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Couche celtique

Les formations celtiques anciennes, à distinguer des toponymes bretons qui se maintiennent en même temps que la langue, sont très nombreuses.

Elles peuvent s’appliquer à l’eau : par exemple à partir de *dubron, « eau », on a Bernazoubre, Vernazobre, Ver-double, Vernoubre, Candoubre (ri-

vières) ou Douvre et Douvres (localités proches des rivières). On a de même : à partir de *wabero, « ruisseau » (cf.

l’irlandais fobar, « source », et le breton gouer, « ruisseau »), Vaure, Voivre, Woëvre, Vièvre, Vabre, Vaour, noms de rivières ou de localités proches de rivières, d’étangs ou de ravins ; à partir de *barro, « hauteur » (cf. l’irlandais barr, « sommet », et le breton bar,

« tête »), quatre localités de diverses régions s’appelant Bar, ainsi que Barr, Montbard, Barn, Barre.

Enfin, les noms des tribus gauloises sont devenus des noms de villes : Atre-bates, Arras ; Ambiani, Amiens ; Bello-vaci, Beauvais ; Parisii, Paris.

Les noms d’origine gauloise se sont maintenus dans le Massif central et le Sud-Ouest, ces régions étant restées plus longtemps à l’écart de l’influence romaine, puis franque.

Couche gallo-romaine

Les toponymes d’origine latine sont plus faciles à reconnaître, surtout quand les mots qu’ils contiennent existent encore et n’ont pas été trop déformés par une évolution phonétique particulière (ainsi, dans Aix, Dax, Aigues, il faut reconnaître des formes dialectales du mot latin aquae, qui a abouti à Eaux).

On rencontre ainsi les dérivés de balneae, « bains », de putei, « puits »,

de fontes, « sources », de valles, « vallées », des dérivés de noms de plantes en -ey, -oy, -ay, -y, comme Aulnay, Épinay ou Chatenay (« ensemble de châtaigniers »), des Vic (en latin vicus,

« village ») [la série Villiers, Villers, venant de villare, « domaine rural »], les noms en court, venant de curtis,

« ferme ».

On trouve de même les dérivés

de castra, « camp », dans Castres, Chastres, etc., de strata, « route », dans Estrée. On a enfin des toponymes issus de termes religieux : Fain, venant de fanum, « temple » ; Luc, de lucus,

« bois sacré » ; puis les Moutier, Montier, de monasterium, « monastère ».

Les dérivés par suffixation avec

-acum, -anum, -anicum étaient for-gés à partir du nom d’une personne et désignaient sa propriété : Antony vient de Antoniacum, « la propriété d’Anto-nius ». Les terminaisons de ces dérivés varient beaucoup selon les dialectes (-ac dans le Midi ; -y, -ay, -oy selon les régions en pays d’oïl).

Couches germaniques

L’apport germanique se rencontre surtout dans l’Est et dans le Nord avec les terminaisons en -bach, « ruisseau », downloadModeText.vue.download 499 sur 625

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en -berg, « montagne », en -kirk ou

-kerch (en Flandre), « église », et en

-hem ou -heim, « maison ». Sporadiquement, les Burgondes en Bourgogne et les Wisigoths dans le Sud-Ouest ont laissé des terminaisons en -ans ou -eins venant des germaniques -inga, -ingen (Waldingen, « chez Waldo », donnant Valdans). On trouve également des toponymes d’étymologie saxonne (terminaisons en -thun, « ferme », en -ham ou -hem, « prairie »).

Enfin, les invasions vikings au

haut Moyen Âge ont donné un grand nombre de noms de lieux en Normandie : par exemple les terminaisons en

-beuf (venant de bod, « abri »), en

-fleur (de flod, « marée »), en -but (de

bu, « ferme »), en -bec (d’un mot nor-rois signifiant « ruisseau »), en -tot (de topt, « terrain avec habitation »).

