Dans sa carrière, al-Mutanabbī a, au surplus, eu la chance de trouver sur sa voie des mécènes de grande allure qui l’ont en quelque sorte porté au-dessus de lui-même ; à Sayf al-Dawla, il doit de s’être élevé par exemple jusqu’à l’épopée ; au Buwayhide ‘Aḍud al-
Dawla revient le privilège de lui avoir fait découvrir le lyrisme de la nature.
Par bonheur enfin, ce panégyriste a porté en soi une âme violente, avide de puissance, orgueilleuse jusqu’à la folie, angoissée devant la destinée, fermée à la foi, tout un ensemble de contradictoires et d’harmoniques qui l’ont maintenu dans les refus d’un pessimisme fondamental. Si le mot génie ne trouve son emploi justifié que par la survie séculaire d’une oeuvre, sans nul doute on doit l’appliquer à cet artiste et à cet esprit hors du commun.
Il n’est pas en effet de poète arabe qui ait inspiré plus d’études, plus de commentaires, plus d’imitations, ni suscité plus de haine et de jalousie chez des émules moins doués ; al-Ma‘arrī* a vu en lui un maître, comme plus tard Chawqī*, et si forte est l’emprise d’al-Mutanabbī que même les esprits pieux feignent d’ignorer son non-conformisme religieux ; son pessimisme
s’accorde si bien avec certaines désespérances contemporaines qu’il passe aujourd’hui pour un maître à penser ; depuis cinq siècles et plus, il représente enfin dans le monde de l’« arabicité »
le poète en qui la « nation arabe » dé-
couvre son symbole.
R. B.
R. Blachère, Un Poète arabe du IVe siècle de l’Hégire (Xe s. apr. J.-C.), About-Tayyib al-Mutanabbī (A. Maisonneuve, 1936).
mutation
F VARIATION.
mutualité
F SÉCURITÉ SOCIALE.
Mycènes
En gr. MYKÊNAI, ville fortifiée qui fut le centre d’un royaume achéen.
Du haut de son acropole, 278 m d’altitude, Mycènes domine toute la plaine d’Argolide, depuis le débouché au nord downloadModeText.vue.download 71 sur 625
La Grande Encyclopédie Larousse - Vol. 14
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des routes de Corinthe et de Sicyone jusqu’aux rivages de Nauplie.
Persée, dit la légende, a bâti la citadelle après avoir vaincu la Méduse.
L’aide des Cyclopes venus de Lycie lui permit de dresser les énormes blocs de calcaire de ses murailles. Son descendant Eurysthée put y régner grâce à la déesse Héra, qui sut tourner une prédiction de Zeus réservant ce trône à son fils Héraclès ; bien plus, le héros dut se mettre au service du roi, auquel, par ses travaux, il bâtit un empire en soumettant les pays d’alentour, Némée, Lerne, Stymphale, allant même en
Crète, où il dompta le taureau. Héra-clès mort, ses enfants s’en prirent à Eurysthée, et, pour sa défense, celui-ci fit appel à Atrée et à Thyeste, fils de Pélops (roi d’Élide, célèbre pour avoir été, par son père, servi en ragoût aux dieux), mais il succomba rapidement.
Le peuple de Mycènes confia alors le trône à l’aîné des Pélopides et Thyeste fut banni. Comme, néanmoins, il avait été l’amant de sa belle-soeur, Atrée le fit par ruse revenir auprès de lui, le ca-jola, puis lui servit au cours d’un banquet le corps de ses trois fils, bouillis et assaisonnés (après les avoir arrachés d’auprès de l’autel de Zeus). Thyeste, réfugié à Sicyone, eut de sa propre fille Pélopia un fils, qui fut adopté par Atrée (quand il eut, sans savoir qui elle était, épousé sa nièce). Cet enfant, Égisthe, devait tuer son oncle (ou grand-oncle) et permettre ainsi à Thyeste de revenir pour un temps sur le trône de Mycènes.
