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à-dire « ceux qui sortent », deviennent pour lui une source de difficultés. La position de ‘Alī s’affaiblit davantage en 659, lorsque les arbitres désignés par les deux partis rendent un verdict qui implique son abdication. Quelques mois plus tard, Mu‘āwiyya réussit à s’emparer de la province d’Égypte et renforce sa position. En 661, ‘Alī est assassiné par un khāridjite. Son fils Ḥasan renonce à ses droits au profit de Mu‘āwiyya, qui étend alors son pouvoir sur tout l’Empire et fonde la dynastie des Omeyyades.

Le gouvernement et

l’administration au début

des Omeyyades

À l’avènement de Mu‘āwiyya, l’Em-

pire souffre d’instabilité et de manque d’unité. Cette situation découle essentiellement de la décentralisation de l’administration et de la recrudescence du désordre et de l’anarchie parmi les nomades. Pour assurer la cohésion de l’Empire, le nouveau calife substitue à la théocratie islamique un État arabe séculier fondé sur la caste dirigeante arabe. Certes, le facteur religieux reste important, et Mu‘āwiyya sait admirablement l’exploiter au cours de ses multiples campagnes contre les Byzantins, qui lui permettent de se poser en champion de l’islām, voire en chef de la guerre sainte. Mais il fonde ses rapports avec la population non pas sur le lien religieux, mais sur un nouveau lien moral, en s’appuyant sur la fidé-

lité de la nation envers son chef séculier. Toutefois, sa souveraineté n’est ni religieuse ni monarchique et relève plutôt du régime des cheikhs préisla-

miques avec une autorité plus étendue.

Mu‘āwiyya gouverne avec la Chūra, ou Conseil des cheikhs, qui remplit à la fois des fonctions consultatives et exécutives. La Chūra s’appuie sur les Wufūd, ou délégations de tribus qui constituent la base du libre consentement et du loyalisme des Arabes. Les provinces sont dirigées par des gouverneurs, qui exercent l’autorité au downloadModeText.vue.download 483 sur 625

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nom du calife. Mu‘āwiyya conserve la vieille machine administrative des Perses et des Byzantins, dont le personnel et la procédure demeurent intacts.

Lui-même emploie un secrétaire syrien de religion chrétienne.

Il parvient aussi à résoudre le problème de succession pour assurer la stabilité de l’Empire et maintenir le pouvoir dans sa propre famille. Avec beaucoup de tact, d’habileté et de diplomatie, il désigne, pour lui succéder, son fils Yazīd, inaugurant ainsi dans l’Empire musulman la méthode de succession héréditaire.

Yazīd succède à son père en 680. Il hérite d’un Empire stable et d’une autorité qui s’exerce, grâce aux conquêtes de Mu‘āwiyya, à l’est jusqu’en Asie centrale et à l’ouest jusqu’en Afrique du Nord.

Cependant, l’Empire comporte cer-

tains points faibles qui peuvent, en se conjuguant, le mettre en péril. Le principal danger provient des ‘Alides, qui, en 681, fomentent en Iraq — la province la plus turbulente de l’Orient

— un mouvement, qui se solde par un échec. En 683, Mu‘āwiyya II succède à Yazīd. Mais son règne ne dure que six mois. À sa mort, le pouvoir des Omeyyades est de nouveau contesté.

Une guerre civile éclate en Syrie entre les tribus arabes. Ce conflit se termine par la victoire des Omeyyades à la bataille de Mardj Rāḥit en 684. Marwān (684-85), membre d’une autre branche des Omeyyades, est proclamé calife.

Avant sa mort, il réussit à désigner,

pour lui succéder, son fils ‘Abd al-Malik (685-705). Celui-ci parvient à restaurer l’unité de l’Empire et l’autorité du gouvernement.

Les assises sociales du

régime omeyyade

L’Empire reste dominé par des Arabes constitués en caste sociale héréditaire.