Dans les régions où les langues

ou les dialectes non gallo-romains se sont maintenus, les noms de lieux s’expliquent en grande partie soit par les langues parlées antérieurement, soit par les langues et dialectes locaux : ainsi en Bretagne, en pays flamand, en Alsace, dans le Pays basque, en pays catalan et en Corse. Toutefois, la langue française s’introduit dans les toponymes soit à l’occasion d’implantation d’activités ou de centres nouveaux, soit par des traductions-calques ou des déformations des toponymes existants. Dans la carte d’état-major de la Corse, on trouve un Champlan, nom d’une usine à l’origine ; un lieu-dit i lecci, « les chênes », est devenu les Chênes, et Campana, « cloche » (en raison de la forme de la colline ainsi désignée), s’est transformé en Campagne. Il est probable que des phéno-mènes du même type se sont produits à toutes les époques et dans toutes les régions, ce qui rend l’investigation plus difficile.

Si la toponymie permet de remonter plus loin et pose des problèmes plus difficiles, elle reste liée à l’anthroponymie, puisque les noms de lieux sont souvent tirés des noms de personne et vice versa.

L’onomastique est intimement liée à l’histoire du pays. Elle éclaire les mouvements de population, les coutumes anciennes et la vie quotidienne de nos ancêtres. Ses enseignements, pourvu qu’ils soient fondés sur une démarche scientifique, complètent utilement ceux des autres sciences humaines.

J.-B. M.

F État civil / Nom.

A. Dauzat, la Toponymie française (Payot, 1939) ; Dictionnaire étymologique des noms de famille et prénoms de France (Larousse, 1951).

/ C. Rostaing, les Noms de lieux (P. U. F., coll.

« Que sais-je ? », 1945 ; 8e éd., 1974). / P. Lebel, les Noms de personnes en France (P. U. F., coll.

« Que sais-je ? », 1946). / A. Dauzat et C. Ros-

taing, Dictionnaire des noms de lieux en France (Larousse, 1963). / E. Nègre, les Noms de lieux en France (A. Colin, 1963).

Ontario

Province du Canada ; 1 068 582 km 2 ; 7 703 000 hab. Capit. Toronto*.

Le milieu

Morphologiquement, l’Ontario se

divise en trois régions : un large fragment du Bouclier canadien au centre, les basses terres de la baie d’Hudson au nord et une partie des basses terres du Saint-Laurent et des Grands Lacs au sud, cette dernière région étant la moins étendue des trois. Le Bouclier est constitué principalement de gneiss granitisés et de granites d’âge archéen ; dans l’ensemble, il est basculé vers le nord ; aussi, la plupart des cours d’eau s’écoulent-ils vers la baie d’Hudson ; une zone de soulèvement structural, responsable des « rapides internationaux » du Saint-Laurent, le relie au massif précambrien des Adirondacks (État de New York).

Les sédiments primaires (de l’Ordo-vicien au Dévonien) des basses terres de la baie d’Hudson plongent vers deux cuvettes structurales (entre Hearst et Moosonee ; près du centre de la baie).

Symétriquement, les sédiments, de même âge, des basses terres lauren-tiennes s’inclinent vers le centre du bassin du Michigan (entre Michigan et Huron). Cette structure donne un relief de cuestas, dont la plus remarquable est celle du Niagara, que l’on suit depuis les célèbres chutes jusqu’à l’île Mani-toulin. Cette cuesta est coupée de percées qui ont joué un certain rôle dans l’histoire du peuplement.

Les glaciers ont exercé un effet de raclage et créé de nombreuses contre-downloadModeText.vue.download 500 sur 625

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pentes, origine des lacs actuels. De grands lacs postglaciaires ont laissé des dépôts argileux et sableux dans

les Clay Belts. Les moraines de fond qui voilent les basses terres de la baie d’Hudson ont été recouvertes à leur tour par les mers postglaciaires, qui, en se retirant, ont abandonné une série de cordons littoraux ; retardant l’organisation du drainage, ceux-ci favorisent le développement des tourbières.

Le nord des basses terres lauren-

tiennes a été, lui aussi, raclé : le calcaire perce sous un faible voile morainique. Ailleurs, les moraines, parfois enrichies en calcaire du substrat, em-pâtent les cuestas, les plaines et plateaux intermédiaires. On observe ici et là des champs de drumlins. Les lobes finiglaciaires situés à l’emplacement des Grands Lacs ont déposé des crêtes morainiques arquées ; entre celles-ci et le littoral actuel, des plaines d’argile, parfois interrompues par des deltas sableux, ont été formées par des lacs postglaciaires plus étendus que les Grands Lacs d’aujourd’hui.