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Grazie, fit Langdon, ne sachant s'il devait être soulagé ou épouvanté.

Il se rappelait avoir vu Vittoria inconsciente sur le dallage.

Elle avait disparu. La seule explication possible était loin d'être rassurante. Le tueur ne s'était pas montré très subtil au téléphone. « Vous êtes une femme pleine de cran. Palpitant.

Peut-être vous trouverai-je avant la fin de la nuit. Et alors... »

Il regarda autour de lui.

— Où sont les gardes suisses?

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— Nous n'arrivons pas à les contacter. Les lignes sont saturées.

Langdon était accablé. Et seul. Olivetti était mort, le cardinal aussi. Vittoria, Dieu sait où. Trente minutes précieuses venaient de lui échapper.

Il entendait au-dehors le brouhaha des journalistes qui se bousculaient. Les images de la mort atroce du troisième cardinal ne tarderaient pas à être diffusées, si ce n'était déjà fait. Il espérait que le camerlingue avait déjà prévu le pire et pris les mesures nécessaires. Évacuez-moi ce Vatican! Assez joué! La partie est perdue!

Il se rendit compte que les raisons qui l'avaient poussé à agir – sauver la Cité pontificale, voler au secours des quatre cardinaux, affronter une société secrète qu'il étudiait depuis des années – cela avait perdu toute importance. Cette guerre-là était perdue. Un seul souci l'habitait maintenant. Simple, brut, impérieux.

Retrouver Vittoria.

Il avait souvent entendu dire que des situations dramatiques peuvent tisser entre deux personnes des liens que des décennies de vie commune ne seraient pas parvenues à créer. Il en était maintenant fermement convaincu. Séparé de Vittoria, il ressentait une solitude qu'il n'avait pas connue depuis des années. Et cette souffrance lui donnait des ailes.

Il chassa de son esprit toutes les autres préoccupations, pour se concentrer sur cette seule question, espérant que l'assassin ferait passer les affaires avant le plaisir. Faute de quoi, Langdon arriverait trop tard. Non, se dit-il, tu as encore le temps. Le ravisseur de Vittoria avait un dernier travail à accomplir. Il devait se manifester encore une fois avant de disparaître.

Le dernier autel de la science. La Terre, l'Air, le Feu... L'Eau.

Il regarda sa montre. Trente minutes. Il se dirigea vers la chapelle Cornaro, qui abritait L'Extase de sainte Thérèse. Cette fois-ci, en regardant l'indice laissé par Le Bernin, il n'avait aucun doute quant à son objectif.

« Les anges guident votre noble quête. »

Au-dessus de la sainte allongée, se détachant sur un arrière-plan de flammes dorées, l'ange tenait dans la main droite une flèche de

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feu. Langdon suivit des yeux la direction qu'elle indiquait; elle décrivait un arc de cercle vers la droite de l'église. Le regard de Langdon buta sur le mur. Il le scruta en vain. Mais il savait que la destination était plus lointaine. Quelque part dans la nuit romaine.

— Quelle est cette direction? demanda-t-il au chef des pompiers avec détermination.

Le chef regarda le bras de Langdon.

— Par là? Je crois que c'est l'ouest...

— Qu'y a-t-il comme église, à l'ouest d'ici? Le pompier semblait de plus en plus déconcerté.

— Des églises? Il y en a des dizaines. Pourquoi?

Évidemment, pensa Langdon en se renfrognant.

— Trouvez-moi un plan de Rome. Tout de suite.

Le gradé fit signe à l'un de ses hommes, qui partit en courant. Langdon se retourna vers la statue. La Terre, l'Air, le Feu, Vittoria.

L'Eau. Une statue du Bernin. Le tout dans une église située vers l'ouest. Une aiguille dans une botte de foin.

Il passa en revue toutes les œuvres du Bernin qu'il connaissait. Un hommage à l'Eau...

En un éclair, il entr'aperçut d'abord la fontaine du Triton -

le monstre marin à corps d'homme, la divinité marine des Grecs anciens - non, trop proche, trop à l'est aussi... à éliminer. Quelle autre figure aurait pu choisir le sculpteur pour glorifier l'élément Eau? Neptune et Apollon? Cette statue-là était exposée au Victoria & Albert Museum de Londres.

