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— Oh, pas loin, fit le Hollandais. Mais je voudrais pas ton taxi. Nabibox a toujours sa grande ambulance, la Mercedes 600 ?

— Oui, je crois, dit Selim. Mais il a un chauffeur.

— C’est pas son chauffeur que je veux, précisa Van Mook, c’est toi. Sinon, je ne serais pas là. Alors, il faut que tu te débrouilles pour lui emprunter son ambulance demain soir. Il y en a juste pour quelques heures. Tu auras deux mille florins. Tu peux t’arranger avec le gardien, là-bas. Il te laissera prendre la tire pour deux cents florins.

Selim le regarda, bouche bée.

— Mais qu’est-ce que tu veux faire avec une ambulance ? Pourquoi tu t’adresses pas directement à Nabibox ? Il demandera pas mieux.

Les yeux de Herbert Van Mook foncèrent brusquement. D’un geste vif, il prit le chauffeur à la gorge, le soulevant presque de terre.

— Ne pose pas de questions, fit-il. Tu n’auras même pas à la conduire, cette ambulance. J’ai un autre boulot pour toi. Peinard. Mais j’en ai besoin.

Il le lâcha et Selim avala sa salive deux ou trois fois. Il n’osait plus regarder Van Mook. Il resta là, muet, grattant le sable du bout de sa botte ; puis affronta enfin le regard qui le terrorisait.

— Écoute, Herbert, ça m’embête de te dire ça, mais, je ne peux pas faire un truc pareil. Si Nabibox apprend que je l’ai doublé, je suis grillé comme taxi. Tu sais bien que je lui loue ma bagnole. Et puis ton histoire est bizarre. Je veux pas me trouver dans un coup fourré. Une autre fois, si tu as besoin de moi pour quelque chose de plus tranquille…Van Mook n’explosa pas. Au contraire, il eut un hochement de tête compréhensif :

— OK. Je comprends. Mais je voudrais quand même te montrer quelque chose. Viens.

Il se dirigea vers la voiture, suivi du métis et ouvrit le coffre. Les femmes avaient repris leur parlote. Calmement, le Hollandais prit dans le coffre une Uzi, la coinça dans la saignée de son bras et en braqua le canon sur le métis.

— C’est ennuyeux que tu ne veuilles pas m’aider, Selim, dit-il, parce que je vais être obligé de te flinguer.

Le métis regarda le trou noir du canon avec terreur, les jambes soudain en coton, avec une très forte envie de vomir.

— Mais, Herbert, bredouilla-t-il, qu’est-ce que je t’ai fait ?

Van Mook hocha tristement la tête.

— Rien, Selim, mais tu pourrais. Je ne peux pas me permettre de te laisser dans la nature. Il y a des gens qui te donneraient beaucoup d’argent si tu leur racontais ce que je t’ai dit.

Midnight Cowboy recula d’un pas.

— Herbert, je te jure que…

— Bye, bye, fit le Hollandais.

Le chauffeur vit son doigt se crisper sur la détente de l’Uzi et poussa un cri étranglé.

— Non, Herbert, OK, OK, je vais faire ce que tu veux.

De la voiture, Rachel regardait la scène avec des yeux gourmands. Rien ne l’excitait plus que la face cachée de son amant.

— Je ne voudrais pas te forcer la main…, dit le Hollandais d’une voix trop douce, sans abaisser son arme.

— Herbert, je te jure que c’est OK, dit Selim d’une voix suppliante.

Il avait du mal à contrôler ses sphincters. Van Mook continuait à sourire.

— Selim, dit-il, c’est ta femme qui est là-bas ? Et ton gosse ?

Le métis hocha la tête affirmativement.

— Si tu changeais d’avis, avertit Van Mook, j’arriverais ici avant toi et je les tuerais. Tu me crois ?

— Oui, balbutia Midnight Cowboy.

Il le croyait à cent pour cent. Herbert Van Mook remit l’Uzi dans le coffre et donna une grande tape sur le dos trempé de sueur de sa victime.

— OK, tu es un brave garçon. Je t’emmène. Ce soir, tu coucheras chez moi à la ferme. Je t’expliquerai tout ce que tu as à faire. Dis à ta femme que tu pars à Cayenne avec moi. Que tu seras de retour après-demain.

