En 1928, O’Neill abandonne le
théâtre métaphysique pour revenir au néo-réalisme avec une sorte de « moralité », Strange Interlude, énorme pièce en neuf actes, dont la représentation dure près de dix heures. L’effet principal est l’emploi du monologue intérieur en aparté, qui permet aux personnages d’exprimer leurs pensées normalement refoulées. Par certains aspects, la pièce rappelle l’Ulysse de Joyce. L’héroïne, Nina Leeds, qu’aucun homme ne peut satisfaire, prend peu à peu une allure archétypale d’« éternel féminin ». Le succès de la pièce, l’une des plus riches et des plus contestées, contribua à ramener O’Neill au réalisme symbolique de ses débuts.
Mourning becomes Electra (Le deuil sied à Électre, 1931), la pièce la plus connue d’O’Neill, trilogie en treize actes, reprend la légende d’Oreste, dans le cadre de la Nouvelle-Angleterre, de façon assez giralducienne. À
son retour de la guerre de Sécession (Troie), le général Ezra Mannon (Agamemnon) découvre l’infidélité de sa femme, Christine (Clytemnestre), qui l’empoisonne. Ses enfants, Lavinia (Electra) et Orin (Oreste) le vengent en tuant l’amant, Brant (Egisthe).
Leur mère se suicide. Fou de dou-
leur, Orin se suicide, tandis qu’Electra s’enferme dans la maison hantée.
O’Neill ne transpose pas seulement le drame grec ; il donne au sens du destin une résonance freudienne, liée au puritanisme yankee. C’est peut-être la plus riche pièce d’O’Neill, malgré un style volontairement prosaïque : « Je ne crois pas, explique O’Neill, qu’un grand style soit possible pour quiconque vit dans le rythme discordant,
haché d’aujourd’hui. Le mieux qu’on puisse faire est d’être pathétiquement éloquent dans l’inarticulé. »
Après Electra, O’Neill entre dans une période de crise, compliquée par la maladie, la crise économique, puis la guerre. Il envisage un cycle historique sur l’essor et la chute d’une famille anglo-irlandaise, dont seuls subsistent Days without End (1934), A Touch of the Poet et Ah, Wilderness ! (1933), sa seule comédie. Avec la guerre, il écrit des pièces autobiographiques. The Iceman Cometh (1946) évoque, à la ma-nière du Gorki des Bas-Fonds, les taudis de sa jeunesse, le livreur de glace figurant la Mort. C’est la dernière pièce jouée du vivant d’O’Neill. Paralysé, révolté par le mariage de sa fille Oona avec Charlie Chaplin, blessé par le suicide de son fils aîné, O’Neill meurt à Boston en 1953. Trois ans plus tard est joué Long Day’s Journey into Night, drame naturaliste autobiographique sur les conflits de sa famille. Au contraire des autres pièces, on devine la possibilité, dans ce « voyage au bout de la nuit », d’une illumination.
Dramaturge massif, lourd, verbeux, un peu naïf, O’Neill a un grand sens de la scène. À la lecture, son oeuvre déçoit. Son goût du théâtral l’a parfois égaré. Mais son importance historique est évidente, même si l’oeuvre a vieilli.
Tennessee Williams* et Arthur Miller*
doivent beaucoup à O’Neill. Même si la vision tragique est meilleure que le style, même si cette oeuvre trop autobiographique aligne ses pièces comme les vagues successives d’une quête personnelle, il y a de la grandeur dans son mélange de symbolisme et de réalisme.
Ce colosse a pratiqué le théâtre en évangéliste, convaincu que « la tragé-
die est une expérience religieuse qui se transmet par la communion de l’émotion ». Il a tenté de créer une « mythologie collective » à la Brecht. Sur ce point, il a peut-être échoué. Mais il a révélé et imposé le théâtre américain au monde.