Le pompier revenait, un plan de Rome à la main.

Langdon le déplia sur l'autel. Exactement ce qu'il lui fallait.

Jamais il n'avait vu un plan aussi détaillé de la Ville éternelle. Il situa rapidement la place Barberini et se retourna vers la flèche de l'ange pour vérifier qu'elle indiquait bien l'ouest. Tous ses espoirs s'effondrèrent en un clin d'œil. En prolongeant sur le plan la direction indiquée, son doigt ne rencontrait que des petites croix noires. Des églises. Innombrables. Il continua plus loin, vers les faubourgs, et recula d'un pas en soupirant. C'est fichu!

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Mais il bénéficiait à présent d'une bonne vue d'ensemble de la ville. Il localisa sur le plan les emplacements des trois premiers meurtres. La chapelle Chigi, la place Saint-Pierre, Santa Maria della Vittoria. Alors qu'il les avait imaginés éparpillés au hasard dans Rome, les trois points semblaient en fait correspondre aux sommets d'un grand triangle. Il vérifia du doigt. Il ne se trompait pas.

— Un stylo! demanda-t-il sans lever les yeux.

Quelqu'un lui tendit un stylo bille. Le cœur battant, Langdon entoura d'un cercle les trois emplacements. Le triangle est parfaitement symétrique!

La première image qui lui vint à l'esprit fut le Grand Sceau qui figurait sur le dollar américain, la pyramide à l'œil omniscient. Mais il la rejeta aussitôt. Où qu'il place le quatrième lieu, le triangle serait détruit. À moins qu'il ne soit situé à l'intérieur, au centre? Il chercha des yeux sur le plan: pas d'église à cet endroit. De toute façon, cette idée n'était pas satisfaisante. Les quatre éléments de la science étaient tous égaux, l'Eau n'avait pas préséance sur les autres. Il n'y avait aucune raison pour qu'elle occupe une position centrale.

Et pourtant, il sentait instinctivement que le tracé du Bernin ne pouvait pas être accidentel. Je pars d'une hypothèse inexacte.

Une seule alternative: il ne s'agit pas d'un triangle, mais d'une autre figure.

Peut-être un carré? Mais la symétrie manquerait de sens symbolique. Il posa un doigt sur le quatrième point qui transformerait la figure en carré, et constata d'emblée l'impossibilité géométrique. Le triangle d'origine aurait cédé la place à un quadrilatère informe.

En étudiant les possibilités d'un quatrième angle, il fit une découverte inattendue. L'un des points se trouvait exactement sur la ligne qu'il avait tracée dans le prolongement de la flèche de l'ange.

Il l'entoura d'un trait de stylo. Prenant un peu de recul, il devina la silhouette d'un losange asymétrique, en forme de cerf-volant.

Langdon fronça les sourcils. Le losange n'était pas non plus un symbole lié aux Illuminati. Sauf si...

Il pensa au fameux Diamant des Illuminati. Mais c'était une idée ridicule. Le losange tracé sur le plan était beaucoup trop étiré,

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en contradiction totale avec l'impeccable symétrie qui faisait la réputation du trésor de la société secrète.

Il se pencha pour regarder de plus près l'endroit où il avait marqué le quatrième point. En plein centre de la Piazza Navona.

Une église célèbre s'y trouvait, mais il l'avait déjà éliminée parce qu'elle n'abritait aucune œuvre du Bernin. Il s'agissait de Santa Agnese in Agone, dédiée à la jeune Romaine martyre, immolée pour avoir refusé d'abjurer la foi chrétienne.

Il doit y avoir quelque chose de significatif dans cette église.

Il ferma les yeux pour rassembler ses souvenirs. Rien n'y évoquait le Bernin, ni l'Eau. Et le tracé du losange continuait à le tracasser. Trop précis pour n'être qu'une pure coïncidence, mais pas assez pour fonder une certitude. On dirait un cerf-volant. . Il y a quelque chose qui m'échappe!