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lyste qui regroupe des mythes d’origines hétéroclites. Ou bien il apparaît après, mais qui nous assure que l’opération du classement n’a pas d’influence sur lui ?

Tel est le sens des critiques émanant des mythologues les plus récents, agissant au nom d’une méthodologie géné-

rale, le structuralisme*.

Le structuralisme de Lévi-

Strauss :

« Anthropologie structurale »

(1958) ; Mythologiques I :

le Cru et le cuit (1964) ;

Mythologiques II :

Du miel aux cendres (1966) ;

Mythologiques III :

l’Origine des manières de table

(1968) ; Mythologiques IV :

l’Homme nu (1971)

Dans un article paru en 1955 et repris dans l’Anthropologie structurale, Lévi-Strauss, rejetant avec vigueur les écoles naturalistes, psychologiques et enfin psychanalytiques (notamment Jung) qui ont cherché à expliquer le mythe, propose une méthode géné-

rale, l’analyse structurale. Par la suite, il entreprend l’analyse des mythes amérindiens et aboutit à la rédaction des Mythologiques, où il pratique une analyse structurale des mythes : rapprochement de ce qui peut être considéré comme différentes versions d’un noyau mythique donné ; application d’une forme stricte aux résultats à l’aide d’équations logiques.

y Anthropologie structurale. On peut extraire d’abord de l’article recueilli dans l’Anthropologie structurale des éléments de définition, notamment deux antinomies que présente le

temps mythique :

1o La succession temporelle des évé-

nements du mythe et le caractère

apparemment imprévisible, à chaque fois, de ce qui va suivre s’opposent à l’universalité du contenu mythique, de ce qu’il veut dire : « Tout peut arriver dans un mythe ; il semble que la succession des événements n’y soit subordonnée à aucune règle de logique ou de continuité [...]. Pourtant, ces mythes, en apparence arbitraires, se reproduisent avec les mêmes carac-

tères et souvent les mêmes détails dans diverses régions du monde » ;

2o Si le temps des événements d’un mythe est bien passé (« autrefois il arriva que »), en revanche l’ensemble renvoie dans une autre direction et concerne en quelque sorte le diseur de mythe : « La valeur intrinsèque attribuée au mythe provient de ce que ces événements, censés se dérouler à un moment du temps, forment aussi une structure permanente. Celle-ci se rapporte simultanément au passé, au pré-

sent et au futur. »

Ces deux antinomies ont pour effet que le mythe est substantiellement de même nature que le langage : « Il est simultanément dans le langage et audelà. » Un tel axiome est fondamental.

Il explique notamment le recours à la méthode structurale, puisque aussi bien le structuralisme est en 1955 la théorie linguistique qui a donné le plus de preuves de sa fécondité. Il implique deux corollaires :

1o « Si les mythes ont un sens, celui-ci ne peut tenir aux éléments isolés qui entrent dans leur composition, mais à la manière dont ils sont combinés » ; 2o Les éléments constitutifs du mythe sont hiérarchisés comme le sont dans une structure linguistique les phonèmes, les morphèmes, les syntagmes et les phrases.

Deux caractéristiques font que le mythe n’est pas « indistinct de n’importe quelle forme de discours ». En premier lieu, c’est un récit qui peut être raconté par n’importe qui, qui peut être résumé, allongé en une suite de phrases dont la forme n’a pas d’importance, pourvu qu’on y trouve toujours la même succession de « sujets-prédicats », c’est-à-dire d’êtres quelconques dont il est dit quelque chose. La traduction d’un mythe dans une autre langue ne pose aucun des problèmes que soulève la traduction des textes littéraires :

« La valeur du mythe comme mythe

persiste en dépit de la pire traduction.

Quelle que soit notre ignorance de la langue et de la culture de la population où on l’a recueilli, un mythe est perçu comme un mythe par tout lecteur, dans le monde entier : la substance du mythe

ne se trouve ni dans le style, ni dans le mode de narration, ni dans la syntaxe, mais dans l’histoire qui y est racontée. » Cela permet à Lévi-Strauss de résoudre un problème classique, celui de la version authentique : « Nous pro-posons [...] de définir chaque mythe par l’ensemble de toutes ses versions.

Autrement dit : le mythe reste mythe downloadModeText.vue.download 88 sur 625

La Grande Encyclopédie Larousse - Vol. 14

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aussi longtemps qu’il est perçu comme tel [...]. On n’hésitera donc pas à ranger Freud après Sophocle au nombre de nos sources du mythe d’OEdipe. »

L’autre caractéristique du mythe, c’est qu’il possède une unité d’analyse supplémentaire par rapport au fait linguistique, le « mythème ». Celui-ci est constitué par les « paquets de relations », et « c’est seulement sous forme de combinaisons de tels paquets que les unités constitutives acquièrent une fonction signifiante ».

Voici, par exemple, la démarche

suivie par Lévi-Strauss pour l’étude du mythe grec d’OEdipe*. Première phase : réduction du mythe à des

phrases simples (sujet-prédicat) et inscription de chaque phrase sur une carte.

Seconde phase : manipulation de ces cartes jusqu’à ce qu’elles se regroupent entre elles suivant leurs points communs et répartition sur un plan à deux dimensions. Chaque colonne regroupe les cartes ayant des points communs, et l’ordre de haut en bas est chronologique, de sorte que l’histoire se lit d’abord de gauche à droite et de haut en bas. La signification de l’ensemble se déduit de l’opposition de ces sous-ensembles. Mais Lévi-Strauss n’exclut pas le recours à d’autres interprétations pour la signification d’une « colonne ».

Il utilise les résultats de la mythologie historique pour interpréter la colonne incluant la mise à mort de monstres (« Cadmos tue le dragon », « OEdipe immole le Sphinx »), en invoquant les travaux d’hellénistes (Marie Delcourt) qui ont établi l’existence d’un lien entre tous les monstres grecs et la terre (généralement la maternité). Il se

sert aussi des résultats de la mythologie comparée pour l’interprétation d’une autre colonne : le pied bot de celui qui sort de la Terre est un thème mythique qu’on trouve aussi bien chez les Grecs de l’Antiquité que chez les Pueblos et les Kwakiutls, ethnies amérindiennes sans rapport linguistique et anthropologique entre elles, et sans rapport géographique et historique avec les Grecs de l’Antiquité.

y Mythologiques. L’article de 1955

présentait incontestablement cer-

tains raccourcis de raisonnement et certaines affirmations dont la valeur venait surtout de leur force de frappe à l’égard d’adversaires. Plus contestable était l’utilisation trop strictement « textuelle » de la méthode

structurale, sans référence à l’expé-

rience ethnographique de quelque

ordre que ce soit, utilisation qui suppose une définition trop restrictive du mythe. Une réorientation s’imposait. Preuve en est une définition plus souple, presque pessimiste, que donne en 1962 Lévi-Strauss dans un parallélisme avec le totémisme : « La notion de « mythe » est une catégorie de notre pensée, que nous utilisons arbitrairement pour rassembler sous le même vocable des tentatives d’explication de phénomènes naturels, des oeuvres de littérature orale, des spé-