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« . . femme enflammée par le feu de la passion. . »

Il lui suffit de regarder le croquis pour se convaincre tout à fait.

La flèche brandie par l'angelot. . « Les anges guident votre noble quête. » Le personnage lui-même était judicieusement choisi.

C'était un séraphin, et « saraph » en hébreu signifie brûler.

Robert Langdon n'était pas homme à demander de confirmation divine à ses intuitions, mais lorsqu'il lut le nom de l'église où se trouvait la statue, il se demanda s'il n'allait pas se convertir.

Santa Maria della Vittoria.

On atteignait la perfection dans le double sens.

Il se releva avec difficulté, saisi d'un étourdissement. Levant les yeux vers l'échelle, il hésita à remettre le livre à sa place. Au Diable! se dit-il. Le père Jaqui s'en chargera. Il déposa soigneusement le volume au pied de l'étagère.

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En retrouvant son chemin vers la lueur provenant de la porte électronique, il respirait parcimonieusement, tout de même revigoré par sa bonne fortune.

Elle le quitta avant qu'il franchisse le seuil de la salle.

Sans avertissement, l'éclairage faiblit et le bouton lumineux de la porte s'éteignit. Puis, comme un énorme animal rendant son dernier souffle, le compartiment se retrouva plongé dans une obscurité totale. Quelqu'un venait de couper le courant.

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85

Les grottes vaticanes qui s'étendent sous la basilique Saint-Pierre abritent les tombeaux de tous les papes défunts.

Arrivée au bas de l'escalier en spirale, Vittoria pénétra dans un tunnel sombre qui lui rappela l'obscurité glaciale du grand collisionneur du CERN. La lueur des lampes torches lui conférait un aspect immatériel. Les deux parois étaient creusées de niches, où l'on devinait les formes massives de sarcophages.

Elle frissonna. C'est le froid, se dit-elle. Mais ce n'était vrai qu'en partie. Elle avait l'impression d'être surveillée. Non par un être en chair et en os, mais par des spectres tapis dans les ténèbres. Chacun des tombeaux était surmonté d'un gisant de marbre, revêtu de vêtements pontificaux, les bras croisés sur la poitrine. Les corps semblaient émerger de leurs cercueils de pierre, comme s'ils cherchaient à échapper aux chaînes de la mort.

Au passage de la procession des lampes, ces silhouettes prostrées jaillissaient de l'ombre avant de disparaître, comme dans une danse macabre en ombres chinoises.

Le groupe avançait dans un silence dont Vittoria se demandait s'il était plus craintif que respectueux. Le camerlingue marchait les yeux fermés, comme s'il connaissait chaque pas de ce parcours sinistre. Il devait avoir rendu de nombreuses visites au pape défunt, venant sans doute chercher conseil au pied de son tombeau.

« J'ai travaillé sous la tutelle de l'évêque pendant de longues années. Il est le seul père que j'aie connu. » Le cardinal avait pris le jeune orphelin sous son aile, et en avait fait son camerlingue lorsqu'il avait été promu au pontificat.

Cela explique bien des choses, pensait Vittoria. Douée d'une fine intuition, elle percevait les émotions des gens qu'elle rencontrait, et depuis ce matin elle sentait chez Ventresca une angoisse qui dépassait l'anxiété due à la menace de destruction du Vatican. Elle devinait derrière son calme d'homme de foi une personne en proie à des tourments intimes. Son instinct ne l'avait pas trompée. Il n'avait pas seulement perdu son maître, mais aussi

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son père, et c'est sans lui qu'il devait résoudre la crise la plus grave que l'Église romaine ait jamais connue. Il volait en solo...

Les gardes ralentirent leur marche, comme hésitant sur l'endroit où était enterré leur dernier pape. Le camerlingue avança d'un pas décidé vers un tombeau de marbre plus brillant que les autres. En reconnaissant le visage du gisant qu'elle avait si souvent vu à la télévision, Vittoria fut saisie d'une soudaine frayeur. Que sommes-nous en train de faire?

