Le tombeau se souleva sur un côté et se mit à osciller dangereusement. Langdon se plaqua au sol de son mieux, terrorisé par la masse de plusieurs centaines de kilos qui menaçait de l'écraser. La pesanteur l'emporta, et c'est le couvercle qui chuta le premier, glissant sur son support et s'écroulant avec fracas tout près de l'Américain. Suivant le mouvement, le cercueil basculait déjà sur son piédestal de marbre et commençait à se renverser, la gueule ouverte, sur Langdon.
S'il n'était pas enseveli vivant sous le sarcophage retourné, ses os seraient broyés sous une de ses arêtes. Il se roula en position fœtale et plaqua les bras le long de son corps. Puis il ferma les yeux et attendit.
Le dallage trembla sous lui et le rebord supérieur du sarcophage atterrit à quelques millimètres du sommet de son crâne. Langdon n'avait jamais serré les dents aussi fort. Son bras droit, qu'il était certain de retrouver brisé, semblait miraculeusement intact. Il ouvrit les yeux sur un rai de lumière rasante. Encore en partie appuyé sur les supports de pierre, le montant droit du cercueil n'était pas tout à fait tombé sur le dallage.
Il leva les yeux pour découvrir une tête de mort qui le dévisageait.
L'occupant d'origine du tombeau était suspendu au-dessus de lui. Il avait adhéré au fond de son tombeau, comme cela arrive fréquemment pour les corps en décomposition. Le squelette resta un instant immobile au-dessus de l'Américain, tel un amant timide, avant de céder, lui aussi, aux lois de la pesanteur. Se décollant de son lit de pierre, il tomba les bras ouverts sur Langdon, lui emplissant les yeux et la bouche de poussière d'os en décomposition.
Avant qu'il puisse réagir, un bras se glissait dans la fente et fouillait l'espace à l'aveuglette comme un python affamé. Il continua à fourrager jusqu'à ce qu'il rencontre le cou de
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Langdon, qu'il enserra de sa main. Langdon se débattit pour se dégager de la poigne de fer qui lui écrasait le larynx, mais la manche droite de sa chemise était coincée sous le bord du cercueil. Avec un seul bras disponible, il n'avait aucune chance.
Il projeta ses deux pieds vers le haut, dans le peu d'espace libre qui lui restait – le fond du cercueil, puis il se recroquevilla, les plantes des pieds calées en l'air, genoux pliés. La main qui l'étranglait se resserrait. Fermant les yeux, il détendit brusquement les jambes. Le tombeau se déplaça de quelques millimètres, mais ce fut suffisant.
Le cercueil glissa en grinçant sur les blocs de marbre et retomba sur le dallage. L'une des parois s'écrasa sur le bras du tueur, qui étouffa un cri de douleur. La main lâcha le cou de Langdon et se contorsionna désespérément. Quand le bras réussit à se libérer, le sarcophage retomba sur le sol de marbre avec un bruit sourd.
L'obscurité totale. Une nouvelle fois.
Et le silence.
Pas de coups de poing désespérés sur les parois. Pas de mugissement traduisant un effort physique. Rien. Gisant dans le noir parmi les ossements, Langdon lutta contre cette obscurité oppressante en tournant ses pensées vers Vittoria.
Vittoria. Es-tu vivante?
S'il avait su la vérité, s'il avait deviné l'horreur qui attendrait la jeune femme à son réveil, il lui aurait souhaité d'être déjà morte.
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Assis dans la chapelle Sixtine parmi ses collègues médusés, le cardinal Mortati s'efforçait d'assimiler les paroles qu'il venait d'entendre. Il tremblait encore après l'épouvantable histoire de haine et de trahison que le camerlingue venait de leur raconter à la lueur des cierges. Ventresca avait parlé de l'enlèvement des quatre cardinaux, de brûlures au fer rouge, d'assassinats. Il avait évoqué la réapparition des Illuminati – un mot qui faisait revivre des terreurs oubliées – et leur vœu de vengeance contre l'Église romaine. D'une voix étranglée par les larmes, il leur avait appris qu'ils avaient empoisonné le pape défunt. Et, pour finir, il avait mentionné le nom d'une nouvelle découverte scientifique, mortellement dangereuse, une molécule d'antimatière qui menaçait de détruire toute la Cité du Vatican d'ici à deux heures.
