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Il fut tenté de poser la question. Il n’osa pas. Il cligna des yeux et lut le communiqué.

PORT MAGELLAN/REUTERS : Les scientifiques de l’observatoire du mont Mahdi ont procédé aujourd’hui à une annonce stupéfiante : la récente « chute de cendres » qui a affecté la côte est d’Équatoria et le désert intérieur de ce continent n’est « pas totalement inerte ».

Les cendres ainsi que les structures microscopiques qu’elles contiennent, et qu’on suppose être les restes détériorés de structures des Hypothétiques venues des confins du système solaire local, semblent avoir montré des signes de vie.

Dans une conférence de presse commune tenue aujourd’hui à l’Observatoire, des représentants de l’Université américaine, de la Prospection géophysique des Nations unies et du Gouvernement provisoire ont montré des photographies et des échantillons d’« objets quasi organiques qui s’autoassemblent et s’autoreproduisent incomplètement » retrouvés à la limite ouest du bassin aride qui s’étend des montagnes côtières à l’océan occidental.

Ces objets, qui vont d’une sphère creuse de la taille d’un petit pois à un assemblage de ce qui ressemble à des tubes et des câbles larges comme la tête d’un homme, ont été qualifiés d’instables dans un environnement planétaire et par conséquent sans danger pour la vie humaine.

« Un scénario “peste de l’espace” est rigoureusement impossible, a déclaré l’astronome en chef Scott Cleland. Les objets tombés sur la planète étaient très âgés et sans doute déjà altérés par l’usure avant d’entrer dans l’atmosphère. La grande majorité a été stérilisée par une traversée brutale qui n’a laissé intacts que quelques éléments de taille nanoscopique. Un très petit nombre de ceux-ci disposaient encore d’une intégrité moléculaire suffisante pour relancer le processus de croissance. Mais ils étaient faits pour s’épanouir dans le froid et le vide extrêmes de l’espace interstellaire. Dans un désert chaud et riche en oxygène, ils ne peuvent tout simplement pas survivre longtemps. »

Interrogé sur le nombre de ces structures encore actives à ce jour, le Dr Cleland a répondu : « Aucune parmi celles que nous avons échantillonnées. Le plus grand nombre d’amas actifs se trouvait, et de loin, au fond du Rub al-Khali », le désert occidental riche en pétrole. « Les résidents des villes côtières ne courent que peu de risques de trouver des plantes extraterrestres dans leurs jardins. »

Des effets nuisibles ne pouvant toutefois être totalement exclus, une quarantaine peu contraignante a été mise en place entre les concessions pétrolières et la côte ouest d’Équatoria. Cette redoutable région n’a connu aucun peuplement substantiel, même si des touristes en visitent parfois les canyons et si les consortiums pétroliers y assurent une présence permanente. « Les voyages sont surveillés et des alertes ont été émises », a précisé Paul Nissom, de l’Autorité territoriale du Gouvernement provisoire. « Nous voulons écarter les curieux et faciliter le travail des chercheurs qui ont besoin d’étudier et de comprendre cet important phénomène. »

Suivaient deux paragraphes de détails banals et de numéros de contacts, mais Brian pensait avoir compris l’essentiel. Il regarda Weil d’un air de dire : « Bon, et alors ? »

« Ça nous arrange bien, lança Weil.

— De quoi vous parlez ?

— D’ordinaire, le Gouvernement provisoire n’est guère qu’une bonne d’enfants nulle à chier. Depuis la chute de cendres, et surtout depuis cette merde bizarre dans l’Ouest, il s’est enfin mis à faire attention aux endroits où vont les gens. Et surtout à surveiller le trafic aérien. »

Équatoria comptait davantage d’avions privés par personne que n’importe quel endroit terrestre, des petits appareils pour la plupart, et un nombre tout aussi important d’aérodromes occasionnels. Pendant des années, le trafic n’avait pas été régulé, transportant des passagers entre les communautés installées en pleine nature ou des géologues pétroliers dans le désert.

