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conde Guerre mondiale de se joindre à l’Allemagne contre les Alliés : « C’est un peuple qui ne pense qu’à manger, où l’art culinaire a pris les proportions d’une affaire d’État. » Boutade de pauvre diable qui a connu la faim.

Mais, spirituellement, Mussolini est lié à la France plus qu’à toute autre nation étrangère. Il en a connu de bonne heure et enseigné la langue ; il en admire le passé révolutionnaire et lui emprunte souvent des leçons. Le dédain pour lui de ses gouvernants et leurs faveurs envers ses pires ennemis alimenteront, certes, sa rancune, mais ne lui inspireront pas d’emblée des pensées de vengeance. En 1935 encore, contre l’avis de tout son entourage, il se contentera de la plus modeste interprétation des clauses du traité de Versailles relatives à l’expansion coloniale du peuple italien quand à Rome il recevra Pierre Laval et croira en avoir obtenu un blanc-seing pour limiter à l’Abyssinie le désir de conquêtes des nationalistes, dont il avait naguère rejeté les visées démesurées, de même qu’il avait approuvé Giolitti d’évacuer l’Albanie et de contraindre D’Annunzio à abandonner Fiume. Sa lâche intervention contre la France en 1940 sera le geste d’un homme déjà aux abois, conscient d’ir-réparables erreurs et enragé de paraître le négligeable second du Führer.

Durant l’hiver 1914-15, le gou-

vernement, de son côté, en négociant avec l’Autriche des compensations qui pourraient être accordées à l’Italie en échange de sa neutralité, poursuivait une politique irrédentiste en accord avec les buts permanents du Risorgi-mento. Mais c’était une voie dangereuse parce qu’il pouvait se voir acculé à la guerre alors qu’il n’y était prêt ni moralement ni militairement. Moralement, la grande masse du peuple italien n’avait aucune raison de vouloir participer aux conflits des grandes puissances ; militairement, les magasins italiens étaient vides au lendemain de la guerre italo-turque, les officiers d’activé très peu nombreux et peu exercés, l’aviation manquait complètement.

Néanmoins, la minorité de la nation allait forcer la main au gouvernement et au roi, se griser d’espoirs grandissants à mesure que le volume des sacrifices en vies humaines et en richesses ira

croissant.

Mussolini va combattre au front du Carso, à l’appel de sa classe ; il est promu rapidement caporal et au retour d’un congé de convalescence dû à une fièvre typhoïde, il est gravement blessé par l’éclatement d’une bombe dont il reçoit quarante éclats. Le roi va le visiter à l’hôpital et le félicite. Pour Mussolini, la guerre est finie ; son journal avait continué à paraître sous la direction de son frère Arnaldo ; il le retrouve à son retour du front et en accentue de plus en plus la note exaltante de patriotisme, surtout après Caporetto et après la victoire du Piave. En même temps, il abandonne le patronage de Blanqui

— dont le mot brutal : « Qui a du fer a du pain », formait le frontispice du premier Popolo — pour celui, plus rassurant, du « Journal des combattants et des producteurs ». En fait, il se mêle surtout à ces éléments exaltés des premières lignes, les arditi, qui rachètent par des coups de main heureux leur indiscipline. Une association d’arditi s’est créée à Rome en janvier 1919

et une autre à Milan, quelques jours après, qui aura l’étiquette « nationale »

(« i Fasci italiani di combattimento »).

Gabriele D’Annunzio en est le grand homme, avec son grade de colonel et ses cinq médailles militaires ; il sera pour Mussolini un perpétuel rival qu’il flattera, mais qui, au fond, l’offusque.

Vers le pouvoir

Le mécontentement croissant qui

s’instaure en Italie durant toute l’an-née 1919 s’accentue avec les succès massifs obtenus aux élections de novembre, sous le ministère Nitti, par ce que l’on nomme les partis de masse, qui ont 156 élus, et par les « populaires » catholiques, qui en obtiennent une centaine. C’est que l’agitation de la rue provoquée par les anciens combattants reste superficielle, « romantique » au sens souvent un peu ironique du mot, et n’entame guère les couches profondes d’une population ouvrière ou rurale, disciplinée par le socialisme ou par l’Église. Mais le succès de la ré-

volution de 1917 en Russie a enflammé beaucoup d’esprits italiens parmi les couches populaires et créé une atmosphère favorable aux pires désordres.

