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Lo conoscevate? demanda Vittoria d'une voix pressante.

Vous le connaissiez?

Les deux femmes secouèrent la tête. C'était un straniero maleducato, il avait forcé tous les fidèles à sortir, même le jeune curé et son sacristain, qui avaient menacé d'appeler la police. Mais l'étranger s'était contenté de leur rire au nez et de leur conseiller de ne pas oublier leurs caméras.

— Des caméras? répéta Langdon.

Les deux vieilles femmes repartirent en grommelant contre le bar-arabo qui les avait délogées de leur lieu de prière.

Bar-arabo? demanda Langdon à Vittoria. Un barbare?

— Pas exactement, répondit-elle d'une voix tendue. C'est un mauvais jeu de mots raciste. Arabo signifie arabe.

Langdon frissonna et se retourna vers l'église. Son regard fut attiré par l'un des vitraux. Une vision lui glaça le sang.

Sans dire un mot, il saisit le bras de Vittoria et lui montra d'une main tremblante les fenêtres de l'église. Elle poussa un cri étouffé.

À travers le vitrail, perçait la lueur diabolique d'un début d'incendie.

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Langdon et Vittoria se ruèrent vers l'entrée principale de l'église. Le portail en bois était fermé. Vittoria tira trois coups de feu avec le semi-automatique d'Olivetti, et l'antique serrure vola en morceaux.

Il n'y avait pas de narthex, et tout l'espace intérieur de l'édifice s'offrit à leurs yeux lorsqu'ils poussèrent la porte. Le spectacle était tellement inattendu, tellement bizarre que Langdon cligna des yeux pour s'assurer qu'il ne rêvait pas puis il contempla la scène.

Dans une somptueuse décoration baroque, illuminant les dorures des murs et des autels, un bûcher impressionnant, fait de bancs d'église empilés sous la coupole du transept, brûlait un feu d'enfer. Le regard de Langdon remonta vers le haut de l'étrange échafaudage, et l'horreur de la scène le cloua sur place.

Au-dessus de sa tête, deux câbles d'encensoir détournés de leur fonction étaient tendus d'un bout à l'autre du plafond. Le corps d'un homme y était suspendu.

Nu, les bras en croix. Les poignets attachés à chacun des deux câbles, il avait été hissé le plus haut possible, à la limite de l'écartèlement sur une croix invisible, vieil oiseau décharné, crucifié en plein vol.

Paralysé par l'épouvante, Langdon découvrit alors le comble de l'abomination. Le vieillard était vivant, ses yeux terrifiés imploraient de l'aide. Sur sa poitrine, un motif charbonneux, imprimé au fer rouge dans sa chair. Sans pouvoir le distinguer, Langdon devinait ce qu'il représentait. Les flammes du bûcher commençaient à lécher les pieds du supplicié, qui poussa un hurlement, le corps secoué de tremblements.

Poussé par une force surnaturelle, Langdon remonta la nef en courant. Ses poumons s'emplissaient peu à peu de fumée. À trois mètres de l'incendie, la chaleur insupportable l'arrêta comme un mur. Il sentit roussir la peau de son visage et recula, les mains devant les yeux. Il tomba brutalement sur le dallage de marbre. Il se releva et s'élança de nouveau, se protégeant le visage des deux mains. Pour s'arrêter presque aussitôt.

Il ne pourrait pas avancer plus près du brasier.

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Reculant à nouveau, il parcourut du regard les murs de l'église, à la recherche d'une grande tapisserie. Si j'arrivais à étouffer les flammes...

Réfléchis un peu, Robert! Oublie les tapisseries! Tu es dans une église baroque, pas dans un château médiéval! Il se força à lever les yeux vers le vieil homme.

Les flammes et la fumée tourbillonnaient sous la coupole. Les câbles qui serraient les poignets du cardinal, passés dans deux poulies fixées au plafond, redescendaient le long des murs où ils étaient fixés par des taquets métalliques. Langdon les observa. Ils étaient rivés relativement haut, mais s'il pouvait en atteindre un seul et libérer le câble, le cardinal basculerait en dehors du bûcher.

