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— Mais si on gagne un refuge, objecta Merope, ça nous coincera toute la nuit ! On ne devrait pas aller droit au point de transfert ?

Le point de transfert.

Sortir Merope de chez Padgett’s et guider ses amis vers un endroit sûr avait tellement obnubilé Polly qu’elle en avait oublié l’équipe de récupération. Michael était là pour la ramener – pour les ramener – à Oxford, en sécurité. À la maison.

— Oui, bien sûr. Tu as raison. (Elle se tourna vers Michael.) Allons au site.

— Parfait. Où se trouve-t-il ?

— Pardon ?

— Ton site. Où est-il ? Loin d’ici ?

Ils posaient tous les deux sur elle un regard d’expectative.

— Michael, tu n’es pas l’équipe de récupération ? demanda Polly.

— L’équipe de récupération ? Non.

J’aurais dû m’en douter.

Tous les indices concordaient : son pied blessé, son ignorance quant à la présence de Merope, et le fait qu’il l’ait cherchée, elle, depuis presque un mois.

— Attends, je ne comprends pas, dit Merope qui les regardait alternativement l’un et l’autre d’un air effaré. Aucun de vous deux n’est l’équipe de récupération ? Mais alors, qu’est-ce que tu fais là, Michael ?

— Je ne peux pas accéder à mon site. Je suis venu à Londres pour utiliser celui de Polly.

— Moi aussi, déclara Merope, mais quand je suis allée chez Townsend Brothers on m’a annoncé que tu étais rentrée, Polly, et…

— Écoutez, on discutera de tout ça à Oxford, s’impatienta Michael. Tout de suite, on a besoin de se rendre à ton site, Polly. À quelle distance… ?

— Il est à Kensington, l’interrompit Polly, mais on ne peut pas l’utiliser non plus. Pourquoi l’accès du tien est-il impossible ?

Une HE s’écrasa au bas de la rue, projetant du verre en tous sens. D’instinct, ils protégèrent leur visage avec leurs mains.

— Il faut gagner un abri, dit Michael. Lequel est le plus près ?

— Oxford Circus, indiqua Polly.

Et elle les entraîna au pas de course vers la bouche de métro et en bas des marches. On avait déjà tiré la grille en fer. Le garde la leur ouvrit.

— Vous avez eu chaud, vous autres ! fit-il remarquer alors qu’ils fonçaient à l’intérieur. Vous avez intérêt à descendre tout de suite.

Ils n’avaient pas besoin d’encouragements et se ruèrent jusqu’aux tourniquets.

— Je n’ai pas d’argent, s’aperçut Merope. Mon sac…

Polly fouilla dans le sien pour trouver des jetons supplémentaires. Une nouvelle HE tonna tout près, secouant la station.

— Tu es certaine que nous sommes en sécurité, ici ? demanda Merope, qui regardait nerveusement le plafond.

— Oui, affirma Polly. Oxford Circus n’a pas été touchée avant la fin du Blitz.

Elle poussa le tourniquet et courut jusqu’à l’escalier roulant.

— Ah ! c’est vrai, se rappela Merope. J’avais oublié. Tu sais où toutes les bombes sont tombées.

Jusqu’au 1er janvier. Polly s’engagea sur le long escalier mécanique. Ce qui signifie qu’il vaudrait mieux avoir gagné le site de Michael d’ici là.

Qu’est-ce qu’il voulait dire, par cette impossibilité d’y accéder ? Elle se tourna pour lui poser la question, mais il était encore à plusieurs marches, boitant pour les rejoindre, lourdement appuyé sur la main courante.

— Est-ce que tu vas bien ? demanda Merope. Tu ne t’es pas tordu la cheville en me cherchant chez Padgett’s, j’espère ?

— Non. Je… C’est une blessure. Shrapnel. À Dunkerque.

