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— Slave a de soie. Ensuite ?

— Mon spitche terminé, toujours fidèle à ma décision, je bombe à la Grande Taule pour coller ma démission au Vieux. Not’ grand frisé, tu le connais ? Au lieu de me demander la raison du pourquoi du qu’est-ce, il me réclame un rapport circoncisé sur nos agissements. Mécolle, c’est service-service, et même service compris. J’y vais de mon historiette détaillée. Tout le chize : Pattemouille, Vénétia, la gonzesse au tablier de sapeur, les bougnoules assassinés, la disparition de Magloire, l’enquête au burlingue de poste, tout, quoi !

« Il m’écoute, le menton dans la main, sans piper une broque.

« “Savez-vous, Bérurier, me fait-il comme ça, ensuite, que Pinaud m’a téléphoné de Rome pour m’annoncer que le commissaire San-Antonio a disparu !”

« Du coup, ma colère tombe, poursuit le Grasdu. Mes idées de démission s’évaporent comme rosé d’Anjou au soleil. Du reste, le Dabe n’y songeait plus à ma démission.

« “Vous allez bondir dans le premier avion pour Rome, Bérurier.”

« “Ya voule, my nerf ! j’y rétorque en allemand, afin que ça fasse plus soumis.”

« “Il faut me retrouver San-Antonio coûte que coûte ! ajoute le Scalpé.”

« “Six cygne or ! j’opine en italien, manière de lui prouver que moralement j’sus déjà à Rome.”

« Et je me précipite hors de son burlingue. J’avais la tronche comme une toupie, Mec. Toi, disparu ! Ça me débranchait l’aorte du canal de l’urètre !

« Histoire de me refaire un moral et une santé, je bondis au bar d’en face pour le calva de la résurrection. J’y étais pas depuis une quarantaine de minutes que le biniou carillonne : le Vieux m’avait retapissé depuis sa fenêtre et me demandait de regrimper. S’il se met à nous espionner, maintenant, y a de l’espoir ! Je me pointe, comptant sur un savon qui serait pas été de Marseille, mais z’au lieu, le Croûtonné me dit commak : “Dieu soit loué, Bérurier, vous n’êtes point t’encore parti. Changement complet, mon ami. Un fait nouveau vient de s’opérer, je sais où se trouve San-Antonio !”

« “Et il se trouve où est-ce, m’sieur le directeur ?”

« “En Afrique, avec le président Savakoussikoussa. Ils ont besoin de renfort. Prenez trois hommes avec vous. Des types gonflés, de préférence. Qu’ils soient volontaires, car la besogne qui les attend n’est pas très légale et risque de créer une attention diplomatique. À minuit vous embarquerez au Bourget à bord d’un appareil d’Air Afrique qui vous déposera à Abidjan.”

« “C’est en Arménie ?” je me permets de lui interrompre, vu que mon tailleur se nomme presque pareil Au lieu de se fâcher, il me dit : “Non, non, en Défense d’Ivoire, Bérurier. Arrivés là-bas, un appareil privé vous attendra, qui vous parachutera clandestinement dans une zone de la forêt kuwienne où vous serez récupérés. Dès que vous verrez San-Antonio, remettez-lui discrètement le message suivant. Il est ultra confidentiel, c’est pourquoi je l’ai codé. Le commissaire reconnaîtra la clé du code.” »

Je tends la main.

— Aboule, Gros !

— Quoi-ce ?

— Ben, le message !

Sa Majesté plisse son front altier.

— Pas tout de suite, si tu veux bien.

— Comment ça, pas tout de suite ?

Il baisse le ton, par mesure de précaution, comme s’il y avait des microphones au bout de chaque liane.

— C’était si tellement secret que j’ai pris mes précautions avant le parachutage, mon pote…

— De quelle manière ?

— T’as lu les mémoires de Papillon ?

— Comme tout le monde, je les ai trouvés excellents, me suis réjoui de leur succès et n’ai pas éprouvé le besoin d’entreprendre une campagne de dénigrement, comme certains qui ont de la bave en excédent et que la gloire des autres empêche de roupiller. Pourquoi ta question ?

— Tu te rappelles la manière qu’il planque son artiche, au bagne, Papilloche ?

— Tu veux parler du « plan » ?

— Yes, monsieur. Où qu’y se le fourre pour le souscrire aux recherches ?

