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— La surveillante générale a appelé l’Amirauté. Puisque les équipages des petites embarcations devaient signer pour un mois de service dans la Marine avant de partir pour Dunkerque, vous avez tout à fait le droit d’être ici.

Mais il était question des petites embarcations formées en convois depuis Douvres. Mike n’avait jamais rien signé, et plus le temps passait, plus le risque qu’ils s’en aperçoivent augmentait… une autre des raisons pour lesquelles il avait besoin de contacter l’équipe de récupération au plus vite.

Et s’ils pensaient que Mike était à Londres, alors ils en étaient au même point. Ils essaieraient de communiquer avec lui. Ils enverraient un message pour lui dire où ils étaient basés et lui demander de se mettre en contact avec eux. Comme ces petites annonces qu’il avait lues : « Si quiconque sait où trouver le voyageur temporel Mike Davis, vu pour la dernière fois à Saltram-on-Sea, merci de contacter l’équipe de récupération », et un numéro de téléphone à appeler.

Sauf que le message serait codé, du genre : « Mike, tout est oublié. S’il te plaît, rentre à la maison », ou quelque chose d’approchant.

Il attrapa le Herald dont il avait commencé les mots croisés et parcourut la page des petites annonces :

« Recherche maison à la campagne acceptant de prendre un chien pékinois pendant la durée des bombardements. L. Smith, 26 Brown Street, Mayfair. »

Non.

« Perdu dans la station de métro Holborn. Sac à main de cuir marron. Récompense. »

Non.

« À vendre, assortiment de plantes à repiquer. Iris, lis, poinsettias. »

Des poinsettias. Juste avant Pearl Harbor, la marine américaine avait intercepté un appel téléphonique entre un journal de Tokyo et un dentiste japonais de Honolulu : « Actuellement, les floraisons sont au plus bas de l’année. Cependant, les hibiscus et les poinsettias ont éclos. »

Il s’agissait d’un message codé pour expliquer au Japon que les cuirassés et les contre-torpilleurs étaient tous au port, mais pas les porte-avions. Et l’équipe de récupération n’ignorait pas que la destination suivante de Mike était Pearl Harbor.

Cependant, l’annonce donnait une adresse dans le Shropshire, et aucun numéro de téléphone. Et cinq lignes plus bas, un nouveau message, presque identique, proposait « des dahlias et des glaïeuls ». Tous les autres étaient les habituels « Objets trouvés » ou « À vendre ». Aucun « Prière de contacter », ni « Appel à informations concernant… ».

Cela dit, Mike n’avait cherché que dans le Herald. Ils pouvaient avoir mis un message dans le Times ou l’Evening Standard. Le lendemain, il devrait demander à Mme Ives de lui prêter de nouveaux journaux. Et découvrir comment y insérer une petite annonce de son cru : « Dunworthy, contactez Mike, hôpital des urgences de guerre, Orpington. Le temps nous manque. » Ou bien, juste : « E.R., contactez M.D. »

Il parcourait le Herald à la recherche du coût d’une petite annonce quand il se rappela que son argent était dans sa veste. Laquelle était restée sur le pont de la Lady Jane. S’il réclamait de l’aide à Mme Ives, elle lui poserait toutes sortes de questions. Il valait mieux attendre d’avoir quitté l’hôpital.

Hôpital dont il ne pourrait partir tant qu’il ne marcherait pas. Sa priorité était de se remettre d’aplomb. Il soutira une carte postale à Mme Ives, non sans passer quinze minutes à la dissuader de l’écrire à sa place, puis il envoya un message aux poinsettias. Il sollicitait plus d’information et donnait l’adresse de l’hôpital au cas où il s’agirait réellement d’un signal. Ensuite, il essaya de convaincre les infirmières de lui permettre de se lever.

Elles refusèrent d’en discuter, même s’il s’aidait de béquilles.

— Vous êtes encore en convalescence, dirent-elles en lui tendant le Times.

Il l’éplucha en quête de signes, mais le seul « Prière de contacter » se libellait ainsi : « La jeune personne en robe rouge à pois de la soirée de samedi dernier à l’aérodrome de Tangmere aurait-elle l’obligeance de faire signe au capitaine d’aviation Les Grubman ? »

Suivaient d’autres annonces pour des « plantes à repiquer » et, vendredi, une lettre des poinsettias arriva, accompagnée d’une liste de prix et d’un catalogue de graines. Mike décida de prendre les choses en main et de se lever de son propre chef, mais sœur Carmody le rattrapa avant même qu’il ne soit sorti du lit.

— Vous savez que ce pied ne doit pas porter le moindre poids avant complète guérison.

— Je ne supporterai pas de rester dans ce lit une minute de plus. Ça me rend dingue.

— Je sais exactement ce dont vous avez besoin…

— Un gentil mots croisés de plus ? demanda-t-il, sarcastique.

— Oui, affirma-t-elle en lui tendant le Herald et un crayon. Ainsi que de l’air frais et du soleil.

Elle sortit et revint au bout de quelques minutes avec un fauteuil roulant en rotin, et l’emmena, lui et son Herald, dans le jardin d’hiver, bien que le soleil ne soit pas au rendez-vous. La pièce bénéficiait de hautes fenêtres, mais de grands X de ruban adhésif noir barraient les vitres, contre lesquelles s’empilaient des sacs de sable, et leurs voilages verts donnaient une ambiance sous-marine à la salle. Les fauteuils à haut dossier étaient en osier, mais on les avait peints en brun foncé et des coussins de velours d’un vert encore plus sombre les couvraient. Sur l’un des fauteuils, un homme rougeaud qui portait une minerve lisait le Daily Telegraph.

Entre les fauteuils étaient disposées de massives tables en chêne, des bibliothèques, des vitrines, et des plantes vertes également massives et sombres. Il y avait à peine la place pour le fauteuil de Mike alors que sœur Carmody le poussait en direction des fenêtres protégées par les sacs de sable. Elle l’installa près de l’une des tables et ouvrit la fenêtre.

— Voilà, du bon air frais pour vous.

L’homme aux joues rouges s’éclaircit la gorge avec irritation et secoua bruyamment son journal.

— Y a-t-il autre chose que je puisse faire pour vous ? chuchota-t-elle.

— Non.

Mike examinait le lourd mobilier. Si on le laissait seul, il pourrait y prendre appui et…

— Voulez-vous que je reste pour vous faire la lecture ? demanda sœur Carmody.

— Non, je veux avancer mes mots croisés.

Elle hocha la tête, sortit une cloche de sa poche et la posa sur la table en produisant un infime tintement, mais le journal de son voisin subit de nouveau une saccade coléreuse.

— La surveillante est juste derrière la porte, ajouta l’infirmière dans un murmure. Sonnez si vous avez besoin de quelque chose. Si votre crayon tombe par terre, n’essayez pas de le ramasser. Vous devez appeler la surveillante. Il ne faut pas quitter ce fauteuil. Je reviendrai vous chercher à temps pour le déjeuner.

Et elle sortit de la pièce sur la pointe des pieds.

Peau Rouge en aurait au moins jusqu’au déjeuner avant d’avoir lu son Telegraph. Mike allait devoir le bousculer un peu. Il ouvrit son Herald, le plia bruyamment en deux, puis en quatre, afin que les mots croisés apparaissent en tête.

— « Un horizontal, émit-il à voix haute, peuvent faire des vagues ».

Il tapota son crayon sur la table.

— Faire des vagues… Les marées ? Non, c’est en huit lettres. Les ouragans ?

Raclements de gorge et froissements ne présageaient rien de bon.