Выбрать главу

– 443 –

Ce n'était pas une arme, mais un objet qui le cloua un instant sur place.

Un coffret en cuivre pentagonal, de facture rudimentaire, couvert de vert-de-gris. Le couvercle ouvert. À l'intérieur, logés dans cinq compartiments capitonnés, cinq gros fers, munis d'un manche en bois. Langdon les connaissait tous.

ILLUMINATI, EARTH, AIR, FIRE, WATER.

Il redressa immédiatement la tête, craignant un coup en douce. L'autre attendait sans bouger, semblant prendre plaisir à ce petit jeu. Langdon se ressaisit, soutenant son regard, brandissant son arme de fortune. Mais ce coffret l'obsédait. Si les fers eux-mêmes étaient fascinants, c'est autre chose qui le tracassait, un détail qui suscitait chez lui un pressentiment funeste. Il jeta un nouveau coup d'œil sur la table.

Les cinq compartiments étaient répartis sur le pourtour de la boîte, mais il y en avait un autre, au centre. Vide, et clairement destiné à accueillir un sixième fer. . beaucoup plus grand, et parfaitement carré.

L'assaut se fit dans une sorte de brouillard.

Le tueur fondit sur lui comme un oiseau de proie. Langdon essaya de contre-attaquer, mais le barreau était lourd comme du plomb. Sa parade ne fut pas assez rapide et la brute l'esquiva, tout en s'emparant à deux mains de l'extrémité pointue de la tige.

Les deux hommes luttèrent violemment. L'Assassin était costaud, son bras blessé ne semblait pas le gêner. Langdon sentit la barre de fer lui échapper, déchirant la paume de sa main. L'instant d'après, c'est lui qui se trouvait menacé. De chasseur, il était devenu gibier.

Il eut l'impression qu'un cyclone s'abattait sur lui. L'Assassin tournait autour de la pièce, forçant Langdon à reculer contre le mur. — La curiosité est un vilain défaut, comme on dit chez vous...

Langdon était furieux d'avoir perdu l'avantage. Mais cette histoire de sixième fer le préoccupait toujours. Cela n'avait pas de sens.

— Je n'ai jamais rien lu sur le sixième fer des Illuminati, lâcha-t-il malgré lui.

– 444 –

— Cela m'étonnerait, ricana l'Arabe en le poursuivant le long du mur courbe.

Langdon était interloqué, et vexé. Les Illuminati n'avaient jamais utilisé que cinq fers... Il se plaqua contre le mur, cherchant désespérément un objet qui pourrait lui servir d'arme.

— L'union parfaite des anciens éléments, continua l'autre. Le dernier fer est le plus génial de tous, mais j'ai bien peur que vous ne le voyiez jamais.

Langdon sentait en effet qu'il n'avait plus le temps de voir grand-chose.

— Et vous l'avez vu, ce sixième fer? demanda-t-il, cherchant à gagner du temps.

— Peut-être aurai-je un jour cet honneur, quand j'aurai fait mes preuves.

Il lançait des petits coups de barre vers Langdon, comme un picador cherchant à exciter son taureau.

Langdon recula encore. Son adversaire le promenait le long du mur, vers une destination inconnue. Laquelle? Il ne pouvait pas se permettre de regarder derrière lui.

— Où est-il, ce sixième fer?

— Pas ici. C'est Janus qui le détient. Lui seul sait où il se trouve.

Ce nom ne disait rien à Langdon.

— Janus?

— Le chef des Illuminati. Il ne va pas tarder.

— Il va venir ici?

— Oui, pour le dernier marquage.

Langdon jeta un regard effrayé à Vittoria. Elle avait l'air étonnamment calme, les yeux fermés au monde qui l'entourait, respirant lentement... profondément. Serait-ce elle la dernière victime? Ou lui-même?

— Vous êtes bien vaniteux! railla l'Assassin. Elle et vous ne comptez pas. Vous allez mourir, c'est certain. Mais la dernière victime des Illuminati est un ennemi véritablement dangereux.

Langdon s'efforça de décoder la menace. Un ennemi vraiment dangereux? Le pape était mort, les quatre cardinaux aussi, tous éliminés par la société secrète. La réponse se lisait dans les yeux du tueur.

Le camerlingue.

– 445 –

Le père Ventresca était le seul espoir qui restait à l'Église dans cette terrible crise. Ce soir-là, il était allé plus loin dans la condamnation des Illuminati que personne ne l'avait fait depuis longtemps. Ils lui en feraient payer le prix.

— Vous n'arriverez jamais à vous emparer de lui.

— Moi pas. C'est à Janus que revient cet honneur.

Langdon continuait à longer le mur sous la menace de la pointe rouillée.

— C'est le chef des Illuminati qui marquera au fer le camerlingue?

— Le privilège du pouvoir...

— Mais personne ne peut entrer dans le Vatican ce soir!

— Sauf sur rendez-vous...

La seule personne attendue était ce fameux bon Samaritain de la onzième heure — celui dont Rocher pensait qu'il avait des informations...

Langdon s'arrêta net. Mon Dieu!

Le tueur afficha un sourire satisfait, visiblement réjoui par la découverte effrayante de Langdon.

— Moi aussi, je me suis demandé comment Janus pourrait pénétrer dans l'enceinte. Et puis j'ai écouté la radio dans ma camionnette... Le Vatican se prépare à l'accueillir à bras ouverts.

Langdon faillit perdre l'équilibre. Le mystérieux visiteur n'est autre que Janus! Quelle supercherie inimaginable! On le conduirait en grande pompe jusqu'aux appartements pontificaux.

Mais comment avait-il réussi à duper Rocher? À moins que le capitaine ne soit complice? Langdon frissonna. Depuis sa captivité inexplicable dans la salle des Archives, il n'avait en Rocher qu'une confiance modérée. L'Assassin lui piqua le flanc de sa lance.

Furieux, Langdon recula d'un bond.

— Votre Janus n'en sortira pas vivant!

— Il est des causes qui valent qu'on meure pour elles.

Le tueur ne plaisantait pas. La visite de Janus au Vatican était une mission suicide. Une question d'honneur? Langdon reconstitua mentalement le cercle infernal de cette histoire. Le prêtre que les Illuminati avaient mis au pouvoir en assassinant le pape était devenu leur adversaire. Et sa destruction par leur chef constituerait l'apothéose de leur vengeance.

– 446 –

Brusquement, Langdon ne sentit plus le mur derrière lui. Une bouffée d'air frais lui balaya le dos. Il reculait dans l'obscurité. Le balcon! Voilà son objectif!

Il devinait le précipice qui s'ouvrait dans son dos, la chute de trente mètres dans la cour du donjon. Sans perdre une seconde, l'Assassin fonça brutalement sur lui, la barre de fer dirigée sur son estomac. Langdon sauta d'un pas vers l'arrière et la pointe l'effleura. À la deuxième attaque, il recula encore. Son dos heurta la balustrade. Certain que le prochain coup serait le bon, il paria sur l'absurde. Il se tourna sur le côté et saisit la barre de fer d'une main

— sa main blessée. Et il tint bon.

L'Assassin ne broncha pas. Ils s'affrontèrent tous les deux, chacun tenant une extrémité du barreau rouillé. L'haleine fétide du tueur effleurait les narines de Langdon. La barre commençait à lui glisser des mains. Il ne pouvait rivaliser avec la force de son adversaire. En désespoir de cause, il lança une jambe en avant et tenta d'écraser sous le sien le pied blessé de l'agresseur.

L'homme était un professionnel du combat, il recula sa jambe gauche à temps.

Langdon venait de jouer sa dernière carte. Et il avait perdu.