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Rassemblant ce qui lui restait d'énergie, il enfonça sous la paroi le morceau d'os par son bout le plus effilé, en le poussant d'une épaule. Prenant bien soin de le maintenir en place, il plaqua ses deux mains sur le sommet du sarcophage. Il commençait à étouffer et la panique le gagnait. Pour la deuxième fois de la journée. Il laissa échapper un rugissement et poussa comme un forcené. Le tombeau s'écarta du sol un instant très court, mais suffisant pour que la cale se glisse dans l'orifice, avant de se faire écraser par la pierre qui retombait. Mais un petit rayon de lumière pénétrait par l'interstice.

Langdon s'effondra, totalement épuisé. Il attendit que la sensation d'étouffement s'estompe. Mais elle ne fit que se renforcer. Le peu d'air qui passait par la fente était imperceptible.

Suffirait-il à le maintenir en vie? Et pour combien de temps? S'il

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perdait connaissance, qui se rendrait compte à temps qu'il était piégé sous ce tombeau renversé?

Il releva son bras gauche, lourd comme du plomb, pour regarder sa montre: 22 h 12. Il la manipula maladroitement, de ses doigts tremblants. Conscient de jouer sa dernière carte, il activa l'un des petits cadrans et appuya sur un bouton.

Il perdait lentement conscience, les murs se refermaient autour de lui. Ses vieilles terreurs refaisaient surface. Il se força à imaginer, comme il l'avait si souvent fait dans le passé, qu'il marchait dans la campagne. Mais ses efforts furent vains. Le cauchemar qui le hantait depuis son enfance reprenait le dessus...

On dirait les fleurs d'un tableau, pensait l'enfant, qui courait en riant dans la prairie. Il aurait aimé que ses parents soient avec lui.

Mais ils étaient occupés à monter les tentes pour la nuit.

— Ne t'en va pas trop loin, avait dit sa mère.

Il avait fait semblant de ne pas entendre et s'était enfui dans le sous-bois.

Il traversait maintenant une prairie fleurie. Il passa devant un tas de pierres et pensa que c'étaient les fondations d'une ancienne maison. Mais il ne s'en approcherait pas, il n'était pas si bête.

D'ailleurs, il avait aperçu autre chose — un sabot de Vénus —, la fleur de montagne la plus belle et la plus rare du New Hampshire. Il ne l'avait vue que dans des livres.

Il alla la regarder de près, plein d'excitation. Il s'agenouilla. La terre était humide et molle. Sa fleur avait trouvé un terrain fertile. Elle s'était enracinée dans un morceau de bois pourri.

Se réjouissant à l'avance de l'offrir à ses parents, il tendit les deux mains vers la fleur.

Il ne la cueillit jamais.

La terre céda sous lui, dans un craquement sinistre.

Dans les trois secondes de terreur qui accompagnèrent sa chute vertigineuse, le petit garçon comprit qu'il allait mourir. La tête en bas, il se prépara au choc qui lui fracasserait le crâne. Mais il ne ressentit aucune douleur. Rien qu'une grande douceur.

Et le froid.

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Il plongea dans l'eau sombre la tête la première. Après une série de contorsions affolées, en se cognant aux murs qui l'entouraient, il finit par refaire surface en crachotant.

Il voyait de la lumière.

Une faible lumière. Au-dessus de lui. À des kilomètres.

Ses bras battaient l'eau, cherchant un creux dans le mur auquel il pourrait s'agripper. Mais la pierre était lisse. Il était passé au travers du couvercle pourri d'un puits abandonné. Il appela à l'aide, mais les parois de l'étroit boyau ne lui renvoyèrent que l'écho de ses cris. Il appela sans relâche, jusqu'à s'égosiller. Au-dessus de lui, la lumière faiblissait.

La nuit tomba.

Dans l'obscurité la perception du temps changeait complètement. Il s'engourdit peu à peu mais sans cesser de crier, terrifié par d'affreuses visions où les parois du puits se refermaient sur lui. Ses bras épuisés lui faisaient mal. Plusieurs fois, il crut entendre des voix. Il hurla à pleins poumons, aucun son ne sortait. .

comme dans un cauchemar.

La nuit durait, le puits se creusait, les parois se rapprochaient.