— Dans l’oigne !

Je bondis.

— Tu veux dire que…

— Textuel, je m’ai pensé : p’t-être que tu seras fouillé à l’arrivée, Gros. Alors prudence est mère de la P.J. ! J’ai roulé la babille du Vieux, je l’ai glissée dans un étui à thermomètre, et gloute, servez chaud ! Je m’en suis servi de suppositoire.

Il se palpe l’abdomen.

— Même que je me le sens là, ici, tu vois : entre le cancrelas et le père idoine. Ça me fait comme une barre…

« V’là pourquoi j’oserai te demander un peu de patience, mon pote ! Avec mézigue t’es paré vu que j’ai jamais rechigné de l’intestin. N’empêche, ajoute cet être consciencieux, que je voudrais pas qu’il m’eusse chargé de t’apporter le Bottin ! »

Je rigole, nonobstant la gravité de la situation. Sacré Béru ! Il m’étonnera toujours. Mais par-delà mon hilarité, je phosphore sec du bulbe. Le Vieux a su que je me trouvais en Afrique avec le président, et que ce dernier réclamait des renforts. Il sait donc que, des deux, c’est moi le kidnappé. Comment a-t-il appris la chose ?

Une seule explication : par Mélodie !

Conclusion, la belle donzelle aurait partie liée avec mon vénérable boss ! Ou du moins, elle aurait fait appel à lui, au lieu de contacter le recruteur au nom si compliqué que j’ai la flemme de rechercher plus haut la manière dont je l’ai orthographié !

En ce cas, pourquoi ne m’a-t-elle rien dit ?

De plus en plus, j’ai la déprimante sensation d’être le jouet de forces occultes, de volontés diverses qui m’utilisent au gré de leurs besoins. Enfin, à propos de besoins, le message du Big Dabe m’apportera probablement des éclaircissements.

— Très bien, reprends-je, le Vieux te charge donc de recruter trois mercenaires et de te faire parachuter ici ; après ?

Il n’est pas pressé de se confesser, l’Infâme. Il feint de tendre l’oreille.

— On n’entend pas comme qui dirait des cris, San-A. ?

— Ce sont des singes !

Pendant que nous nous mettons à jour, mon équipe de Noirs bat la brousse à la recherche de Marie-Marie. Je les laisse s’activer, conscient qu’ils sont plus mobiles sans nous.

— Eh bien, réponds ! Qu’est-ce qui t’a incité à remplacer trois malabars terribles par une petite fille, une grosse dondon et un coiffeur bellâtre ?

Des larmes lui reviennent, épaisses, quasi gélatineuses. Il les laisse couler pour mieux m’attendrir. Sa bouille plus ruisselante qu’une chasse d’eau détraquée exprime le désarroi, le remords, la peur de vivre. Elle est pitoyable comme une rentrée scolaire à la maternelle.

— La jalousie, San-A. La jalousie… hoquette Alexandre-Benoît. ’magine-toi que de retour à la maison, qu’est-ce que je trouve ? Marie-Marie en train de faire la popote pendant que Berthe et Alfred remettaient le couvert, sans même l’avoir mis primitivement !

« “Mais c’est donc une maladie, chez toi ? que je m’informe au coiffeur. T’as la tringlote, Fredo ? Tu fais de l’autoallumage ou quoi ? Ce serait pas tes nerfs qui te ravagent les claouis ? Ou bien alors, j’sais pas, on t’a greffé une pile électronique, beaucoup trop nique, à la place des valseuses, mon pauvre mec ! T’as du gaz carbonique dans le tiroir à bijoux ! Prends du bromure en guise d’apéro ! Ou alors change de partenaire, mon pote ! Répartis ton bonheur sur plusieurs gonzesses.” »

Bérurier hoche la tête :

— T’aurais entendu Berthe, cette séance qu’elle m’a jouée. « De quoi que tu te mêles ! C’est déjà assez triste pour ce pauvre Alfred de devoir loncher six fois par jour afin de se calmer le circuit ! » Qu’elle se sacrifiait en camarade, vu que son tempérament lui permettait. Que ça tirait pas à conséquence ! Que si on se rendrait pas service entre amis, fallait pas se mêler de vivre. Des salades à n’en plus finir. J’en avais les larmes aux yeux. D’autant qu’Alfred, il se désespérait aussi, il déplorait son cas, sincèrement.