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Le mot résonne dans la tête d'Arthur et agit mieux qu'un Alka-Seltzer.

Le séide recruteur a perdu son client et rejoint le bar, à la recherche d'une nouvelle victime. Il passe devant Bétamèche, toujours en discussion avec son voleur et son caporal-chef. Le Koolomassaï est en plein baratin, version grand tourisme.

- Et là, d'un seul coup, je trébuche sur un couteau planté dans le sol ! Je pense tout de suite à un piège, évidemment ! Le séide ricane, de la fumée plein les poumons.

- Elle est bonne celle-là ! s'esclaffe le guerrier, sans savoir lui-même s'il parle de la blague ou du cône qu'il a dans la main.

Bétamèche soupire, désespéré. Il n'est pas prêt de récupérer son couteau que le séide fait tourner entre ses doigts. Un agent recruteur embarque joyeusement deux nouvelles victimes, trop soûles pour lutter. Sélénia les regarde s'éloigner. Ça lui donne des idées.

- Je pense que si l'on suit ces agents recruteurs, on va y être en moins de deux, à Nécropolis !

Arthur est d'accord et prend la mission en main.

- T'as raison ! braille-t-il. On va y être en moins de deux ! C'est notre mission ! dit-il, emporté par un courant patriotique et un reste d'alcool. Une fois là-bas, je retrouve mon grand-père, je découvre le trésor, et pour finir je lui mets une dérouillée qu'il n'est pas prêt d'oublier, ce maudit Maltazard !

À l'annonce de ce nom, c'est comme si la terre s'arrêtait. D'ailleurs, Easylow a attrapé le bord du disque et a stoppé la musique. Une vingtaine de séides se retournent lentement vers le futur cadavre qui a eu la riche idée de prononcer ce nom.

Le caporal-chef referme son casque, qui s'enfume aussitôt car il n'a pas pris le soin de jeter sa cigarette.

- Oups ! lâche timidement Arthur, conscient de sa bavure.

- Je ne sais pas si tu ferais un bon prince, mais en attendant, tu es vraiment le roi des gaffes ! lui balance Sélénia avec un regard plein de reproches.

Max commence à sourire.

- On dirait que l'ambiance va monter, se réjouit-il. Show time !

Il envoie un signe à Easylow qui lâche le disque et met un coup de pied dans le saphir. La musique redémarre. Il était une fois dans l'Ouest.

Les séides se rapprochent et s'avancent lentement vers le couple qui recule. Va y avoir du grabuge dans le saloon.

- Arthur ? T'as trois secondes pour dessoûler !

- Ah ? D'accord ! Mais... Comment on fait pour dessoûler en trois secondes ?

Sélénia lui met une grande claque en pleine figure. Le genre de baffe qu'on n'aimerait pas prendre tous les jours. Arthur secoue la tête. Il a les dents qui flottent. Merci... C'est passé !

- Tant mieux ! lâche-t-elle en sortant l'épée de son fourreau.

- Et moi, je me bats avec quoi ? s'inquiète Arthur.

- Avec des prières !

Sélénia se met en garde, tandis que le disque, qui tourne toujours, les amène à passer près de Max et son D.J.

- Eh ?! Petit ?

Le patron a sorti une épée et la jette à Arthur au passage.

- Merci monsieur ! lui répond l'enfant, tout étonné.

- Allez ! Fais-moi danser tout ça ! lance Max à son D.J., qui pousse le saphir vers d'autres sillons.

On change de film. West Side Story.

Arthur se met en position à côté de Sélénia, tandis que les séides se déploient afin d'encercler le couple. Bétamèche a suivi le séide qui lui a volé son couteau et le conseille gentiment.

- Si vous appuyez sur le soixante-quinze, vous avez un sabre-laser. C'est classique, mais toujours efficace.

- Oh ? Vraiment ? Merci petit ! lui répond le séide, toujours enfumé.

Le guerrier appuie sur le soixante-quinze et une flamme monstrueuse lui crame le casque et tout ce qu'il y avait dedans, c'est-à-dire pas grand chose. Le corps du séide n'a pas bougé mais sa tête est en cendres. Bétamèche récupère son couteau qui lui est resté dans les mains.

