Plus importants encore par leur
extension considérable dans le monde antique furent les mystères d’Isis et d’Osiris, qui se prolongèrent jusqu’au IVe s. apr. J.-C. et qui furent les dernières manifestations de l’antique
initiation égyptienne, dont le christianisme fit disparaître les vestiges.
Mystères phéniciens
de Baal
On peut constater une ressemblance entre ces pratiques sanglantes des Phé-
niciens et celles des Carthaginois, qui, selon Diodore de Sicile (Ier s. av. J.-C.), sacrifiaient à Saturne-Cronos des enfants en les précipitant dans une four-naise. On a découvert à Carthage une vaste installation où pendant plusieurs siècles on a déposé des urnes contenant des ossements calcinés d’enfants.
Ces sacrifices étaient appelés molcho-mor. Ce culte punique archaïque était pratiqué dans les sanctuaires de Baal Hammon. Il s’est prolongé dans les sanctuaires romains dédiés à Saturne, Dominas Sanctus Saturnus, selon l’inscription des stèles de N’gaous (fin du IIIe s. de l’ère chrétienne, région de Constantine). L’agneau et le chevreau ont été substitués ultérieurement à des victimes humaines.
Mystères grecs
Parmi les cultes mystérieux qui étaient célébrés en de nombreuses cités
grecques, ceux d’Éleusis, propres aux Athéniens, l’emportaient sur tous les autres. Leur fonction religieuse était à ce point importante que l’empereur Claude, selon Suétone, eut l’intention de transférer à Rome le siège de ce célèbre sanctuaire. Auguste, initié à Athènes, était l’un des hauts dignitaires de la hiérarchie éleusinienne.
Sous son règne, et en sa présence, un Indien, Zamoras, fut initié à Éleusis.
Ces mystères conservèrent leur réputation universelle jusqu’au temps de Justinien. Le sanctuaire, détruit une première fois par un incendie au IIe s. apr.
J.-C., fut dévasté par les Goths d’Alaric en 396. L’enseignement d’Éleusis gardait pourtant encore quelque prestige au Ve s., puisque le philosophe Syné-
sios (v. 370 - v. 415) se rendit alors à Athènes afin de se faire initier.
En dehors du sanctuaire d’Éleusis, d’autres mystères étaient célébrés dans l’Hellade :
— les mystères des Cabires, des Co-
rybantes ou des « grands dieux », célé-
brés surtout à Samothrace et qui ont eu une extension considérable, puisqu’on en a retrouvé des traces jusqu’en Irlande à l’époque romaine ;
— les mystères de Cronos et des
Titans ;
— les mystères de Zeus crétois ;
— les mystères d’Hécate à Égine, où l’on demandait à la déesse de protéger ses fidèles contre la folie ;
— les mystères d’Antinoos à
Mantinée ;
— les mystères d’Athéna à Athènes ;
— les mystères des Dioscures à
Amphissa ;
— les mystères d’Héra à Argos et à Nauplie ;
— les mystères de Dionysos en Crète, en Béotie, à Delphes, à Athènes et en bien d’autres lieux ;
— les mystères d’Aphrodite à Chypre ;
— les mystères des Muses à Athènes ;
— les mystères de Sagra et d’Halimonte en Attique ;
— les mystères de Déméter et de Perséphone, qui étaient célébrés dans toute la Grèce, notamment à Mégare, à Sparte, en Arcadie, où Pausanias (IIe s.
apr. J.-C.) signale un sanctuaire souterrain à Olympie, à Épidaure, à Corinthe et à Lerne.