À l’époque de la guerre de Troie, Agamemnon, fils d’Atrée, maître de Mycènes, était le plus puissant des Achéens, une sorte de roi des rois, qui conduisit les troupes grecques à l’assaut de l’Asie. Il avait épousé Clytemnestre, après avoir tué son premier mari, Tantale, et son premier enfant, mais son cousin Égisthe profita de son absence pour revenir à Mycènes, y sé-
duire Clytemnestre. Dès son retour, le roi fut assassiné par sa femme (qui ne lui pardonnait pas d’avoir tué sa fille, Iphigénie, offerte en sacrifice à Arté-
mis, pour qu’elle consentît au départ vers Troie) et son amant, qui régnèrent sept ans sur Mycènes.
Au bout de ce temps, sur l’ordre
d’Apollon, Oreste revint au palais pour y venger son père, massacra sa mère et Égisthe, puis s’enfuit, poursuivi par la vengeance des déesses Érinyes, excé-
dées de la permanence des crimes en la maison des Atrides.
Quelques dizaines d’années après, le retour des Héraclides (descendants d’Héraclès), jadis chassés du Péloponnèse, multiplia les ruines en Argolide, et Mycènes fut détruite ; son empire se disloqua.
Si les mythes sont nombreux à
s’amasser au rocher de Mycènes, c’est que cette cité fut longtemps le centre d’une civilisation brillante, dont le souvenir glorieux put traverser sans s’af-fadir les sombres périodes du Moyen Âge de la Grèce.
L’Argolide des Achéens, en effet, avait pu entrer très tôt en rapport avec les marins de la Crète minoenne ; au XVe s. même, les Achéens avaient, à leur tour, franchi la mer et construit autour de Knossós un royaume. En
Grèce même, les Mycéniens avaient étendu leur influence, imposant peut-
être l’autorité de leur roi (ce qui paraît bien difficile à admettre), mais surtout leurs coutumes et leur art. Autour de Vafió (Vaphio) s’étendait un royaume laconien ; à Pylos régnait le sage Nestor ; à Athènes, à Thèbes, dans les îles abondent les souvenirs des rois. Partout se parlait le même grec, transcrit de la même façon à l’aide des signes empruntés à la Crète (écriture dite minoen linéaire B, déchiffrée par Michael Ventris et John Chadwick). En chacune des citadelles, qui, de terroir en terroir, en-grangeaient les récoltes et protégeaient le plat pays (toutes les ressources en étaient soigneusement comptabilisées au profit du roi, qui en inscrivait la nature sur des tablettes d’argile), s’élevait le palais royal, où vivait le wa-na-ka (en grec anax, souverain), flanqué du la-wa-ge-te (en grec lawagetas, chef du peuple chargé de conduire à la guerre les compagnons du roi, guerriers brillants et entraînés capables de mener des chars au combat).
Le monde mycénien mourut dans la
guerre au cours du XIIe s. ; lors de l’invasion des Doriens, les greniers à blé
brûlèrent, et, une fois dissous le pouvoir qui en maintenait l’administration, la Grèce tomba dans la division.
Le site de Mycènes
Dès le début du XXe s. av. J.-C., des hommes vinrent sur l’acropole, y creusant la fosse de leurs tombeaux, que les Achéens purent réutiliser à partir du XVIe s. Au XIVe s. furent bâties les fortifications de calcaire aux blocs cyclopiques, une muraille de 1 200 m de développement, qui pouvait atteindre 17 m de hauteur et suivait le haut des ravins. Dans la muraille, au fond d’un étroit couloir à ciel ouvert que pouvaient surveiller des défenseurs, fut percée la « porte des lions », formée de deux têtes affrontées à une colonne sur un triangle de décharge de 3 m de hauteur : c’est la première sculpture monumentale de la Grèce, prière à la déesse protectrice de la citadelle, blason de la royauté. Peu à peu, au cours des siècles, devant l’audace plus grande des raids des Doriens, les défenses se perfectionnèrent. Ne se contentant plus de leurs citernes, les rois firent, par un audacieux souterrain, capter la source Perseia.