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Il se projeta de tout son poids contre la porte et crut un instant qu'elle avait bougé. Il recommença. Complètement sonné par le choc, il réalisa que ce n'était pas la porte qui tournait, mais toute la pièce autour de lui. Il recula de quelques pas et, trébuchant contre le montant d'une échelle, tomba brutalement en avant, se cognant le genou contre un rayonnage. Il se releva en jurant et saisit des deux bras les montants de l'échelle.

Elle n'était malheureusement pas en bois massif, mais en aluminium léger. Il la fit basculer à l'horizontale et s'élança vers la cloison de verre, armé de son bélier de fortune. Le mur était plus proche qu'il ne pensait. L'échelle heurta sa cible, et rebondit. Au bruit sourd de la collision, Langdon comprit qu'il lui faudrait bien plus que cela pour arriver à briser un verre aussi épais.

Il pensa soudain au semi-automatique que lui avait confié Olivetti - pour se rappeler aussitôt que le commandant le lui avait repris dans le bureau du pape, en expliquant qu'il ne voulait pas d'arme dans l'entourage du camerlingue. Sur le coup, cela paraissait logique.

Il poussa un deuxième hurlement, encore plus étouffé que le précédent.

Puis il se souvint du talkie-walkie que le garde avait laissé sur une table avant d'entrer dans le compartiment. Mais pourquoi ne l'ai-je pas apporté ici? Des points blancs commençaient à danser, devant ses yeux. Il se força à réfléchir. Cela t'est déjà arrivé. Tu as

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survécu à pire situation. Tu n'étais qu'un gosse et tu as trouvé le moyen de t'en sortir. Réfléchis!

Il s'allongea sur le dos, les bras le long du corps. La première chose à faire était de se détendre. Se détendre. Se ménager. Se contrôler.

Cesser de s'agiter. Les battements de son cœur ralentissaient déjà. Un truc qu'utilisent les nageurs de compétition pour oxygéner leur sang entre deux épreuves rapprochées.

Il y a tout ce qu'il faut comme oxygène ici, se dit-il.

Largement. Et maintenant, réfléchis. Il attendit un moment, espérant vaguement que la lumière allait revenir. Il n'en fut rien. Sa respiration s'améliorait et il se sentait bizarrement résigné. Paisible. Il lutta contre l'envie de se laisser aller.

Allez, mon vieux, agis!

Mais comment...?

La montre Mickey luisait à son poignet: 21 h 33. À peine une demi-heure avant le rendez-vous avec le Feu. Il avait eu l'impression d'avoir beaucoup plus de temps devant lui. Mais, au lieu de réfléchir au moyen de se sortir de ce piège à rats, son cerveau cogitait pour trouver une explication. Qui a coupé le courant? Rocher a-t-il décidé d'élargir les recherches du conteneur d'antimatière? Mais, dans ce cas, Olivetti l'aurait averti que j'étais ici! À ce stade, les réponses n'avaient plus d'importance.

Il ouvrit la bouche au maximum et renversa la tête en arrière pour respirer le plus profondément possible. Chaque inspiration était moins brûlante que la précédente. Ses idées s'éclaircissaient. Il força son cerveau à travailler.

Une paroi de verre, mais bougrement épaisse.

Il se demanda s'il n'y avait pas ici de grosses armoires ignifugées pour certains livres précieux. Il en avait vu dans d'autres centres d'archivage, mais pas dans cette salle. Et il perdrait un temps fou à en chercher une à tâtons. De toute façon, affaibli comme il l'était, il serait incapable de la déplacer.

La table de lecture? Il y en avait une, au centre des rangées d'étagères. Et alors? Il n'arriverait pas à la soulever non plus. Et

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même s'il arrivait à la traîner sur le sol, elle ne passerait jamais dans les allées séparant les rayonnages.

Les allées sont trop étroites...

Une idée surgit.