Le feu s'emballait. Les flammes montèrent brusquement et il entendit un cri perçant au-dessus de sa tête. Les pieds du vieillard commençaient à se couvrir de cloques. Il allait brûler vif.

Langdon se précipita vers le taquet le plus proche.

Agrippée au dossier d'un banc au fond de l'église, Vittoria tentait de reprendre son souffle, se forçant à ne pas regarder l'horrible spectacle. Fais quelque chose! Mais où était passé Olivetti? Avait-il vu l'assassin? L'avait-il arrêté? Elle commençait à remonter la nef pour aller aider Langdon quand un bruit la figea sur place.

Une vibration métallique, qui couvrait presque le crépitement des flammes. Tout près d'elle. Une pulsation régulière qui semblait provenir des bancs sur sa gauche. Un cliquetis rapide, un peu comme une sonnerie de téléphone, mais plus sourd, plus rauque.

Serrant le pistolet dans la main droite, elle s'engagea à gauche entre deux rangées de bancs. La vibration venait de plus loin. Du bascôté de la nef, au-delà de la rangée de bancs. Vittoria s'aperçut alors qu'elle tenait quelque chose dans la main gauche. Son téléphone portable. Elle avait oublié qu'elle avait appelé Olivetti juste avant d'entrer dans l'église. Elle le porta à son oreille. Il sonnait toujours. Le commandant n'avait pas répondu. La peur au ventre, elle comprit l'origine du bruit qu'elle entendait. Elle s'avança, tremblante.

Le sol se déroba sous ses pieds quand elle vit le corps d'Olivetti sans vie allongé sur le dallage. Il ne saignait pas, il ne portait pas de trace de coups. Rien que l'atroce orientation de la

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tête... retournée à 180 degrés. Des images de son père adoptif mutilé lui jaillirent à l'esprit.

Le téléphone d'Olivetti vibrait sur le marbre à côté de lui.

Vittoria éteignit le sien et la sonnerie s'arrêta. Un autre son parvint alors à ses oreilles. Celui d'une respiration toute proche, dans son dos. Elle fit volte-face, pistolet levé, mais elle savait qu'il était trop tard. Un rayon laser brûlant lui traversa le corps, du haut du crâne à la plante des pieds, quand le coude du tueur s'abattit sur sa nuque.

Elle eut le temps d'entendre sa voix:

— Maintenant, tu es à moi.

Et tout devint noir.

Perché sur un banc posé en équilibre sur plusieurs autres, Langdon essayait d'attraper le taquet où s'enroulait le câble d'encensoir. Il était encore à deux mètres au-dessus de lui. Ces mécanismes, que l'on trouvait couramment dans les églises, étaient en général placés très haut, hors de portée des mains des fidèles et des touristes. Pour les atteindre, les prêtres montaient sur des échelles en bois. Le tortionnaire en avait forcément utilisé une pour hisser sa victime sous la coupole. Mais qu'a-t-il fait de l'échelle? Langdon scruta le sol au-dessous de lui. Il avait le vague souvenir d'en avoir vu une quelque part. Mais où? Il se tourna vers le bûcher. C'est là qu'elle était, au sommet, déjà dévorée par les flammes.

Du haut de sa plate-forme instable, il balaya toute l'église du regard, y cherchant désespérément quelque chose qu'il pourrait utiliser pour monter plus haut. Il prit soudainement conscience que quelque chose clochait.

Où est Vittoria? Elle avait disparu. Pour chercher de l'aide? Langdon cria son nom, mais personne ne répondit. Et Olivetti, où peut-il bien être?

Un cri déchirant retentit au-dessus de lui. Craignant qu'il ne soit déjà trop tard, il leva les yeux vers le vieillard, ne pensant plus qu'à une chose: de l'eau. Des litres et des litres d'eau.