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Selon les problèmes qu’on rencontre, on distingue généralement l’onomastique anthroponymique (noms* de

famille, prénoms, surnoms) et l’ono-

mastique toponymique (noms de lieux).

L’anthroponymie

L’état civil

Le système de dénomination des

êtres humains est régi par la coutume et aussi, dans les États centralisés, par l’état état civil*, qui réglemente l’usage. Encore de nos jours, d’un pays européen à l’autre, les variations sont importantes : ainsi le système russe utilise un prénom, un patronyme (le prénom du père suivi de -itch pour les hommes) et un nom de famille ; le système espagnol combine après le prénom le nom de famille du père et celui de la mère ; le système français se limite au prénom et au nom de famille.

Les surnoms

Des surnoms anciens sont devenus des noms de famille, et il est bon d’étudier les premiers pour comprendre la formation des seconds. Après la stabilisation de l’état civil, on a continué à assigner des sobriquets, dont on peut assez souvent (mais pas toujours) retrouver l’explication : une particularité physique ou morale (la Brebis pour une personne paisible), une origine géographique (le Belge), un événement (Madagascar pour quelqu’un qui y avait fait son service militaire), des noms de métier (le Berger), des surnoms datant de l’enfance (Bébé par exemple), des particularités de langage (Marie Tipos-sible disait trop souvent c’est-il possible ?), des analogies diverses.

Les noms de famille et les

prénoms

Certains noms de famille ont été introduits en France récemment, notamment à la suite de phénomènes d’immigration. Mais même les noms de famille autochtones ne se sont pas transmis hé-

réditairement depuis l’époque gallo-romaine. C’étaient des noms propres ou des noms communs, ou des membres

de phrases en latin ou en germanique (les noms de personnes gaulois ne se retrouvent que dans les noms de lieux ou dans les noms de personnes venant de noms de lieux, comme les Bourbons, les Orléans). Les anthroponymes d’origine latine étaient, à l’origine, soit

des prénoms — Marc (Marcus) —, soit des noms gentilices — Lucie (Lucia), Émile (AEmilius) —, soit des surnoms downloadModeText.vue.download 498 sur 625

La Grande Encyclopédie Larousse - Vol. 14

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familiaux : Claude (Claudius), Octave (Octavius). L’installation de colons germaniques à l’époque impériale, puis les invasions du Ve s. ont introduit des noms d’origine germanique ; les anthroponymes simples pouvaient être issus d’adjectifs : ald, « vieux » ; adal, « noble » ; bald, « hardi » ; bert, « brillant » — ou de noms : frid,

« tranquillité » ; ger, « lance » ; mund,

« protection » ; wulf, « loup ». Ces noms d’origine germanique sont relativement nombreux. Si l’on s’en tient seulement aux finales, on a ainsi (avec diverses variantes) :

y ALD donnant -AUD ou -OUT dans Arnaud (Arnout), Bertaud (Bertout), Ge-raud (Giraud), Gremaud (Grimaud) ; y BALD donnant -BAUD dans Gerbaud, Goubaud, Liébaud, Raimbaud (Ram-baud), Thiébaud (Thibaud) ;

y BERT dans Aubert, Flaubert, Gobert, Guibert (Vibert), Humbert, Jobert (Joubert), Lambert ;

y FRED ou FRID donnant -FROY dans Goffroy (Gouffroy) ;

y GART donnant -GER dans Auger

(Augier), Béranger, Léger (Ligier), Roger ;

y HARD dans Alard, Bérard, Bernard, Gérard (Girard), Guichard, Renard ; y HELM donnant -AUME dans Ansaume, Guillaume, Jossaume ;

y mund donnant -mond, -mont ou

-mon dans Osmont (Omont), Raimond, Simon (Sigmont) ;

y RIK donnant -RY dans Aubry, Baudry, Ferry, Gaudry, Géry, Séry,

Thierry.

