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Olivetti n'appuya pas une seule fois sur la pédale de frein. La voiture se faufilait à toute allure dans la circulation. Langdon se serait évanoui de frayeur s'il n'était encore anesthésié par sa laborieuse évasion. Seule la plaie de sa main lui rappelait où il était.

La sirène retentissait au-dessus de sa tête. Quelle mauvaise idée d'annoncer notre arrivée!. . Mais elle leur permettait de maintenir une moyenne inespérée. Sans doute Olivetti la débrancherait-il en arrivant dans le quartier de Santa Maria della Vittoria.

La nouvel e de l'empoisonnement du pape était enfin parvenue à la conscience de Langdon. Pour inconcevable qu'il fût, cet assassinat lui semblait parfaitement logique. L'infiltration avait toujours fait partie de la stratégie des Illuminati, un moyen de manipuler le pouvoir de l'intérieur. Et ce n'était pas la première fois qu'un pape était assassiné. Les rumeurs de trahisons et de meurtres n'avaient pas manqué dans l'Histoire, sans qu'on ait jamais pu les confirmer, faute d'autopsie. Récemment encore, un groupe d'universitaires avait obtenu l'autorisation de radiographier le tombeau du pape Célestin V, dont on prétendait que c'était Boniface VIII, son zélé successeur, qui l'avait supprimé. Les chercheurs espéraient que les rayons X révéleraient une trace quelconque d'un acte criminel, ne serait-ce qu'une fracture osseuse. Et on avait

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trouvé, planté dans le crâne pontifical, un clou de vingt-cinq centimètres de long!

Langdon se souvint également d'une série de coupures de presse que lui avait envoyées un groupe de mordus des Illuminati.

Croyant d'abord à un canular, il avait commencé par faire expertiser les articles en question au centre de microfilms de Harvard. À sa grande surprise, ils étaient authentiques. Il les avait alors exposés sur le tableau d'affichage de son bureau, pour illustrer la naïveté de certains organes de presse tout à fait respectables, dès qu'il s'agissait d'évoquer les complots des Illuminati. Les soupçons soulevés par ces journaux lui paraissaient aujourd'hui nettement plus fondés. Il les avait encore clairement en tête:

BRITISH BROADCASTING CORPORATION

14 juin 1998

« Le pape Jean Paul Ier, décédé en 1978, aurait été victime d'un complot de la loge maçonnique P2. . La société secrète aurait décidé de le supprimer en apprenant l'intention manifestée par le nouveau pontife de remplacer Mgr Marcinkus à la présidence de la Banque du Vatican. L'institution financière se trouvait en effet impliquée dans des tractations douteuses avec la loge maçonnique... »

NEW YORK TIMES

24 août 1998

« Pourquoi le défunt Jean Paul Ier portait-il une chemise de jour lorsqu'on l'a retrouvé mort dans son lit? Pourquoi cette dernière était-elle déchirée? Les questions ne s'arrêtent pas là. Aucun examen médical n'a eu lieu. Le cardinal Villot se serait opposé à l'autopsie, cet acte médico-légal étant interdit sur la personne d'un souverain pontife. Et les médicaments que prenait le pape avaient mystérieusement disparu de sa table de chevet, ainsi que ses lunettes, ses pantoufles et son testament. »

LONDON DAILY MAIL

27 août 1998

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«... un complot impliquant une puissante loge maçonnique, illégale et dangereuse, dont les tentacules s'étendaient jusqu'au sein du Vatican. »

Le téléphone portable de Vittoria sonna dans sa poche, tirant Langdon de ses réflexions.

Il reconnut à distance la voix mécanique de l'interlocuteur.

— Vittoria? Ici Maximilian Kohler. Avez-vous trouvé l'antimatière?

— Max? Vous allez bien?

— J'ai vu les informations télévisées. On n'y parlait pas de l'antimatière ni du CERN. C'est une bonne chose. Où en êtes-vous, de votre côté?