- Mille excuses. C'est une erreur. L'inverse peut-être ? Le cinquante-sept ?

Bétamèche appuie sur le bouton cinquante-sept et le couteau libère un sabre-laser, bleu comme l'acier.

- Voilà qui est mieux !

À la vue du laser, les autres séides s'écartent et permettent à Bétamèche de rejoindre Arthur et Sélénia. Les voilà de nouveau réunis, mais plutôt pour le pire que pour le meilleur.

Ils se mettent dos à dos, épée en avant, formant ainsi un triangle menaçant.

Soudain, les séides poussent leur fameux cri et la bagarre éclate.

Easylow met ses gants coupés, attrape le bord du disque et commence à scratcher. La bagarre est rythmée, mieux que du break-dance.

Sélénia enchaîne les passes, prouvant continuellement son adresse et son agilité. Elle a la grâce et la compétence des vrais chevaliers.

Bétamèche a une arme plus facile et fait un malheur comme au bowling.

Arthur a moins d'expérience mais il est suffisamment vif pour éviter les coups. Il tend son épée pour repousser un assaut mais le séide pulvérise son arme. Max prend son air déçu.

- Oh ?! Pauvre garçon ! Mais qui donc lui a donné une épée d'aussi mauvaise qualité ?! dit-il, avec une fausse compassion. Easylow le regarde et les deux affreux se mettent à ricaner comme des ours.

Arthur court sur la piste, évitant les coups qui pleuvent de partout. Il se réfugie de l'autre côté du saphir. Les séides ne parviennent pas à attraper cette anguille qui s'échappe sans arrêt et se cognent régulièrement sur le saphir qui saute les sillons, scratchant la musique comme dans les meilleurs hip-hop.

- C'est qu'il a le rythme dans le sang, ce petit ?! avoue le patron en connaisseur.

Trois séides se plantent devant Bétamèche, eux aussi munis de sabres-lasers.

- Trois contre un ? Vous n'avez pas honte ? Très bien, je triple la puissance !

Bétamèche appuie sur un bouton qui annule son laser et lui sort un bouquet de fleurs.

- ... Joli, non ? dit-il, embarrassé par son erreur.

Les séides se mettent à hurler et se ruent sur le petit prince qui part en courant. Il se jette sous une table où se trouve déjà Arthur.

- Mon épée ne marche plus ! s'exclame Bétamèche en cherchant le bon bouton.

- La mienne non plus ! lui répond Arthur en exhibant le manche qui lui reste.

Un séide s'approche de la table et la tranche en deux, d'un coup de sabre-laser.

Les deux amis roulent à terre, chacun de leur côté.

- Par contre, la sienne, elle marche bien ! lâche Arthur, très inquiet de cette pression qui monte.

Bétamèche tripote nerveusement son couteau et finit par déclencher une arme. La bulinette. C'est un tuyau minuscule qui fabrique des bulles de savon. Cent à la seconde. Un nuage se forme très rapidement, pas tellement menaçant mais bien pratique pour disparaître.

Les séides perdent la trace des deux fuyards. Ça les rend fous et ils battent l'air à coups d'épée, ne dégommant que de jolies bulles multicolores.

Sélénia élimine un séide puis s'agenouille, épée au-dessus de la tête, afin de bloquer l'assaut d'un autre guerrier. Elle dégaine le couteau d'appoint que le séide porte sur le tibia et lui plante dans le pied. Le séide reste paralysé par la douleur.

- Eh ?! Attention ! Faut pas m'abîmer mon disque, là ! s'exclame le patron, contrarié.

Arthur sort à quatre pattes du nuage de bulles et tombe sur le sac à dos de Bétamèche. Il tombe aussi sur les pieds d'un séide. Le guerrier lève son épée lentement, pour mieux savourer le moment.

Arthur est perdu. Il attrape les quelques boulettes qui dépassent du sac et les jette sur les pieds du séide, au hasard. Ça peut le sauver, comme abréger ses souffrances. Dans les deux cas, il n'a rien à perdre, tout à gagner. Les petites boules de verre se brisent aux pieds du séide qui marque un temps, trop bête pour ne pas être curieux. Un magnifique bouquet de fleurs exotiques apparaît comme par enchantement en moins d'une seconde. Il est plus grand que le séide !