— Je sais que le temps presse, dit le camerlingue, mais je vous demande de respecter un instant de prière.

Tous les gardes suisses inclinèrent la tête et Vittoria les imita, le cœur battant. Le père Ventresca s'agenouilla devant le tombeau et pria à voix haute. Les yeux de la jeune femme se remplirent de larmes... elle aussi pleurait son père adoptif...

son mentor. Elle aurait pu faire siennes les paroles qu'elle entendait.

— Très Saint-Père, mon conseiller, mon ami. Quand j'étais enfant, tu me disais que la voix qui venait de mon cœur était celle de Dieu. Tu m'as appris à la suivre jusque dans ses chemins les plus escarpés. C'est cette voix qui me parle maintenant, exigeant de moi une tâche impossible. Donne-moi la force de lui obéir. Accorde-moi ton pardon. Ce que je vais faire... je le ferai au nom de la foi. Amen.

— Amen, murmurèrent les gardes à l'unisson. Amen, père, pensa Vittoria en s'essuyant les yeux. Ventresca se releva lentement et recula de quelques pas:

— Faites pivoter le couvercle sur le côté.

Les gardes hésitaient.

— Mon père, finit par dire l'un d'eux, la loi nous ordonne d'exécuter vos ordres. Nous ferons ce que vous nous demandez...

Le camerlingue avait lu dans ses pensées.

— Je vous demanderai un jour pardon de vous avoir imposé cette situation, mais aujourd'hui, vous devez m'obéir. Les lois du Vatican ont été instaurées pour la protection de l'Église, et c'est dans cet esprit que je vous ordonne de les enfreindre.

Après un long silence, le chef des gardes fit un geste, et les trois hommes posèrent leur lampe torche sur le sol, projetant

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leurs ombres sur la voûte au-dessus d'eux. Dans la lumière rasante, ils s'avancèrent vers le tombeau, agrippèrent à deux mains la pierre du couvercle à hauteur de la tête du gisant, et écartèrent légèrement les jambes pour assurer leur appui. Au signal donné par le chef, ils poussèrent tous en même temps. La lourde dalle ne bougea pas, et Vittoria se prit à souhaiter qu'ils n'y parviennent pas.

Une deuxième tentative, sans résultat.

Ancora, ordonna le camerlingue.

Relevant les manches de sa soutane, il se glissa auprès des gardes.

Ora !

Ils poussèrent la pierre tous les quatre, dans un même effort.

Vittoria allait leur proposer son aide quand le couvercle commença à glisser sur le tombeau. Ils poussèrent à nouveau, et dans un crissement de meule, la dalle pivota en travers du tombeau.

Les quatre hommes reculèrent.

Un garde se pencha pour ramasser sa lampe et, d'une main tremblante, la dirigea vers l'orifice dégagé. Il crispa la main sur sa torche et le faisceau lumineux se stabilisa. Vittoria sentit les gardes frémir dans l'obscurité. L'un après l'autre, ils se signèrent.

Secoué de frissons, le dos courbé, le camerlingue se pencha sur le tombeau. Il resta un long moment immobile avant de se détourner.

Vittoria craignait que la bouche du cadavre ne soit fermée, et qu'il ne faille fracturer les mâchoires pour l'ouvrir. Elle comprit que ce ne serait pas nécessaire. Les joues du pontife s'étaient complètement relâchées et sa bouche était béante.

Sa langue était noire comme du charbon.

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Obscurité totale. Silence complet.

Les Archives secrètes étaient devenues occultes.

La peur est un aiguillon efficace. Langdon se dirigea en tâtonnant vers la porte pivotante, trouva le bouton sur le mur et le frappa énergiquement du plat de la main. Rien. Une deuxième fois.

Aucune réaction.

Il appela de toutes ses forces, mais sa voix s'étrangla dans sa gorge. Le sentiment de danger se matérialisait rapidement.

L'adrénaline lui coupait le souffle, tout en accélérant son rythme cardiaque. Son plexus était bloqué comme s'il avait reçu un coup de poing dans le ventre.