— Ils n'ont pas encore mis la main sur le conteneur. La situation est complexe. Robert Langdon s'est révélé une aide précieuse. Nous avons une piste sérieuse pour l'assassin des cardinaux. En ce moment même, nous sommes...

Olivetti l'interrompit:

— Vous en avez assez dit, mademoiselle Vetra.

Elle plaqua une main sur le téléphone et répondit avec irritation:

— Commandant, c'est le directeur du CERN. Il me semble qu'il a le droit...

— Son seul droit serait d'être ici à gérer la crise. Vous utilisez une ligne de téléphone ouverte. Je vous demande de ne pas en dire plus.

Vittoria respira un grand coup.

— Max?

— J'ai sans doute une information pour vous. Sur votre père... Je pense savoir à qui il a parlé de l'antimatière.

Le visage de Vittoria s'assombrit.

— Mon père m'a dit qu'il n'en avait parlé à personne!

— J'ai bien peur que ce ne soit faux. Mais je dois d'abord vérifier les rapports de sécurité. Je vous rappellerai dès que possible.

La liaison fut interrompue.

Blanche comme un linge, Vittoria remit son portable dans sa poche.

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— Un problème? demanda Langdon.

Elle secoua la tête, mais ses mains tremblaient.

Olivetti débrancha la sirène et vérifia l'heure à sa montre:

— L'église Santa Maria della Vittoria est proche de la Piazza Barberini. Nous avons neuf minutes.

En apprenant où se trouvait L'Extase de sainte Thérèse, le nom de la place avait rappelé quelque chose à Langdon, sans qu'il pût dire quoi. Le souvenir revenait maintenant. Elle abritait une station de métro dont la construction avait été très contestée une vingtaine d'années auparavant. Les archéologues contestaient la construction d'une gare souterraine, craignant que les travaux ne provoquent la chute du lourd obélisque situé au centre de la place. Et les urbanistes avaient décidé de déplacer le monument, pour le remplacer par la fontaine du Triton.

À l'époque du Bernin, il y avait un obélisque sur cette place!

Si Langdon avait encore des doutes quant au troisième jalon des Illuminati, voilà qui les dissipait définitivement.

Avant le dernier pâté de maisons précédant la place, Olivetti s'engagea dans une petite ruelle où il gara brutalement la voiture. Il enleva sa veste, remonta ses manches et chargea son arme.

— On vous a vus tous les deux à la télévision, vous ne pouvez pas prendre le risque qu'on vous reconnaisse. Vous allez vous poster discrètement au fond de la place et vous surveillerez l'entrée de la façade de l'église. Je vais y entrer par l'arrière. Tenez, au cas où...

Il sortit de sa poche le pistolet et le tendit à Langdon, qui le glissa dans sa poche de poitrine en faisant la moue. Il s'aperçut alors qu'il avait oublié de laisser aux Archives le texte original de Galilée et imagina la crise cardiaque qui terrasserait le conservateur des Archives du Vatican, s'il apprenait que ce document inestimable se baladait comme un plan de Rome dans la poche d'un touriste. Mais en se rappelant l'indescriptible chaos de livres épars et de verre brisé qu'il avait laissé derrière lui, il se dit que le conservateur aurait bien d'autres soucis. Si tant est, d'ailleurs, qu'il y ait encore des archives après minuit...

En sortant de la voiture, Olivetti leur montra du doigt l'extrémité de la ruelle:

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— La place est par-là. Ouvrez grands les yeux sans vous faire remarquer. Mademoiselle Vetra, refaisons le test d'appel automatique.

Vittoria sortit son portable de sa poche et appela le numéro qu'elle avait mémorisé au Panthéon. Le vibreur d'Olivetti se déclencha.

— Parfait, fit le commandant. Informez-moi du moindre détail insolite. Je ferai le guet dans l'église, et je ne le raterai pas, ce sauvage, ajouta-t-il en armant son semi-automatique.

Au même moment, un autre téléphone portable sonnait non loin de là. L'Assassin répondit:

— Parlez.

— C'est moi, dit la voix. Janus.