Dunkerque ? Polly éprouva un tiraillement de panique. Était-ce pour cette raison qu’il ne pouvait plus accéder à son site, parce qu’il était allé à Dunkerque ? Si c’était le cas, ils ne pourraient pas l’atteindre avant la fin de la guerre et ce serait trop tard. Mais son point de saut ne pouvait être à Dunkerque. Et il n’aurait pas pu s’y rendre non plus.

— Qu’est-ce que tu fabriquais à Dunkerque ? interrogeait Merope.

— Chh ! lui intima Michael, désignant l’espace en dessous.

La foule était si dense qu’ils eurent du mal à la fendre pour quitter l’escalier, et encore plus de mal ensuite à s’y frayer un chemin. Le hall était plein à craquer. Tout le monde, sur Oxford Street – et Regent Street, et New Bond Street –, avait accouru quand le bombardement avait commencé, et ils avaient tous des paquets, des sacs de courses et des parapluies mouillés pour ajouter au chaos.

Les couloirs n’étaient pas moins bondés, et Polly savait par expérience que ce serait pire sur les quais.

— C’est impossible ! s’exclama Michael. On a besoin de trouver un endroit où parler tranquillement. Et si on changeait de station ? Les métros roulent encore, non ?

Elle acquiesça et les entraîna à travers la foule, rabâchant :

— Excusez-nous, nous allons prendre le métro. Excusez-nous…

— Pas la peine d’aller jusqu’au quai, ma jolie, lui annonça une femme sous l’arche qui menait à la Central Line. Les métros ne roulent plus, ici.

— Et ceux de la Bakerloo Line ?

La femme haussa les épaules.

— Aucune idée, trésor.

— Il va falloir remonter, conclut Polly.

S’ils y parvenaient ! S’ils parvenaient déjà à s’extraire de ce passage et à retourner dans le tunnel…

Là ! Une place ! cria Merope.

Avant que Polly puisse l’en empêcher, elle courut vers le quai. Quand Polly et Michael la rejoignirent, elle s’était installée, ravie, sur une couverture bleue maintenue à ses quatre coins par une chaussure.

— Impossible de s’asseoir ici, l’informa Polly, qui n’avait pas oublié sa première nuit à Saint-George et les difficultés que sa méconnaissance des codes avait entraînées.

La troupe ! Ses amis lui étaient complètement sortis de la tête. En ne la voyant pas venir, ils penseraient que quelque chose lui était arrivé, et sir Godfrey serait…

— Pourquoi est-ce impossible ? demanda Merope. Celui ou celle qui était assis là est parti à la cantine, ou aux toilettes, ou que sais-je, et ça lui prendra des heures pour revenir, dans cette foule.

— Et on ne trouvera pas de meilleur endroit pour parler, insista Michael.

Il avait raison. De part et d’autre, les gens plongés dans leurs conversations ne remarquèrent même pas Merope quand elle s’assit sur la couverture et glissa ses pieds sous elle. Michael s’appuya sur son épaule pour s’installer lui aussi, grimaçant alors qu’il croisait les jambes.

— Maintenant, dit-il en se penchant en avant et en baissant la voix, je veux tout entendre au sujet de ton point de saut, Polly. Pourquoi ne…

Merope l’interrompit.

— Non, tu dois d’abord nous apprendre ce qui est arrivé à ton pied. Que faisais-tu à Dunkerque ? Je croyais que tu allais à Douvres.

— Oui, sauf que j’ai débarqué sur une plage à cinquante kilomètres de distance.

Ah ! Dieu merci ! Son point de transfert n’était pas à Dunkerque. Il était de ce côté de la Manche.

— Et, avant que je puisse atteindre Douvres, on m’a embarqué de force comme membre d’équipage…

Embarqué de force ?

— C’est une longue histoire. En bref, j’ai fini par prendre part à l’évacuation de Dunkerque, où j’ai gagné ceci. (Il désigna son pied.) Ils m’ont opéré et se sont débrouillés pour le sauver, mais les tendons sont abîmés, ce qui explique la boiterie.