Le petit garçon tentait de les repousser. Il faillit abandonner la lutte. Mais l'eau le portait, calmant ses peurs, ankylosant ses muscles.

Quand l'équipe de secours arriva, ils trouvèrent l'enfant à demi inconscient. Il avait surnagé pendant cinq heures. Le surlendemain, le Boston Globe publiait à la une un article intitulé: « Le vaillant petit nageur. »

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Quand sa camionnette pénétra dans l'édifice colossal qui dominait le Tibre, l'Assassin avait le sourire aux lèvres. Il transporta son butin dans l'escalier en spirale, qui montait interminablement - soulagé que sa charge soit une femme mince.

Jusqu'à la porte.

Il exultait. Le Temple de l'Illumination. L'antique salle de réunion des Illuminati. Qui aurait pu imaginer qu'elle serait logée dans cette enceinte?

Il entra et déposa la jeune femme sur un divan somptueux. Avec le plus grand soin, il lui attacha les bras derrière le dos et lui lia les chevilles. La satisfaction de son appétit devrait attendre qu'il ait accompli sa dernière tâche. L'Eau.

Il pouvait toutefois s'autoriser un instant de plaisir. Il s'agenouilla au pied du divan et caressa la peau lisse de sa cuisse.

Plus haut. Ses doigts bruns se glissèrent sous le revers du short.

Plus haut. Le désir montait.

Il retint sa main. Patience, le travail n'est pas terminé.

Il sortit un instant sur le balcon de la grande salle. La brise fraîche du soir calma lentement le feu qui l'embrasait. À ses pieds, le Tibre coulait à gros bouillons noirâtres. Il leva les yeux vers le dôme de Saint-Pierre qui s'élevait à un kilomètre de là, sous la lumière aveuglante des centaines de projecteurs des chaînes de télévision.

— C'est votre dernière heure, murmura-t-il, en se rappelant les milliers de Musulmans massacrés pendant les Croisades. À minuit, vous avez rendez-vous avec Dieu.

La femme bougea derrière lui. L'assassin se retourna. Fallait-il la laisser se réveiller? Lire la terreur dans ses yeux serait le meilleur des aphrodisiaques. .

Mais il opta pour la prudence. Il était préférable qu'elle reste inconsciente pendant son absence. Ses liens étaient solidement attachés et elle ne pourrait certes pas s'échapper, mais il ne voulait pas la trouver à son retour totalement épuisée après s'être longtemps débattue. Garde tes forces pour moi...

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Lui soulevant légèrement la tête il glissa une main sous sa nuque, localisa le creux situé juste au-dessous de son crâne. Il enfonça violemment le pouce dans le cartilage mou. Il le sentit céder sous la pression et la femme retomba, inerte. Dans vingt minutes, se dit-il.

Quel formidable apogée après un sans-faute pareil! Une fois qu'elle lui aurait servi, et qu'elle en serait morte, il assisterait depuis le balcon au feu d'artifice du Vatican.

Laissant sa victime inconsciente, il descendit l'escalier jusqu'au donjon éclairé par des torches. L'arme de la tâche finale.

S'approchant de la table centrale, il saisit le lourd objet de métal qu'on y avait déposé à son intention.

Water, le dernier.

Il sortit une torche de son support mural et, comme il l'avait déjà fait trois fois, l'approcha du fer. Une fois l'extrémité chauffée à blanc, il transporta son instrument de torture vers la cellule voisine.

Un homme s'y tenait debout, en silence. Âgé, solitaire.

— Monseigneur Baggia, avez-vous recommandé votre âme à Dieu?

— J'ai surtout prié pour la vôtre! répondit le vieil homme sans manifester la moindre frayeur.

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Les six pompiers appelés sur l'incendie de Santa Maria della Vittoria éteignirent le bûcher à coups d'explosions de gaz halogène. Plus coûteux que l'extinction au jet d'eau, le procédé évitait que la vapeur ne détruise les fresques de la chapelle. Bien que témoins quasi quotidiens de tragédies, les pompiers n'oublieraient jamais le supplicié de Santa Maria della Vittoria, crucifié et brûlé vif. Une scène de cauchemar sortie du plus lamentable des films d'épouvante satanique.