Mû par un accès de confiance subite, Langdon se leva beaucoup trop rapidement. Il chancela, pris de vertige. Tendit les bras en avant pour trouver quelque chose à quoi se raccrocher. Sa main heurta une étagère. Il attendit un instant pour reprendre son souffle. Il allait avoir besoin de toutes ses forces.

Il se plaça devant la bibliothèque, comme un joueur de foot à l'entraînement, et poussa le plus possible. Si j'arrive à la faire basculer.. Mais c'est à peine s'il la sentit bouger. Il se remit en position et recommença. Ses pieds glissaient vers l'arrière. Le métal grinça mais la bibliothèque tint bon.

Il lui fallait un levier.

Il retourna vers la paroi de verre tâtonnant pour trouver le fond du compartiment. Son épaule s'écrasa contre le mur.

Laissant échapper un juron, il se glissa derrière la première bibliothèque et la saisit des deux mains par les montants, à hauteur de sa tête. En appuyant un pied contre la cloison derrière lui, et l'autre sur l'étagère inférieure, il entreprit d'escalader les premiers rayons. Les livres dégringolaient, s'écrasaient ouverts au sol, mais c'était le cadet de ses soucis. L'instinct de survie avait pris le dessus sur le respect des archives. Comme l'obscurité perturbait son sens de l'équilibre, il ferma les yeux pour forcer son cerveau à ignorer les données visuelles pendant la suite de son ascension. Plus il montait, plus l'oxygène se raréfiait. Il atteignait les derniers rayonnages, prenant appui sur les livres pour projeter son corps vers le haut. Comme un alpiniste à l'assaut d'une paroi rocheuse, il saisit à deux mains les montants de la bibliothèque et se hissa le plus haut possible. Enfin, il tendit les jambes en arrière et fit monter à reculons ses pieds le long du mur de verre, jusqu'à ce que ses jambes se trouvent pratiquement à l'horizontale.

C'est maintenant ou jamais, Robert! Vas-y, comme si c'était la barre d'appui du gymnase de Harvard. Il appuya ses pieds contre la cloison, tendit les bras sur l'étagère et, la poitrine en avant, poussa de toutes ses forces. Sans le moindre résultat.

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Luttant contre l'étouffement, il se remit en position et fit une nouvelle tentative. L'étagère s'ébranla, très faiblement. Une autre poussée, et elle s'inclina de quelques centimètres vers l'avant, avant de retomber en place. Profitant du mouvement de bascule, il prit une grande inspiration qui lui parut vide d'oxygène, et projeta tout son poids sur le meuble, qui tangua plus nettement.

Maintiens ce rythme de balancier, en l'accentuant un peu plus chaque fois..., se dit-il.

Il continua ainsi, étirant de plus en plus les jambes à chaque poussée. Ses quadriceps chauffaient. Le pendule était lancé.

Encore trois coups...

Il n'en fallut que deux.

Il y eut un instant d'apesanteur incertaine. Puis, dans une bruyante dégringolade de livres, Langdon et l'étagère plongèrent vers l'avant.

A mi-course, le meuble heurta celui qui lui faisait face.

Pour le renverser lui aussi, Langdon projeta son poids vers l'avant, solidement agrippé aux montants du premier. Après un instant de panique immobile, il entendit le métal grincer et il plongea à nouveau.

Tels d'énormes dominos, les rayonnages s'effondrèrent l'un sur l'autre dans un claquement métallique. Les livres tombaient en désordre de tous côtés. Langdon poussait toujours son bouclier devant lui, comme le cliquet sur la roue dentée d'un mécanisme d'horlogerie. Combien y avait-il d'étagères jusqu'à la porte? Et quel pouvait être leur poids cumulé? La cloison de verre est sacrément épaisse...

Il était presque à plat ventre sur la première étagère quand il entendit ce qu'il espérait — loin devant, à l'autre extrémité de la crypte. Le son net et aigu du métal contre le verre. Toute la salle trembla sous le choc. La dernière bibliothèque, portant sur elle le poids de toutes les autres, avait heurté la porte. Ce qui suivit remplit Langdon d'effroi.