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— Elle est en sens unique, objecta Herbert Van Mook.

— Il n’y aura pas de circulation, c’est le couvre-feu, corrigea Malko. De cette façon, nous évitons le palais présidentiel et Fort Zeelandia. Nous avons moins de deux cents mètres pour rejoindre Gelukkige Dag et le parking qui jouxte la cour de la Banque Centrale. Il est invisible de la rue et je doute que nos adversaires s’amusent à fouiller Paramaribo, maison par maison. Ils chercheront plutôt à contrôler les sorties de la ville. Ensuite, il n’y aura plus qu’à passer à la seconde phase de l’opération.

Herbert Van Mook demanda, intéressé :

— Comment allons-nous transporter l’or jusqu’au bateau ?

— C’est la partie la plus délicate, avoua Malko. Il faudra traverser Waterkant à plusieurs reprises. Mais, en faisant le guet, cela devrait être possible. Waterkant est en sens unique, nous ne risquons donc la surprise que d’un seul côté. En cas d’intervention des militaires, nous avons assez de puissance de feu pour les retenir le temps de gagner le bateau. Au pire, nous abandonnerons une partie de l’or.

Un ange passa, les ailes rutilantes de paillettes. Malko se dit qu’il aurait du mal à les arracher à la chambre forte. Même au péril de leur vie, ils déménageraient jusqu’au dernier gramme d’or.

Herbert Van Mook déchiquetait une allumette avec ses dents.

— C’est foutrement risqué, dit-il. On sera à quatre cents mètres de Fort Zeelandia et tous ces singes seront alertés.

Malko posa ses yeux dorés sur lui avec un sourire à peine ironique.

— Je comprends votre anxiété, Herbert. Mais il n’y a hélas, pas d’autre solution. Vous êtes sûr du conducteur qui nous attend à Carolina ?

Le Hollandais haussa les épaules.

— Autant qu’on puisse l’être d’un bougnoule… Mais je l’ai motivé. Il n’a rien de dangereux à faire. Il sera là. Sinon, nous sommes dans la merde.

C’était un understatement. Sans véhicule, ils étaient sûrs de se faire reprendre très vite… Herbert Van Mook semblait avoir avalé sa déconvenue. C’était un homme d’action. Puisqu’il était forcé de faire l’attaque, autant la faire bien. Ce serait trop bête de se faire tuer au moment d’atteindre le trésor. Il calcula dans sa tête. À vingt mille dollars le kilo d’or, il y en avait pour quarante millions de dollars. Même s’il était obligé d’abandonner quelques miettes aux associés qu’il n’aurait pas pu éliminer, il restait de quoi mener une vie fabuleuse pour le restant de ses jours. De toute façon, qui le poursuivrait ? Les Surinamiens en étaient incapables et les Services hollandais auraient d’autres chats à fouetter. C’était le coup idéal.

Il ferma les yeux, se félicitant d’avoir prévu dans son plan original l’élimination de Tonton Beretta. L’astuce allait servir pour Malko. Car tout passait par sa liquidation. Il eut un coup d’œil méfiant pour Greta Koopsie, ignorant dans quel guêpier elle s’était fourrée ! Elle aussi devait disparaître. Il prit un M 16, ôta le chargeur et vérifia le percuteur. Pour l’instant, le problème était de réussir la première partie de l’opération. Sinon… Une pensée affreuse le traversa soudain.

— Dites donc, fit-il, supposons que ça foire, qu’ils s’amènent avec un tank, ou un truc comme ça ?… Qu’est-ce qu’on fait ensuite ?

Malko soutint son regard.

— Rien, dit-il. La condition sine qua non est la libération de Julius Harb.

— Mais, merde, on se sera cassé le cul pour rien ! protesta le Hollandais. On risque notre peau.

