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Il mit trente secondes à trouver la réponse, qui le transporta d'allégresse... Dans toute sa carrière de sémiologue, il n'avait jamais ressenti une telle euphorie.

Le génie des Illuminati était loin d'être éteint.

Les quatre points n'étaient pas censés représenter le losange que Langdon venait de former en reliant les points adjacents.

Pour les Illuminati, ce sont les contraires qui comptent! D'une main tremblante, il traça au stylo deux lignes connectant les points opposés. C'est une Croix! Les quatre éléments de la science ancienne se déployaient sous ses yeux, comme une croix gigantesque posée sur la ville.

Le premier vers du poème lui revint à l'esprit, chargé d'une signification nouvelle:

« Cross Rome, the mystic elements unfold...

« À travers Rome, vous dévoilerez... »

À travers... et non pas autour.

Le brouillard se dissipait. La réponse était sous ses yeux depuis le début de la soirée. Le poème des Illuminati indiquait jusqu'au plan de répartition des quatre temples dans la ville.

Le choix de la croix illustrait le dualisme suprême des Illuminati. Un symbole religieux suggéré par les quatre éléments de la science. Galilée avait fait de la Voie de l'Illumination un hommage aux deux idéologies opposées.

Tous les morceaux du puzzle se mirent aussitôt en place.

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Piazza Navona.

En plein centre de cette place, en face de l'église Santa Agnese, Le Bernin avait installé l'une de ses sculptures les plus célèbres, bien connue des touristes.

La Fontaine des quatre fleuves.

Hommage parfait à l'Eau, elle représentait sous forme d'allégories les quatre grands fleuves des continents connus: le Nil, le Gange, le Danube et le rio de la Plata.

Water. La dernière étape.

Et pour couronner le tout, la fontaine du Bernin était surmontée d'un obélisque.

Plantant là les pompiers interloqués, Langdon traversa l'église en courant, en direction du cadavre d'Olivetti.

22 h 31. J'ai tout mon temps. Pour la première fois de la journée, il avait l'impression de devancer les événements.

Il s'agenouilla devant la dépouille du commandant et, caché par la rangée de bancs, s'empara de son semi-automatique et de son talkie-walkie. Il aurait peut-être dû demander aux pompiers de l'accompagner, mais il opta pour la prudence. L'emplacement du dernier autel de la science devait rester secret pour le moment. L'arrivée en fanfare sur la Piazza Navona des sirènes de pompiers et des camions de télévision ne l'aiderait certainement pas à coincer le tueur...

ni à récupérer Vittoria.

Langdon sortit discrètement par la porte de la façade, en contournant la horde de journalistes qui s'engouffrait dans l'église. Il traversa la Piazza Barberini avant d'essayer d'appeler le Vatican sur le talkie-walkie. Il n'obtint qu'un crachouillis d'électricité statique. Soit il était trop loin, soit l'utilisation du transmetteur exigeait un code d'accès. Il tripota en vain tous les boutons de l'appareil. Soudain conscient que son plan pouvait très bien échouer, il se tourna de tous côtés à la recherche d'une cabine téléphonique. Pas une seule en vue.

De toute façon, les lignes du Vatican étaient certainement saturées.

Il était seul.

Son assurance commençait à flancher. Et sa forme physique n'était pas des meilleures. Il était couvert de poussière d'os,

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blessé à la main, épuisé au-delà de toute expression, et il avait l'estomac dans les talons.

Il regarda la façade de l'église. De la fumée s'échappait de la coupole, éclairée par les spots de télévision et les phares des voitures de pompiers. Fallait-il qu'il retourne demander de l'aide? Son instinct lui disait que non, les pompiers ne feraient que lui compliquer la tâche. Si l'assassin les voit...

Il pensait à Vittoria. Agir seul était sa seule chance de trouver son ravisseur.

Piazza Navona. Il y arriverait à temps pour surveiller les lieux. Il chercha des yeux un taxi, mais les rues étaient pratiquement désertes. Même les chauffeurs de taxi avaient abandonné leurs voitures pour regarder la télévision... Il était à moins de deux kilomètres de la Piazza Navona, mais il disposait de trop peu de temps pour s'y rendre à pied. Et s'il demandait aux journalistes ou aux pompiers de lui prêter un véhicule?

Non!

Il était en train de gaspiller des minutes précieuses, et les options étaient fort limitées. Il prit alors une décision. Tirant de sa poche le pistolet d'Olivetti, il se prépara à commettre un acte qui lui ressemblait tellement peu qu'il se demanda si son âme n'était pas possédée par le démon. Il partit en courant vers une Citroën qui attendait devant un feu rouge et pointa son arme par la vitre ouverte sur le chauffeur:

Fuori! cria-t-il.

L'homme sortit en tremblant. Langdon s'assit au volant et démarra en trombe.

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101

Assis sur un banc de la cellule de sécurité des gardes suisses, Gunther Glick priait tous les dieux de la terre. Faites que ce ne soit pas un rêve! Il avait décroché le scoop de sa vie. Tous les reporters du monde rêvaient d'être à sa place en ce moment. Tu ne dors pas, se disait-il, et tu es une star. Dan Rather va en faire une jaunisse.

Chinita Macri était assise à côté de lui, passablement sonnée. Il y avait de quoi. Elle venait de filmer en exclusivité tout le sermon du camerlingue et de retransmettre au monde entier les épouvantables photos des cardinaux et du pape — une langue noire à faire peur! — ainsi qu'une vidéo montrant un conteneur d'antimatière sur le point d'exploser. Incroyable!

Tout ça, bien sûr, sur ordre du camerlingue lui-même.

Comment expliquer, alors, qu'ils se retrouvent enfermés tous les deux dans cette cellule? Certes, les gardes n'avaient pas apprécié le commentaire de Glick à la fin du reportage. Gunther savait pourtant qu'il n'était pas censé entendre la conversation qu'il avait rapportée à l'antenne. Mais il avait saisi sa chance au vol, une occasion en or! Un autre scoop de Gunther Glick!

— Le bon Samaritain de la onzième heure! persifla Chinita.

— C'était brillant, non?

— Brillamment idiot, oui!

Elle est jalouse.

Juste après le discours du camerlingue, Glick s'était une fois de plus trouvé au bon endroit au bon moment. Il avait entendu Rocher donner des ordres à ses hommes. Le capitaine avait apparemment reçu l'appel téléphonique d'un mystérieux individu qui disposait d'informations cruciales sur l'affaire. Rocher semblait convaincu que cette personne leur serait d'une aide précieuse, et il demandait aux gardes de se préparer à le recevoir.

L'information était évidemment secrète, mais Glick avait réagi comme n'importe quel reporter dynamique — sans s'embarrasser de scrupules. Il avait entraîné Chinita dans un

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coin mal éclairé, lui avait demandé de zoomer sur lui, et il avait balancé l'information.

« Du nouveau dans la crise du Vatican », avait-il commencé, en plissant les yeux pour soigner son effet.

Et il avait annoncé l'arrivée imminente d'un invité surprise, censé sauver la situation. Il l'avait surnommé le bon Samaritain de la onzième heure — une appellation à la double inspiration biblique, qui convenait parfaitement à cet individu sans nom, surgissant au dernier moment pour accomplir une bonne action. Les autres réseaux de télévision avaient tous repris la formule, et Glick savourait sa gloire.