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- Oh ! Des fleurs ! Comme c'est gentil ! lance le séide en joignant les mains.

Il passe devant le bouquet et avance sur Arthur qui recule sur ses genoux.

- Je les mettrai sur ta tombe ! lui dit le guerrier en brandissant son épée.

La méchanceté l'aveugle. Il ne voit donc pas, dans son dos, la gigantesque fleur qui ouvre sa bouche Carnivore. La jolie plante claque sa mâchoire sur le séide, puis prend le temps de bien mâcher. L'autre moitié du séide est restée figée et semble attendre le deuxième service.

Arthur regarde, l'air ahuri, cette fleur monstrueuse qui avale sa bouchée et rote un bon coup.

- ... À vos souhaits ! dit Arthur, un peu dégoûté. Bétamèche appuie une nouvelle fois sur un bouton. Il faudrait que ça soit le bon. Il a trois séides autour de lui qui n'ont plus du tout envie de jouer.

Un laser à trois lames sort du couteau. Bétamèche retrouve son sourire et il exhibe fièrement son arme. Les trois séides se regardent, puis chacun d'eux appuie sur son laser qui libère une option. Un sabre-laser à six lames tournantes. Bétamèche est pétrifié.

- C'est un nouveau modèle ? demande-t-il poliment, prenant l'air intéressé par l'article.

Le séide qui lui fait face répond « oui » d'un signe de tête, et lui assène un violent coup de sabre qui envoie voler son arme. Le couteau s'est rétracté et glisse sur le sol avant d'être bloqué par un pied. Une botte de guerrier séide, taille quarante-huit, couverte de sang.

Easylow attrape le disque et l'arrête progressivement. La piste ralentit. Le combat s'interrompt. Le silence vient saluer son maître. Darkos. Prince des Ténèbres. Fils de Maltazard.

Nos trois héros se regroupent. Max a l'air inquiet. Darkos a l'allure d'un séide, mais sa carrure est plus imposante et son armure nettement plus effrayante. Il est mieux armé qu'un avion de guerre et il ne doit pas exister, sur les sept terres, une arme qu'il ne possède pas. Sauf, peut-être, ce petit couteau qu'il bloque toujours sous son pied. Il se penche lentement et récupère l'objet.

- Alors, Max ? On fait des petites fêtes et on ne prévient pas les amis ? lance Darkos comme une plaisanterie, en faisant tourner le couteau entre ses doigts.

- Rien d'officiel ! assure Max, qui sourit pour dissimuler son malaise. C'est une petite partie improvisée, histoire de séduire la nouvelle clientèle !

- Des nouveaux ? s'étonne faussement le séide. Laissez-moi voir ça !

Les guerriers s'écartent de chaque côté de la piste de danse et dévoilent nos trois héros, groupés comme jamais. Au fur et à mesure qu'il avance, Darkos reconnaît la princesse. Il affiche un large sourire de satisfaction :

- Princesse Sélénia ?! Quelle bonne surprise ! lance-t-il avant de venir se planter devant elle. Que fait une personne de votre rang dans un lieu pareil, à une heure aussi tardive ?

- Nous sommes venus danser un peu, répond-elle noblement. Darkos saisit la perche au vol.

- ... Eh bien dansons ! dit-il en claquant dans ses doigts.

Un séide met un grand coup dans le bras de l'électrophone qui vient caler le saphir sur un slow.

Darkos fait une légère révérence et propose ses bras.

- Je préfère mourir que danser avec vous, Darkos, dit Sélénia simplement, comme on appuie sur un bouton pour déclencher une bombe atomique.

Les séides s'inquiètent et s'écartent davantage. Ça fait toujours des dégâts, quand on insulte Darkos, surtout devant tout le monde. Celui-ci remonte lentement de sa révérence et affiche un sourire machiavélique.

- Vos désirs sont des ordres ! dit-il en sortant son immense épée. Tu vas danser pour l'éternité !

Darkos lève son arme, prêt à couper Sélénia en tranches.