Il remonta dans la voiture tandis que le chauffeur allait chercher son baluchon. Herbert sifflotait. La première difficulté avait été surmontée facilement. Le tout était de motiver les gens. Pas une seconde, il n’avait cru que Selim pourrait le trahir, mais il était plus habile de montrer les dents. Rachel soupira.

— J’ai chaud. On crève ici, foutons le camp…

— On y va.

Il ferma les yeux un court instant, s’imaginant dans un palace de Rio, Rachel sous lui, écartelée, hurlant comme elle savait le faire, avec la fraîcheur délicieuse de la climatisation et un coffre plein de barres en or massif. La jeune créole était assez vicieuse pour partager tous ses fantasmes sans lui poser de problèmes.

Selim revenait en courant, un sac à la main. Vraiment motivé.

* * *

Malko, étendu au bord de la piscine du Torarica, repassait dans sa tête pour la centième fois son plan d’action quand la voix joyeuse de Cristina Ganders l’arracha à ses calculs.

— Je meurs de chaleur ! soupira-t-elle.

En un clin d’œil, elle eut ôté sa robe, apparaissant dans un maillot une pièce presque de la couleur de sa peau. Elle plongea aussitôt dans l’eau et y resta debout, bougeant à peine. Malko la rejoignit.

— Alors ?

— Tout va bien, annonça-t-elle à mi-voix bien que personne ne puisse les entendre. J’ai transmis ton message. Ils pensent que cela ne posera pas de difficultés. Seulement, ils ne savent pas s’ils auront la réponse avant demain soir…

— Et tu dis que tout va bien ! protesta Malko. Que se passera-t-il si nous arrivons à Drietabbetje et qu’il n’y ait pas d’avion ?

Cristina lissa ses cheveux mouillés, se rapprochant tendrement de lui comme pour l’encourager. La chaleur de son corps fit du bien à Malko.

— À Drietabbetje, dit-elle, vous n’êtes plus qu’à cinquante kilomètres du Maroni. Vous trouverez facilement des Nègres bonis pour vous descendre en pirogue. Ensuite, il n’y a plus qu’à traverser le Maroni pour être en Guyane française. Et en sécurité. Bien sûr les Français risquent d’être au courant, mais cela vaut mieux pour Harb que d’être fusillé.

Malko ne répondit pas. Il se voyait mal descendre une rivière en pirogue avec deux tonnes d’or.

— Et si nous avons un blessé ?

La jeune femme hocha la tête.

— Je sais, mais on ne peut pas faire mieux.

Elle l’enlaça et posa ses lèvres sur les siennes, puis murmura :

— Tu verras, tout se passera bien.

— Et le transfert ? demanda-t-il, encore tendu. Il y a des informations ?

— Demain. Je te retrouverai ici vers la même heure.

— C’est sûr ?

— Certain. Tu n’as pas confiance en moi ?

Elle sortit de l’eau et, déhanchée, appuyée au plongeoir demanda :

— Je peux prendre une douche dans ta chambre ?

Il regarda le corps épanoui, moulé par le maillot marron. Chacune de ses cellules semblait exsuder de l’érotisme.

* * *

Éric, le barman du Popenkast, s’effaça pour laisser passer Herbert Van Mook.

— C’est là, dit-il.

L’escalier sombre qui grinçait à chaque marche sentait la crasse. Il débouchait sur un appentis dont la porte se trouvait en face d’eux.

Van Mook tourna la poignée et se baissa pour entrer. Il régnait dans la petite pièce une chaleur poisseuse. C’était le dernier étage d’une maison de bois de Grachtstraat.

Un homme dormait sur le lit bas. Van Mook le secoua violemment. Il se dressa en sursaut, sa main droite enserrant déjà le manche d’une baïonnette posée près de lui. L’énorme chaussure de Van Mook lui écrasa le poignet et il poussa un cri de douleur.

— Ne fais pas le con, avertit le géant. Lève-toi. L’homme obéit, se dressa en titubant, les yeux rouges, encore mal réveillé et jeta un regard apeuré à ses visiteurs. Derrière Van Mook se profilait la silhouette du barman barbu, presque de la même carrure. Les deux visiteurs examinaient le dormeur. Plutôt brun, maigre, les yeux enfoncés, le teint livide, il semblait malade. Il bredouilla quelques mots en français puis en allemand.