« La mauvaise nouvelle, poursuivit Weil, c’est que Turk Findley a réussi à récupérer son avion, avec Lise Adams et une troisième personne non identifiée. Ils ont décollé la nuit dernière. »

Brian sentit un vide se creuser dans sa poitrine. Un vide constitué en partie de jalousie, en partie de peur pour Lise, qui s’enfonçait heure après heure dans les ennuis.

« La bonne nouvelle, conclut Weil en souriant encore plus largement, c’est qu’on sait où ils sont allés. Et qu’on y va. Et qu’on veut que vous nous accompagniez. »

Dix-sept

Turk comptait se poser sur une piste de sa connaissance à quelques kilomètres de Kubelick’s Grave, à l’ouest des contreforts, sur la route conduisant aux concessions pétrolières. Peut-être lui confisquerait-on son avion si Mike Arundji avait donné l’alerte et s’apprêtait à porter plainte. Mais de toute manière, c’était sans doute inévitable.

Diane le surprit, au moment où le Skyrex commençait sa longue descente au-dessus des pentes occidentales de la ligne de partage des eaux, en suggérant une autre destination. « Tu te souviens où tu as déposé Sulean Moï ?

— À peu près.

— Emmène-nous-y, s’il te plaît. »

Lisa tendit le cou pour regarder Diane installée à l’arrière. « Vous savez où trouver Dvali ?

— J’ai entendu deux ou trois trucs au fil des ans. Ces contreforts sont criblés de petites communautés utopistes et de retraites religieuses de toutes sortes. Avram Dvali a déguisé ses installations en l’une d’elles.

— Mais si vous saviez où il était…

— On ne savait pas, du moins au début. Mais même une communauté comme celle de Dvali est poreuse. Des gens arrivent, d’autres s’en vont. Il se cachait de nous quand il était crucial pour lui de se cacher : avant la naissance de l’enfant. »

Cela signifiait une demi-heure de vol supplémentaire. Après une autre rumination muette, Turk lança : « Je suis désolé, pour ce truc avec le téléphone, en ville. Tu voulais quoi, essayer de transmettre un message à ta mère aux States ou quelque chose comme ça ?

— Quelque chose comme ça. » Elle était contente qu’il se soit excusé et ne voulait pas aggraver les choses en admettant avoir appelé Brian Gately, même si c’était pour essayer de faire libérer Tomas Ginn. « Je peux te poser une question ?

— Vas-y.

— Comment se fait-il que tu aies dû voler ton propre avion ?

— Je dois de l’argent au type qui possède l’aérodrome. Les affaires n’allaient pas trop bien.

— Tu aurais pu me le dire.

— Ça ne semblait pas un bon moyen d’impressionner une riche Américaine divorcée.

— Pas vraiment riche, Turk.

— Ça en avait l’air, pour moi.

— Et donc, tu comptais t’en sortir comment ?

— Je n’avais pas vraiment de plan à proprement parler. Au pire, je me disais que je pourrais vendre l’avion, déposer à la banque tout ce qu’il me resterait une fois mes dettes payées, et m’embarquer sur un de ces navires de recherches qui traversent le Deuxième Arc.

— Il n’y a rien de l’autre côté du Deuxième Arc, à part des rochers et une atmosphère pourrie.

— Me suis dit que j’aimerais voir ça par moi-même. Ou alors…

— Ou alors quoi ?

— Ou alors si ça marchait entre nous, je me suis dit que je pourrais rester à Port M pour y trouver un boulot. Il y a toujours du travail sur les pipelines. »

Un instant, elle fut surprise. Et contente.

« Mais bon, ça n’a plus d’importance, ajouta-t-il. Quand on en aura terminé ici, que tu découvres ou non quelque chose sur ton père, tu vas devoir rentrer aux États-Unis. Tu y seras bien. Tu viens d’une famille respectable et tu as assez de relations pour qu’on ne t’arrête pas pour t’interroger.