— C’est comme la roulette, dit Malko, il y a un risque. Si vous vouliez la Sécurité sociale, il fallait vous engager dans l’armée. Évidemment, les salaires sont moins élevés…

L’autre remit le chargeur dans le M 16 avec rage. Ce fumier le paierait cher.

— Allons-y, dit Malko.

Il prit une Uzi, une musette de chargeurs et gagna le jardin.

Aussitôt, Greta Koopsie le rejoignit.

— Vous allez tuer des gens ? demanda-t-elle d’une petite voix.

La température était délicieuse, c’aurait pu être une promenade d’amoureux, sans histoires. Hélas, il était en sursis et le problème que Greta venait de soulever l’obsédait. Il n’était pas, et ne serait jamais, un tueur. Cette fois, c’était la guerre. Il ne voyait pas comment mener à bien cette opération sans effusion de sang.

— J’en ai peur, dit-il. Il n’y a pas d’autres moyens de libérer Julius Harb…

— Mais tu peux être tué, alors ?

— Bien sûr, comme tout le monde.

— Mon Dieu… C’est atroce. Comment saurais-je ?

— Tu entendras les coups de feu. Je doute qu’on les neutralise sans tirer.

Les autres les rejoignirent. Malko leva les yeux vers le ciel et ses millions d’étoiles. Un chien aboya dans le lointain, puis d’autres lui firent écho. Herbert Van Mook murmura quelque chose à Rachel qui se rapprocha de Greta Koopsie.

Malko se tourna vers Tonton Beretta :

— Vous connaissez assez le fleuve pour naviguer de nuit ?

Le vieux Français éructa aussitôt :

— Ce n’est pas… pas… difficile. À part le vieux croiseur et un banc de sable, avant d’ar… d’ar… d’arriver à Domburg, il n’y a pas d’obstacles. Les eaux sont hautes. (Il ricana.) Évidemment, il y a les troncs d’arbres flottants qui vous cou… cou… coupent en deux ! mais ça…

— Allez chercher l’ambulance, ordonna Malko à Dutchie.

Le jeune mécano émit une sorte de cri étranglé puis se précipita vers Herbert Van Mook, s’accrochant à son bras et gémissant d’une voix de fausset :

— M’sieu Van Mook, je peux pas, j’ai les jetons, laissez-moi ici, je vous jure que je ne dirai rien… Sur la tête de ma sainte mère.

Van Mook se baissa et prit son poignard dans sa ceinture braquant la lame à l’horizontale sur le ventre du métis.

— Dutchie, je t’aime bien, dit-il sans méchanceté, mais tu es un enculé. Alors, on peut pas vraiment avoir confiance en toi. Si tu viens pas, va falloir creuser un trou dans le jardin…

Dutchie regarda le poignard, puis le visage du Hollandais. Ravalant un sanglot, il se dirigea vers le hangar, les épaules voûtées : ça commençait bien. Quelques instants plus tard, l’énorme Mercedes 600 peinte en blanc s’arrêtait près d’eux. En plus des civières, à l’arrière, on pouvait tenir facilement à six sur les deux banquettes. Les glaces dépolies dissimulaient l’intérieur. Malko et Van Mook prirent place à l’avant, à côté de Dutchie. Tonton Beretta s’installa sur la banquette arrière avec Éric et les armes. Greta et Rachel se dirigèrent vers la voiture de Malko.

Celui-ci regarda les feux rouges disparaître, la gorge serrée. Il régnait dans la grosse Mercedes un silence tendu. Dutchie cala au moment de démarrer et Van Mook lui envoya un violent coup de coude.

— Faudra pas faire ça tout à l’heure…

Enfin, le jeune métis arracha l’ambulance du sentier, émergeant sur la route. Afin d’éviter Fort Zeelandia, ils ne prirent pas Anton Dragtenweg, la rue longeant le fleuve, mais tournèrent tout de suite dans Jan Steenstraat, le long d’un grand canal, pour plonger vers le sud, beaucoup plus loin, afin de retrouver l’hôpital dans Gravenstraat.