Mystères romains
Il faut signaler d’abord l’importance du pythagorisme, de l’orphisme et de la religion dionysiaque dans la période mystique singulière qui se manifesta à Rome au début du IIe s. av. J.-C., après la deuxième guerre punique. Comme l’extase dionysiaque, l’ascèse pythagoricienne avait pour but d’exalter la puissance divine que possède la nature humaine, analogue, disaient les Orphiques, à celle des Titans, mauvaise comme celle de leurs ancêtres fabuleux, mais qui n’en gardait pas moins dans ses profondeurs un peu de la substance surhumaine absorbée par ces
êtres mythiques. La tâche de l’homme pendant sa vie mortelle était de développer l’intensité du rayonnement de cet élément divin. Du succès de ces efforts dépendait sa condition dans une autre existence.
Plus accessibles à la foule des
croyants que les hautes doctrines de l’orphisme et du pythagorisme, les mystères orgiaques du culte de Bacchus se célébraient la nuit ; le premier acte évoquait la descente aux Enfers et le rapt de Coré. Le dieu sauvage de la Thrace entraînait ses fidèles en des courses folles à travers la ville et les champs. Des beuveries, des chants, des danses, des actes luxurieux précédaient l’extase « enthousiaste », qui manifestait la force de Bacchus.
Les mystères isiaques, dont le culte devait connaître une vaste extension dans tout l’Empire, pénétrèrent dans Rome par le port commerçant de
Pouzzoles, probablement sous l’influence des navigateurs égyptiens, qui propagèrent dans toute la Méditerranée le mythe d’Isis et d’Osiris.
La synthèse religieuse qui accompagna la fin de l’Empire romain est, dans les mystères de Mithra, étroitement unie avec la science astronomico-astrologique de cette époque. Pour Franz Cumont (1868-1947), elle représente
« la forme religieuse de la cosmologie de ce temps, et, c’est à la fois sa force et sa faiblesse, les principes rigoureux de l’astrologie déterminent la conception qu’elle se fait du ciel et de la terre [...]
elle tend nettement au monothéisme
[...] le paganisme est devenu une école de moralité, le prêtre, un docteur et un directeur de conscience ».
R. A.
F Ésotérisme / Initiation / Magie / Mithra /
Occultisme.
P. Foucart, les Mystères d’Éleusis (A. Picard, 1914). / E. Dhorme et R. Dussaud, les Religions de Babylonie et d’Assyrie. Les religions des Hittites et des Hourrites, des Phéniciens et des Syriens (P. U. F., 1945 ; nouv. éd., 1950). /
C. Picard, les Religions préhelléniques (P. U. F., 1948). / Les Sociétés secrètes (Libr. gén. fr., 1970).
mystères (les)
et le théâtre
médiéval
Les mystères sont des pièces religieuses consacrées aux grands thèmes de l’Ancien et du Nouveau Testament ainsi qu’à la mort édifiante des saints chrétiens.
Généralités
Le terme de mystère (du latin ministe-rium, office) apparaît pour la première fois dans les lettres patentes par lesquelles le roi Charles VI accorde en 1402 le privilège exclusif à la Confré-
rie de la Passion de Paris de représenter dans cette ville « quelque mystère que ce soit, soit de la Passion et Résurrection, ou autre quelconque, tant de saints comme de saintes ». Généralement, les représentations de mystères se déroulaient au moment des grandes fêtes (Pâques, Pentecôte, Noël) pendant plusieurs journées, consécutives ou non, à raison de plusieurs heures par jour. Une représentation moyenne durait deux ou trois jours, mais certaines pouvaient se dérouler en vingt-cinq jours (Valenciennes, 1547) ou même quarante jours (Bourges, 1536).
Chaque journée était consacrée à un épisode particulier du thème traité.
Les confréries chargées de ces jeux se constituent surtout pendant le dernier quart du XIVe s., mais l’organisation d’un spectacle peut aussi être prise en charge par une association éphémère, réunie le temps d’une repré-
sentation. Ainsi les bourgeois de Saint-Marcel organisent-ils en 1540 un Jeu de saint Christophe. Aux XVe et XVIe s., l’organisation d’une représentation est surtout l’affaire des bourgeois les plus fortunés de la cité. Ces jeux coûtent en effet fort cher, et, dans la plupart des cas, marchands, corporations de mé-