- Et ton père ?! s'exclame la princesse.

La bestiole arrête son bras, net. En plein air.

- Que va dire ton père, M. le maudit, quand tu vas lui annoncer que tu as tué la princesse, objet de sa convoitise ?! La seule personne qui puisse lui apporter la puissance ultime dont il rêve tant ?!

Sélénia a frappé au bon endroit. Ça trotte dans la tête du fiston.

- Tu penses qu'il te félicitera ? Ou qu'il te fera brûler à la liqueur de mort, comme il a fait brûler tous ses autres fils ? Ça s'agite dans les rangs, limite panique. Sélénia domine son sujet et Darkos baisse doucement son arme.

- ... Tu as raison, Sélénia. Et je te remercie pour ta clairvoyance, dit-il en remettant son épée dans son fourreau. C'est vrai que morte tu n'as aucune valeur... Alors que vivante !

Il affiche le sourire de quelqu'un qui est trop fier de son idée. Mais Max a lu dans ses pensées :

- Easylow ? On va fermer !

Le D.J. a compris et il se dirige vers l'arrière de la boutique.

- Emmenez-les ! hurle d'un seul coup Darkos, et une trentaine de séides se ruent sur nos héros.

Arthur regarde la vague arriver sur lui, comme un surfer devant un raz-de-marée.

- Va falloir un miracle ! lance Arthur.

- La mort n'est rien si la cause est juste ! assure Sélénia, prête à mourir en princesse.

Elle met son épée en avant et se met à hurler, pour se donner du courage.

Elle hurle tellement fort que la lumière s'éteint. À moins que ce ne soit Easylow qui ait coupé le courant. Quoi qu'il en soit, on est dans le noir et c'est la panique. On entend des bruits de fer, de bottes, de lames, de dents qui claquent ou qui mordent.

- Ça y est ! Ils sont là ! J'en tiens un ! Lâche-moi imbécile ! Pardon chef ! Aïe ! Qui m'a mordu ?!

Voilà un extrait des dialogues qui s'échappent de ce joyeux capharnaüm, plongé dans le noir.

Max craque une allumette qui éclaire son visage hilare. Il s'allume un bon pétard, comme pour mieux savourer le spectacle. Darkos vient se mettre dans la lumière incandescente. Il est fou de colère et la lueur rougissante n'arrange rien.

- Qu'est-ce qu'il se passe ?! postillonne-t-il de rage.

- Il est dix heures. C'est la fermeture.

- Quoi ?! Tu fermes à dix heures maintenant ?! s'étonne Darkos qui ne décolère pas.

- Je ne fais qu'appliquer vos consignes, mon seigneur, lui répond Max, dévoué comme un séide.

Darkos cherche ses mots, tellement il bouillonne.

- Réouverture exceptionnelle !! hurle-t-il, à faire exploser les tympans les plus solides.

Max tire lentement une taffe.

- ...Cool, lâche-t-il calmement.

Easylow enlève la petite plaque en plastique qu'il avait glissée entre les deux piles et la lumière revient. On découvre alors le tas de séides, au centre de la piste de danse. On dirait une mêlée de rugby qui a mal tourné. Darkos s'avance et la mêlée se défait comme elle peut. Les derniers séides sont un peu chiffons, mais ils sont fiers d'exhiber leurs trois prisonniers, saucissonnés de la tête aux pieds.

Darkos regarde les trois prisonniers, puis fait un tour sur lui-même, comme s'il cherchait la caméra cachée. Ils ont saucissonné trois séides. Nos héros ont disparu. Ce n'est pas la caméra cachée. C'est vidéo-gag. Max ricane dans son coin.

- Sacrée petite princesse !

Darkos va exploser, comme une Ariane au décollage.

- Retrouvez-les !!! hurle-t-il, dans un grondement sans fin.

Chapitre 18

La voix de Darkos résonne jusque dans le sous-sol, là où nos trois héros ont pris la fuite. « Vous entendez ce cri ? C'est vraiment inhumain ! », commente Bétamèche.