’y exhiber des poètes, des écrivains qui profitaient de l’affluence, on y fit des proclamations politiques quand on voulait leur donner une

audience panhellénique (Alexandre, ainsi, en 324, y fit lire un décret ordonnant à tous les États grecs de rappeler les bannis). Des athlètes professionnels remplacèrent les compétiteurs désintéressés qui gagnaient à leur victoire, sinon de l’argent (quoique le privilège de l’entretien au prytanée pût passer pour un gain intéressant), du moins un prestige monnayable. L’esprit du culte se perdit, pour plaire à Néron on modifia même le nombre des épreuves et l’on brisa le système pentétérique.

Pourtant, les concours continuèrent de réunir les Grecs ; ils furent interdits, comme symbole de paganisme, par

l’empereur Théodose en 393 apr. J.-C.

Le site fut ravagé très vite par des tremblements de terre, l’Alphée diva-gant recouvrit d’alluvions les ruines.

Ce n’est qu’à partir de 1875 que les fouilles des archéologues allemands le firent revivre, nous permettant de retrouver l’émotion qu’éprouvaient les Hellènes à sentir l’harmonie de leur terre et de leur civilisation.

J.-M. B. et O. P.

E. N. Gardiner, Athletics at the Ancient World (Oxford, 1930 ; 2e éd., 1955). / H. A. Harris, Greek Athletes and Athletics (Indianapolis, 1964). / H. Berve, G. Gruben et M. Hirmer, Temples et sanctuaires grecs (Flammarion, 1965). / B. Ashmole et N. Yalouris, Olympia, the Sculptures of the Temple of Zeus (Londres, 1967). / A. Mallwitz, Olympia und seine Bauten (Munich, 1972).

Olympiques

(jeux)

Manifestation sportive internationale multisport renouvelée des Grecs, ayant

lieu en principe tous les quatre ans, depuis 1896, dans une ville différente, et réservée aux athlètes dits « amateurs ».

C’est un Français, Pierre de Cou-

bertin (1863-1937), qui a lancé l’idée de rénover les jeux d’Olympie*, le 25 novembre 1892. Il déclarait alors :

« Il faut internationaliser le sport, il faut organiser de nouveaux jeux Olympiques. » Pierre de Coubertin convoqua le premier congrès olympique, lequel décida, à l’unanimité, le 23 juin 1894, le rétablissement des jeux Olympiques et la constitution d’un comité international devant devenir le Comité international olympique (C. I. O.). La date de 1896 était adoptée, et la ville d’Athènes choisie en hommage aux

Grecs, après que l’on eut renoncé, pour des raisons pratiques, à organiser les Jeux à Olympie.

Coubertin assuma la présidence du C. I. O. de 1896 à 1925. Il fit voter les principes fondamentaux que le temps a laissés intacts : intervalle de quatre années ; caractère moderne des concours ; création d’un comité international, permanent dans son principe, stable dans sa composition et dont les membres seraient les ambassadeurs de l’olympisme dans leurs pays respectifs et non les représentants de ces pays. Le C. I. O. a connu peu de présidents ; Coubertin fit élire le Grec Dhimítrios Biké-

las pour la période préludant aux Jeux d’Athènes ; lui-même lui succéda ; le Belge Henry de Baillet-Latour prit sa suite, de 1925 à 1942. Vinrent ensuite l’énergique Suédois Sigfrid Edström (1946-1952), puis, durant vingt années, l’Américain Avery Brundage (1952-1972), autoritaire, ardemment attaché aux vieux principes, et enfin Michael Morris, lord Killanin, pair d’Irlande, élu en 1972 pour huit années.

Les premiers jeux Olympiques

modernes ont donc eu lieu à Athènes, en avril 1896, devant un parterre de princes, sur un stade inspiré de l’antique et peu propice aux exploits sportifs. Les sports suivants figuraient au programme : athlétisme, aviron, cyclisme, escrime, gymnastique, haltérophilie, lutte, natation, sports équestres, tennis, tir et yachting à voile. À la faveur de ces Jeux, le philologue français Michel Bréal avait offert une « coupe