J. C.
B. H. Clark, Eugene O’Neill (New York, 1925 ; nouv. éd., 1947). / E. A. Engel, The Haunted Heroes of Eugene O’Neill (Cambridge, Mass.,
1953). / A. et B. Gelb, O’Neill (New York, 1962). /
J. Gassner, Eugene O’Neill (Minneapolis, 1965).
/ F. Du Chaxel, O’Neill (Seghers, 1971).
ongle
Lame cornée semi-transparente en-
châssée sur la face dorsale de la phalange terminale des doigts. (L’ongle est une plaque protectrice existant chez l’Homme et chez certains Vertébrés supérieurs.)
Anatomie
Le limbe, partie principale de l’ongle, résulte du durcissement des cellules de la matrice, elle-même constituée des éléments épidermiques (couche germinative ou basale et corps muqueux de Malpighi). Bombé, rose, il repose sur l’épiderme digital, dit lit de l’ongle ; son bord libre détermine le repli sous-unguéal, et ses bords latéraux s’insinuent sous les replis latéraux. Sa partie cachée, la racine, est recouverte du repli sus-unguéal. La lunule est une zone blanche en forme de croissant observable sur le limbe près de la racine.
La régénération de l’ongle s’opère par déplacement des cellules épithé-
liales. L’ongle croît de 3 mm environ par mois, croissance s’opérant de la matrice au bord libre.
Pathologie
Les lésions de l’ongle, désignées sous les termes d’onyxis et d’onychose, sont minimes et peu variées : on observe des cannelures, des érosions ponctuées, des sillons, des taches blanches (leuconychie), des épaississements ou des décollements de l’ongle. Les lésions des replis unguéaux (périonyxis) pré-
sentent les caractères généraux de l’inflammation.
Onyxis congénitaux
Observés dès la naissance ou ne se manifestant qu’ultérieurement, ils sont d’aspects divers. La pachyonyxie est une épaisseur excessive de l’ongle, alors que l’onychogryphose est une déformation de celui-ci en griffe recourbée. La polyonychie se caractérise par la présence de plusieurs ongles sur
un même doigt. On peut observer aussi une coloration blanche des ongles : c’est la leuconychie. L’atrophie des ongles, voire leur absence totale sont possibles. Tous ces onyxis congénitaux sont fréquemment associés à d’autres dystrophies (de la peau, des dents, de la langue, des poils).
Onyxis traumatiques
L’hématome sous-unguéal (épanche-
ment de sang sous l’ongle) est dû à un écrasement ; il ne doit pas être confondu avec le redoutable mélanome (ou panaris mélanique), lequel siège de préférence au pouce et au gros orteil, et qui est l’un des cancers les plus malins. L’ongle incarné est dû au port de chaussures trop étroites : le rebord de l’ongle pénètre en s’enroulant dans le sillon péri-unguéal, provoquant une douleur vive. Les ongles peuvent être usés à leur bord libre, par onychopha-gie (rongement des ongles), fréquente chez les enfants, ou par usure professionnelle (polisseurs, pétrisseurs, tourneurs en poterie). On observe une leuconychie chez les ouvriers des machines automatiques. Les froidures downloadModeText.vue.download 496 sur 625
La Grande Encyclopédie Larousse - Vol. 14
7939
peuvent provoquer des cannelures, des striations et même la chute de l’ongle.
Onychoses chimiques
Ces anomalies de l’ongle sont dues à la manipulation des arsenicaux, du mercure, des fluorures, de la Cellophane, des savons et des lessives. L’onycho-lyse (fonte de l’ongle) semi-lunaire des blanchisseuses est due à l’action combinée de ces deux derniers produits ainsi qu’à la chaleur et à l’humidité.
Onychomycoses
Les mycoses des ongles les plus courantes sont dues au Trichophyton
(Trichophyton-violaceum interdigitalis). Faites au début de taches blanc jaunâtre sertissant le bord libre, pro-gressant vers la matrice, envahissant la table externe de l’ongle, elles fissurent
l’ongle et le transforment en une substance jaunâtre, détachable à la curette.
La fréquence d’onyxis à levures (moniliasiques) a notablement augmenté depuis la prescription de certains antibiotiques, qui favorisent la pullulation du Candida albicans. Ces états s’accompagnent de périonyxis. Les onychomycoses peuvent être professionnelles chez les vachers, les fermiers, les vété-