Cette aristocratie jouit de privilèges exorbitants. Elle ne paie pas d’impôt foncier, mais seulement une dîme religieuse personnelle. Elle constitue la majorité des guerriers et reçoit, outre les pensions mensuelles et annuelles, de nombreuses indemnités, provenant du butin des conquêtes. Au surplus, elle continue à acquérir des terres par achat à des propriétaires non arabes ou par concession reçue du gouvernement.

Les immenses domaines hérités des Perses et des Byzantins lui sont concé-

dés par les califes sous forme de qaṭā‘ī, ou fermages. Les fermiers sont tenus de cultiver la terre pendant une certaine période et de percevoir les impôts pour le compte du gouvernement. Les qaṭā‘ī

ne tardent pas à se transformer en propriétés privées, qu’on peut acheter et revendre. Les propriétaires ne résident pas dans leurs domaines, dont ils confient l’exploitation à des fermiers autochtones ou à de la main-d’oeuvre semi-servile.

Les mawālī ou

musulmans non arabes

Cette aristocratie arabe constitue, dans les provinces conquises, une minorité de privilégiés, répartis en soldats, en fonctionnaires et en colons. Elle ne tarde pas à soulever le mécontentement de la population, et particulièrement celui de la classe des mawālī, c’est-à-

dire des musulmans non arabes et aussi des Arabes qui n’appartiennent pas à la caste dirigeante. Tenus pour inférieurs par elle, les mawālī partent du principe selon lequel tous les musulmans sont égaux pour exiger l’égalité dans le domaine économique et social. Il va sans dire que pareille égalité entraîne une diminution des revenus de l’État et une augmentation de ses dépenses. Autrement dit, elle touche directement aux intérêts de l’aristocratie arabe. Aussi, loin de répondre à cette revendication,

‘Abd al-Malik adopte-t-il à l’égard des mawālī une attitude hostile, qui consiste à réduire leur pression en les chassant des villes vers les campagnes.

Bien plus, pour éviter une diminution des revenus du Trésor, il décourage la conversion à l’islām des dhimmīs, c’est-à-dire des adeptes des religions tolérées par l’État contre paiement d’un impôt plus élevé. En dépit de cette mesure, le nombre des mawālī augmente considérablement. Dans les villes, ces derniers s’imposent par l’importance qu’ils jouent dans la vie économique comme ouvriers, boutiquiers, artisans et marchands au service de l’aristocratie. Leur hostilité à l’égard de la caste dirigeante n’est pas d’ordre racial ou national. Elle relève plutôt de considé-

rations économiques et sociales. C’est ainsi que les Arabes pauvres d’Iraq et de Bahreïn se confondent avec les mawālī et que beaucoup de membres de la vieille noblesse terrienne de l’Iran*

s’accommodent du régime omeyyade, considéré par eux comme tolérable.

Les mawālī ne tardent pas à trouver à leur mécontentement une expression religieuse. À une époque où l’islām orthodoxe constitue l’idéologie officielle du régime, ils marquent leur opposition aux Omeyyades en adhérant au chī‘isme, mouvement qui soutient les prétentions au califat des descendants de ‘Alī.

C’est sous la bannière du chī‘isme que les mawālī se révoltent en 685. La révolte est écrasée dans le sang en 687, mais le mouvement reste vivace en Iran et en Iraq ; recrutant ses adeptes essen-downloadModeText.vue.download 484 sur 625

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tiellement dans les milieux pauvres, il constitue un élément de troubles et de difficultés pour les Omeyyades.

Les Omeyyades et les

tribus arabes

Les Omeyyades ne peuvent pas compter, pour affronter ce danger, sur l’appui unanime des tribus arabes. Bien au

contraire, le sens tribal d’indépendance demeure vivace parmi les nomades et contribue à miner l’autorité de la dynastie. Le khāridjisme est l’expression religieuse de l’insubordination des nomades. Les adeptes de ce mouvement ne reconnaissent pas d’autre autorité que celle d’un calife de leur choix, qui doit être le meilleur et le plus pieux des musulmans. À la mort de Yazīd, en 683, ils fomentent en Iraq une ré-