À la fin de son récit, on aurait dit que le Démon lui-même avait vidé la chapelle de son oxygène. Les cardinaux ne bougeaient pas, comme asphyxiés par les paroles du camerlingue, qui semblaient flotter encore dans la pénombre.
Le seul son qu'on entendait était le bourdonnement d'une caméra de télévision. Une présence électronique inadmissible au sein d'un conclave, mais imposée par Carlo Ventresca. À la totale stupéfaction des membres du Sacré Collège, il était entré dans la chapelle Sixtine accompagné de deux reporters de la BBC — un homme et une femme — et annoncé que sa déclaration solennelle serait retransmise en direct au monde entier.
Il s'exprimait maintenant directement face à la caméra.
— Aux Illuminati, commença-t-il d'une voix plus grave encore, et à tous les défenseurs de la science, je voudrais dire ceci: vous avez gagné la guerre.
Un silence pesant s'installa jusqu'aux confins dans la chapelle.
Mortati entendait les battements accélérés de son cœur.
— Le processus était enclenché depuis très longtemps, reprit le camerlingue. Votre victoire était inévitable. Elle n'a jamais été aussi évidente qu'aujourd'hui. Le nouveau Dieu, c'est la science.
Mortati en avait le souffle coupé. Qu'est-ce qui lui arrive? Il est devenu fou! Et il est en train de parler à la télévision...
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— Les progrès de la médecine, les communications électroniques, les voyages dans l'espace, les manipulations génétiques. . voilà les miracles que nous racontons à nos enfants et petits-enfants. Voilà les merveilles que nous saluons déjà comme les réponses de la science aux interrogations humaines. Les vieilles histoires d'immaculée conception, de buisson ardent et de mer qui s'ouvre en deux ne riment plus à rien. Dieu est démodé. La science l'a emporté sur Lui. Et nous nous avouons vaincus.
Des murmures d'inquiétude et de stupéfaction parcoururent l'assemblée. La voix du camerlingue se fit plus sonore:
— Mais la victoire de la science nous a beaucoup coûté, à tous!
Un silence.
— Car si elle soulage les souffrances de la maladie, si elle allège l'effort du travail, si elle présente aux hommes un vaste étalage de gadgets qui leur rendent la vie plus facile et plus distrayante, elle leur lègue un monde dénué d'émerveillement. Elle a réduit nos couchers de soleil à des calculs de longueurs d'ondes et de fréquences, elle a décomposé en équations la complexité de l'univers. Elle a détruit jusqu'à notre confiance en nous-mêmes et en l'humanité, en proclamant que la planète Terre et ses habitants ne sont qu'un grain de poussière dans l'immensité du système universel. Un accident cosmique.
Il marqua une pause avant de reprendre:
— Et quant à la technologie qui promettait de nous rassembler, elle n'a fait que nous diviser. Chacun d'entre nous, relié au monde entier par l'électronique, se sent de plus en plus seul. Nous sommes bombardés d'images de violences, de conflits, de trahisons. Le scepticisme est une vertu, le cynisme et l'exigence de preuves sont devenus une forme de pensée éclairée. Doit-on s'étonner que les hommes se sentent aujourd'hui plus déprimés et vaincus qu'ils ne l'ont jamais été de toute leur histoire? La science leur réserve-t-elle une part de sacré? Elle cherche à nous répondre en sondant les corps des enfants qui ne sont pas encore nés. Elle prétend même pouvoir réorganiser notre ADN. Dans sa quête de sens, elle fait voler le monde créé par Dieu en éclats de plus en plus infimes.. et tout cela pour nous placer devant de nouvelles énigmes.
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Avec un mélange d'admiration et de crainte, Mortati contemplait le camerlingue, qui semblait parler sous hypnose. Il avait une voix vibrante de conviction et de tristesse. Jamais le cardinal n'avait assisté devant un autel du Vatican à un tel déploiement d'énergie et d'éloquence.