Ceux-ci ne manquent pas de se produire : grèves incessantes et ruineuses dans l’Italie du Nord, invasion de propriétés foncières dans le Midi pour les mettre en exploitation directe par les paysans pauvres, insultes aux officiers d’une guerre, même victorieuse, que le peuple n’a pas voulue et qui a causé plus de 500 000 morts, tout cela va alarmer la bourgeoisie et y alimenter un esprit de vengeance qui explosera en 1920, après l’échec de l’exploitation directe des usines, métallurgiques surtout, à Turin et Milan.

Aux élections de novembre 1919,

Mussolini, candidat à Milan, chef de la seule liste fasciste d’Italie, a essuyé un cuisant échec : 4 000 voix alors qu’il en espérait 80 000, contre 170 000 aux socialistes et 70 000 aux catholiques de gouvernement. C’est plus qu’une défaite pour Mussolini, c’est un effondrement. Tandis que ses anciens camarades le chansonnent cruellement à travers les rues de la grande cité lombarde, lui songe à redevenir maçon, voire à émigrer. Le sénateur Luigi Albertini, directeur du grand quotidien downloadModeText.vue.download 65 sur 625

La Grande Encyclopédie Larousse - Vol. 14

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national Corriere della Sera, téléphone à Francesco Saverio Nitti, après la découverte par la police de grenades et de revolvers dans les locaux du Popolo : « Ce n’est plus qu’une épave, n’en faites pas un martyr. » Mussolini et quelques-uns de ses compagnons ne resteront en effet incarcérés que deux jours.

En d’autres circonstances et en tout autre pays que l’Italie, les deux partis vainqueurs auraient fait alliance pour exercer le pouvoir et concédé aux diverses fractions libérales quelques ministères techniques. Les chefs du socialisme réformiste — Turati, Trèves, Modigliani — y eussent été disposés, comme l’était le leader des « populaires » catholiques, don Luigi Sturzo, qui depuis longtemps collaborait avec les socialistes sur les terrains administratif et municipal. Mais il n’en pouvait être question à la fin de 1919 ; les

réformistes étaient devenus nettement minoritaires dans leur propre parti, que le modèle soviétique avait poussé au « maximalisme » sous la conduite du secrétaire général Giacinto Serrati et du vieux militant Costantino Laz-zari. Du côté catholique, le Vatican avait tout de suite espéré accomplir un rapprochement avec la monarchie de Savoie et faire cesser entre eux le dis-sidio national en traitant de la question romaine avec un homme nouveau, sans liens avec le passé. Pie XI sacrifiera tranquillement en 1922 l’espoir d’une démocratie chrétienne aux intérêts de la papauté. Le champ était donc libre pour que la bourgeoisie possédante et les intellectuels du nationalisme cherchent une revanche dans la violence, avec la tolérance de nombreux corps constitués et d’abord de la police et de l’armée.

En favorisant cette violence sous toutes ses formes, Mussolini regagne le terrain perdu et l’amplifie même de façon inespérée, car il reste le seul nom connu des foules parmi tous les jeunes gens qui, de plus en plus nombreux, viennent s’agglutiner autour des ga-gliardetti fascistes et font régner la terreur dans les campagnes en détruisant par le feu et par le pillage coopératives, maisons du peuple, centres récréatifs socialistes, dont ils molestent et parfois tuent les dirigeants, sûrs de rester impunis.

En 1921, le mouvement s’accentue, car Giolitti, revenu au pouvoir, usant de la tactique temporisatrice qui lui a si bien réussi dans le passé, force en automne 1920 les ouvriers révoltés à constater leur échec lorsqu’ils essaient d’animer eux-mêmes les usines, sans cadres supérieurs et avec des moyens financiers insuffisants. Puis, confiant dans la force d’une sagesse éprouvée, Giolitti dissoudra au printemps la Chambre élective et inclura des fascistes dans une liste nationale de libéraux et de sans-parti qui recueillera les faveurs de l’administration. Trente-cinq fascistes pénètrent ainsi au Parlement, avec leur chef et leurs principaux leaders, mais ils y trouvent leurs adversaires eux aussi renforcés. L’apparition d’une petite cohorte communiste en forme la principale caractéristique. Se