La constitution du système actuel

Au Moyen Âge, le nom principal de l’individu était celui qu’il recevait au baptême (le prénom). On pouvait avoir au cours de sa vie un ou plusieurs surnoms qui n’avaient ni l’importance ni la fixité du prénom. Le premier Empire a imposé le système actuel ; les pré-

noms sont pris dans la liste administrative des calendriers et d’un certain nombre de personnages historiques cé-

lèbres. Les noms de famille sont transmis du père aux enfants. Ils sont issus soit de prénoms (Jacques, Michel), soit des dérivés suffixaux de prénoms, soit des noms de diverses origines.

Les formes peuvent être suffixées (Étienne, anc. fr. Esteneve, Esteve-nard), puis perdre leur initiale (Esteve-nard passe à Thévenard). En outre, on peut avoir des variantes provenant des divers dialectes : ainsi les noms de famille issus du latin faber (accusatif fa-brum), forgeron : Fèvre (Île-de-France et Centre), Feuvre (Bretagne fran-

çaise), Faivre (Franche-Comté), Favre (Savoie et Charentes), Fabre (Provence), Faure (bassin de la Garonne).

De plus, cette liste doit être com-plétée en tenant compte de la possibilité d’avoir ou non l’article (Lefèvre/

Fèvre), ou même d’avoir des formes comme Aufèvre (mot à mot « du

forgeron », c’est-à-dire « le fils du forgeron »).

Les noms de famille comme les surnoms évoquaient à l’origine :

1o une particularité anatomique de silhouette ou d’aspect (Grand, Petit, Beau, Malfait), parfois par antiphrase (Grand, appliqué à quelqu’un qui est petit), de tête (Tétard), de cheveu ou de barbe (Follebarbe, Beaupoil, Chauvet), ou une infirmité (Leborgne, Bossu, Loucheur) ;

2o le caractère et les habitudes (Gentil, Lecoy, Loyal) ;

3o la profession (Porcher, Meunier, Boucher, Sartre [« tailleur »]) ; 4o un titre hiérarchique (Leseigneur, Lemaire) ;

5o les circonstances de la naissance (Payen [« baptisé tardivement »], Rameau, Janvier) ;

6o un lieu (Poitevin, Breton, Picard, Bourgogne, Lyon, Paris).

Les noms correspondants se ren-

contrent dans les provinces de langues ou de dialectes romans, différents du français. Gardin est la forme picarde de Jardin. Enfin, l’état civil français comprend également un grand nombre de prénoms et de noms bretons (Alain, Yves, Yannick, Hervé, Caradec, Gal-louedec, Le Hir, etc.), basques (Bide-garay, Etcheverry, Irigaray, Jaure-guy-berry, etc.), germaniques (Weber, Wagner, Ziegler, etc.), flamands

(Debrouwer, Decoster, Degroote,

Depaepe, etc.). Enfin, la Bible a donné naissance à un certain nombre de pré-

noms et de noms de famille (Isaac, Moïse, Levy, Saül, Israël).

La toponymie

La toponymie oblige le linguiste à remonter beaucoup plus loin. En effet, la plupart des noms de lieux ne s’expliquent généralement pas grâce aux langues parlées actuellement. Ainsi, beaucoup de toponymes français remontent à des langues disparues, dont on ne sait pas grand-chose, sinon indirectement : anciennes langues celtiques de la Gaule et même langues parlées en Gaule avant l’arrivée des Celtes.

La méthode tend à associer l’étude des lieux désignés (relief, histoire du lieu, ruines, environnement géographique, etc.) et la linguistique comparée et historique. Une fois trouvés certains rapports constants entre certaines formes de relief et certains noms ou éléments de noms, on cherche à les systématiser : d’autres pays peuvent offrir les mêmes relations.

Ainsi dans les toponymes fran-

çais, en laissant de côté quelques noms d’origine grecque comme Nice, on peut distinguer plusieurs couches successives.

Couche préceltique

Une racine *cuc se retrouve à la fois dans le Pas-de-Calais (Cucq), les Cha-

rentes et le Gers (Cuq), en Corse et en Calabre (Cucco) ; elle est parfois suffixée (en Corse Cucuruzzu) ; sa pré-

sence dans ces deux dernières régions permet d’en faire un toponyme pré-

celtique (toujours associé à l’idée de

« hauteur »), qu’on retrouve dans les dialectes gallo-romains pour désigner un « tas » (lyonnais cuchon, marseillais cuco).